Confinement : la pêche reprend en Normandie et les pêcheurs vous attendent !

Le Sténaca 2 fait partie des rares bateaux à aller en pêche depuis le début du confinement / © Normandie Bord de Mer
Le Sténaca 2 fait partie des rares bateaux à aller en pêche depuis le début du confinement / © Normandie Bord de Mer

Après un arrêt quasi-total pendant la première semaine de confinement, la pêche redémarre doucement en Normandie. La filière s’organise : certains bateaux reprennent la mer, quelques mareyeurs et poissonneries permettent aux Normands de manger du poisson frais.
 

Par Amandine Pinault

Difficile de trouver du poisson frais depuis trois semaines. De nombreux supermarchés ont fermé leur poissonnerie. Certains parviennent tout de même à proposer des produits frais à leurs clients, comme dans ce supermarché d’Evrecy à une quinzaine de kilomètres de Caen : « On a moins de choix, mais nous sommes tout de même livrés. Nos produits viennent de marchés de gros à Caen et Rouen. Notre enseigne à ses propres bateaux de pêche sur la côte Atlantique. » explique Frédéric Glasson, directeur du supermarché. « Il est également difficile de maintenir une poissonnerie ouverte avec du personnel compétent et formé. La mise en rayon s’apprend vite, faire un filet de poisson beaucoup moins. »

A quelques kilomètres de là, le directeur d’un supermarché de la même enseigne à Louvigny, lui, a décidé de fermer son rayon poissonnerie il y a dix jours, après avoir vécu une semaine catastrophique : «  On vendait trop peu, du coup il y avait trop de pertes. Nous avions quelques employés en arrêt, donc nous avons préféré redéployer les salariés de la poissonnerie dans le magasin et surtout pour renforcer le drive. » explique Alain Baillehache.

Après s’être effondrés, les prix remontent

Du côté des pêcheurs aussi, la première semaine de confinement a été épouvantable. Jean-Marc Daubert raconte : « Tout le monde a eu peur : les consommateurs, les mareyeurs. Personne n’achetait de poisson. Les prix se sont effondrés. » Avec ses deux bateaux et sa poissonnerie, l’armateur de Courseulles-sur-mer  (Calvados) a pu maintenir son activité, mais la plupart de ses collègues pêcheurs se sont arrêtés. « Les gros bateaux ont des équipages étrangers. A l’annonce du confinement, ils les ont laissés rentrer chez eux. Maintenant ils ne peuvent plus travailler. »
Après la sidération de la première semaine, le poisson étant devenu une denrée rare, ceux qui ont pu aller le pêcher ont donc vu les prix remonter.
 
"La première semaine de confinement, tout le monde a peur. Les consommateurs, les mareyeurs, personne n'achetait du poisson" Jean-Marc Daubert, armateur du Stenaca 2 / © Normandie Bord De Mer
"La première semaine de confinement, tout le monde a peur. Les consommateurs, les mareyeurs, personne n'achetait du poisson" Jean-Marc Daubert, armateur du Stenaca 2 / © Normandie Bord De Mer


« Ce matin à la criée, la daurade s’est vendue à 5 euros le kilo, le double du prix habituel. La raie est passée de 2 euros à 3 euros 50. » constate Jean-Marc Daubert.

La clientèle a changé : Jean-Marc Daubert s’est tourné vers les supermarchés et les restaurateurs qui pratiquent la vente à emporter.

Sur le quai de Courseulles-sur-mer, habituellement très animé, il est désormais le seul à faire de la vente directe : « Un jour les clients sont là, le lendemain personne ne vient, cela reste très aléatoire. »  

Le 24 mars, autre coup dur pour la pêche locale et les poissonniers : l’interdiction des marchés.

La vente directe, elle, n’est pas interdite. Mais pour clarifier la situation, le Préfet de la Manche a pris le 27 mars un arrêté autorisant  la vente directe des produits de la mer dans 7 communes du département ( Barfleur, Cherbourg, Saint Vaast La Hougue, Diélette, La Hague, Barneville-Carteret, Granville.)
 
Affluence record pour la vente directe de poisson ce samedi 4 avril à Cherbourg / © France Télévisions/ S.Rouil
Affluence record pour la vente directe de poisson ce samedi 4 avril à Cherbourg / © France Télévisions/ S.Rouil
 

Une carte des points de vente  


Marchés interdits, vente locale autorisée, bateaux à quai, supermarchés en rupture : Mais où peut-on concrètement acheter du poisson frais en Normandie ?
La réponse a été préparée toute cette semaine par Normandie Fraîcheur Mer, et ce vendredi, jour du poisson, la carte est là :
 


L’association de valorisation des métiers et des produits de la pêche de Normandie a répertorié les bateaux qui pratiquent la vente directe, les poissonneries, les mareyeurs, marchés, bref tous les endroits où l’on peut trouver du poisson frais. Toute la côte est bien sûr plutôt bien pourvue, mais des points de vente existent aussi dans l’Orne et dans l’Eure, à Alençon, Gisors, Pacy-sur-Eure, etc.

Confinement : compatible avec la pêche et l’achat de poisson ?


Et si j’habite à 20 kilomètres d’un point de vente de poisson frais, puis-je m’y rendre muni de mon attestation dérogatoire ? Bonne question, à laquelle aucune réponse claire n’est apportée. La préfecture du Calvados indique qu’il n'y a « pas de notion de distance kilométrique dans l'attestation de déplacement dérogatoire . Cependant, la règle est le déplacement bref et à proximité du domicile. » La gendarmerie explique de son côté que certaines situations sont « laissées à l’appréciation de l’agent ». Mais dans les deux cas, on appelle à la responsabilité, au bon sens, et à ne pas exagérer.
 
Respect de la distanciation sociale ce samedi 4 avril sur le quai de Cherbourg lors de la vente directe de poisson / © France Télévisions/ S.Rouil
Respect de la distanciation sociale ce samedi 4 avril sur le quai de Cherbourg lors de la vente directe de poisson / © France Télévisions/ S.Rouil


La Région Normandie, elle, appelle les Normands à consommer des produits frais et locaux afin de soutenir la filière.

Continuer d’acheter  du poisson et des crustacés est le meilleur moyen de soutenir nos pêcheurs, les encourager à poursuivre leur activité et sauver la filière !  Hervé Morin, Président de la Région Normandie 


Et pour inciter les professionnels à reprendre la mer, la Région a commandé 20 000 masques et 6 tonnes de solution hydro-alcoolique pour les 1600 marins-pêcheurs normands.
 

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