Cidre, calvados, pommeau : les producteurs et transformateurs demandent aux Normands de consommer local

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Écrit par Pauline Comte .

Le filière cidricole normande a souffert de la crise sanitaire. Elle lance un appel à l’aide. La Région Normandie y répond avec un plan de soutien, dévoilé le 26 juin 2020. L’Interprofession des appellations cidricoles (IDAC) plaide pour plus de « patriotisme économique ».

Pierre Martin est propriétaire de la distillerie du Coquerel, à Milly dans la Manche. Chaque année, près de 800 000 bouteilles de cidre, calvados, pommeau et gin sont produites. Mais le confinement a fait des ravages. Pour 2020, il estime une diminution de 20 à 30 % de son chiffre d’affaires annuel. « On vit au jour le jour. Perdre autant en l’espace de deux mois, c’est inquiétant », confie Pierre Martin à la tête de l’entreprise familiale, qui existe depuis 1937. 

Les exploitations cidricoles normandes sont visitées chaque année par 250 000 visiteurs. Alors entre l’absence de touristes, la fermeture des bars-restaurants et le manque de ventes à l’export, la filière normande n’a pas échappé à la crise de la Covid-19. Le chiffre d’affaires global accuse une baisse de plus de 50 %.
 

N’oubliez pas la filière cidricole. Elle va très mal. Elle est le symbole de la Normandie.

Didier Bédu - Président de l’Interprofession des appellations cidricoles

 

Des consommateurs patriotes ?

Pour que l’activité reparte, les acteurs de la filière demandent un coup de pouce. La Région Normandie a annoncé le 26 juin 2020, un plan de soutien au 7 000 producteurs de pommes à cidre et au 350 producteurs-transformateurs. Elle met notamment des dispositifs au service de la profession cidricole. Elle propose « des prêts de trésorerie en garantie Etat ou Région pour le financement des stocks ou les prêts de trésorerie Région ».
 

Un pommeau-spritz ou un calvados-tonic ? En Normandie, ces cocktails sont loin d’être à la carte de tous les bars et restaurants. « Il faut que les Normands soient fiers de leurs produits ! », lance Pierre Martin. 

Pour l’Interprofession des appellations cidricoles (IDAC) de Normandie, le cidre, le poiré, le calvados et le pommeau ne sont pas assez mis en avant dans la région. « Il faut consommer local pour soutenir les producteurs normands », préconise le président de l’IDAC Didier Bédu. Il insiste : « c’est une aberration de boire un cidre breton à Honfleur ! » Il appelle les consommateurs au « patriotisme économique ».

La Région Normandie dévoile un « plan de relance de la consommation ». Au programme : une campagne promotionnelle vise les grandes et moyennes surfaces pour faciliter l’écoulement des stocks. Pour favoriser la consommation locale et les circuits courts, elle encourage la vente directe auprès de producteurs. Le Président de la Région Hervé Morin veut aussi axer la saison touristique autour de la consommation de produits locaux.

Impatient de voir la Région passer à l’action, Didier Bédu de l’IDAC martèle qu’ « il faut que la filière cidricole soit prioritaire dans les aides budgétaires ». Il espère des aides à l’export, à stocker les bouteilles et à écouler les fruits.
   

L’image vieillote des alcools normands

« En Normandie, boire du calvados, c’est boire du calva. C’est comme si on disait pinard au lieu de vin ! », s’insurge Didier Bédu. Les alcools normands souffrent d’une image vieillotte et galvaudée en France.

En termes de goût, les consommateurs sont parfois méfiants. Ils gardent un mauvais souvenir de dégustation. Plusieurs générations auparavant, Pierre Martin rappelle qu’on utilisait le cidre piqué pour le distiller et en faire du calvados. « Avec un mauvais cidre, on fait un mauvais calvados », souligne-t-il.

La Normandie compte sept appellations d’origine protégées : le poiré Domfront, le pommeau de Normandie, trois calvados (Calvados, Pays d’Auge et Domfrontais), deux cidres du Pays d’Auge et du Cotentin. Une AOP pour le cidre du Perche devrait aboutir cette année, sans oublier l’IGP cidres de Normandie.

Pour le Manchois Pierre Martin, c’est « un problème d’éducation du consommateur ». La filière est en train de se moderniser. Les distilleries imaginent de nouveaux packaging pour redorer l’image des spiritueux et faire disparaître les « contenants ringards », détaille Pierre Martin. 
  

Une filière éco-responsable

Polyculture, forte biodiversité dans les vergers, absorption de CO2. La fabriction de cidre implique une culture respectueuse de la planète. La Région Normandie veut valoriser cette « empreinte environnementale », 

« Les vergers font partie du patrimoine culturel normand », souligne Pierre Martin.  Faire disparaître les emblématiques pommiers normands au profit d’autres cultures, les acteurs de la première région cidricole de France n’osent même pas l’imaginer. 
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