Coronavirus : la colère des soignants venus en renfort qui ne toucheront pas de prime

Venue en renfort au début de la crise sanitaire pour aider les hôpitaux parisiens, Alissia ne touchera finalement pas la prime dédiée au personnel soignant. Elle dénonce une "injustice". 

© Capture d'écran Facebook Lili Lo
La pilule ne passe pas. Ce vendredi 29 mai 2020, Alissia, une aide soignante originaire de Normandie, a appris qu'elle ne toucherait pas la prime dédiée aux soignants. Une "injustice" qu'elle dénonce dans une vidéo sur sa page Facebook.
 
Depuis le 11 avril, Alissia a quitté Montpellier (Hérault), la ville où elle exerce, et a décidé de venir travailler en renfort dans la capitale pour soutenir l'APHP (Assistance publique des hôpitaux de Paris) qui ont fait face à une arrivée massive de cas Covid-19. Mais sur sa feuille de paie, une mauvaise surprise l'attend : contrairement à ses collègues également en service de réanimation, la prime réservée aux soignants ne lui a pas été octroyée.

J'avais un rythme de jour et je suis passée de nuit, j'ai posé des congés sans solde... Je ne me suis pas posée de questions car j'avais besoin de venir en aide à mes collègues sur Paris (...) et ni le gouvernement, ni les hôpitaux ne tapent du poing sur la table pour essayer de nous avoir une prime.



Cette aide de l'État pouvant atteindre 1500 € dans les 40 départements les plus touchés - c'est le cas de l'Ile de France - est à destination de tous les soignants, y compris pour ceux "affectés dans les établissements au titre d'une mise à disposition". Autrement dit, pour le personnel venu en renfort. Alors pour Alissia, comme pour Morgane, sa collègue infirmière venue de Nantes, l'incompréhension est totale. 

En se renseignant, elles découvrent que la prime ne leur sera pas versée en raison de leur date de présence dans les hôpitaux de Paris. Arrivées le 11 avril, la prime ne concerne que le personnel soignant ayant exercé à l'APHP pendant toute la durée du confinement, du 17 mars au 11 mai. 

On est agacé, on est fatigué et on est en colère !

"On trouve ça injuste car on a été au contact, au même titre que (nos collègues), de cette maladie. On était loin de notre famille, loin de nos proches, loin de notre confort de vie. On a tout quitté pour venir aider la France et au final, c'est comme ça qu'on est remercié", regrette Morgane, venue elle aussi en renfort dans les hôpitaux de Paris. 

"On est venu, on s'est battu, on est venu aider nos collègues, leur prêter main forte dans une période de crise et depuis le 11 mai, on se sent oublié", poursuit-elle. 

"Écoeurée"

Un sentiment d'abandon exacerbé par les difficultés financières que rencontrent les deux jeunes femmes. Avec ses 11 ans d'anciennété, Alissia confie recevoir un salaire mensuel de 1350 euros net par mois, soit 1180 euros sans les week-ends. À son arrivée à Paris, ni son logement, ni ses déplacements pour rentrer chez elle n'ont été pris en charge par son établissement hospitalier. C'est grâce à la générosité des réseaux sociaux qu'elle s'est fait prêté un appartement. 

La jeune femme a posté une deuxième vidéo deux jours plus tard, le 1er juin 2020, dans laquelle elle s'estime épuisée et annonce mettre un terme à sa carrière d'aide soignante.
"Je vais arrêter parce que je suis fatiguée. Ça fait des années qu'on est dans la galère, je suis passée par tous les services et j'ai toujours travaillé en sous-effectif. J'ai déjà été écoeurée de mon travail parfois car ça me rentrait plus dans mes valeurs de travail, je me trouvais maltraitante avec mes patients. Le personnel est vraiment fatigué et on en a marre !", reconnait-elle au bord des larmes.

Morgane et Alicia annoncent qu'elles seront toutes deux présentes pour s'exprimer lors d'une manifestation nationale prévue le 16 juin prochain. Elle en appellent à la "solidarité" de tous et notamment de ceux qui les ont applaudis quotidiennement à 20h pendant la période de confinement. 
 
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