Coronavirus confinement : la solidarité s'organise pour les alcooliques et les dépressifs

© AltoPress / Maxppp
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Après 10 jours de confinement, les associations normandes d'écoute tirent la sonnette d'alarme. Femmes battues, personnes addictives, malades psychiques, toutes les réunions de groupes de parole sont logiquement annulées. Des situations personnelles vont forcément s'aggraver.

Par David Frotté

"Ils ont peur d'une rechute. Le temps est très long pour eux." Brigitte Le Suez est inquiète. La responsable de la Croix bleue sur Caen téléphone régulièrement à ses membres les plus fragiles, ceux qui ont arrêté l'alcool tout récemment. "J'en ai cinq qui sortent tout juste de cure, aux Essarts. Il leur faut absolument un suivi. Je les ai tous les deux jours, ils ont l'air d'aller, pour l'instant."

Ils ont peur d'une rechute. Le temps est très long pour eux.

C'est justement ce "pour l'instant" qui pose problème. Le confinement va sûrement durer, le conseil scientifique conseille de le prolonger six semaines. Difficile dans ces conditions de garder un lien, d'évaluer le moral, l'évolution de quelqu'un sans voir physiquement la personne. "D'habitude, on se réunit tous les mardis soir, pendant 1h30." Un futur voyage de groupe a également été annulé en avril prochain.
 

Au moment où l'épidémie de coronavirus s'étend sur la Normandie, le stress augmente. Il est alors tentant de boire un verre de vin ou d’allumer une cigarette. Pour les personnes dépendantes à l’alcool, au tabac ou à la drogue, cette période présente donc de réels dangers.

Pour continuer à répondre à ses 6.000 membres en France, des visio-réunions ont été mises en place. Le principe reste identiques aux réunions classiques, même dans ces salles virtuelles : un modérateur commence et  passe la parole en suite aux personnes.
 


Ces visio-réunions sont une autre découverte, avec de nouvelles rencontres

Marie-Jeanne et Yves sont membres des alcooliques anonymes, abstinents depuis respectivement 23 et 16 ans. Retraité, le couple de l'agglomération rouennaise vient de participer à la mise en place de ces nouvelles façons de se réunir.
"Bien sûr ce coronavirus est quelquechose qui change nos rituels", reconnait Yves." Hors COVID, j'assistais à deux réunions par mois. Ca nous coupe de nos amis. Lundi et mardi, j'ai ressenti une sorte de manque, d'impuissance à ne pas pouvoir y aller." Marie-Jeanne aimerait bien rendre visite à sa maman de 90 ans, mais elle ne veut pas la contaminer. "On est redevenu des citoyens responsables, et oui ce confinement se passe bien."

La solidarité est là, on essaie de s'en sortir tous ensemble

Ils le reconnaissent tous deux, rien ne remplace l'échange en face-à-face"Mais ces visio-réunions sont une autre découverte, sourit Yves. "Avec de nouvelles rencontres même à l'étranger, de nouvelles problématiques. Il y a toujours un chouia de positif, il faut savoir en profiter." Peut-être plus facile à gérer quand on a leur experience. "Les plus jeunes "amis" peuvent désactiver la vidéo si ils veulent, et rester uniquement en appel vocal", renchérit Marie-Jeanne. "Ils ont peut-être plus besoin de notre aide en ce moment, la solidarité est là, on essaie de s'en sortir tous ensemble."
 

La difficulté de contrôle sur la médicamentation des malades psychiques

Autre groupe de parole normand, celui de l'antenne régionale de l'Unafam, union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques. "D'habitude, on propose une réunion par mois aux familles de malades psychiques (parents, frères et soeurs), pour qu'elles travaillent sur elles-mêmes", rappelle  son responsable Eric Medrinal. "Je sors d'une visio-conférence nationale, où il a été annoncé qu'il pourrait y avoir, sur demande, des conversations individualisées avec un psychologue."

 
© picture alliance / Frank May/Newscom/MaxPPP
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Si il n'y a pas de prise de médicaments, tout peut dérailler

Ce qui lui fait peur, ce sont aussi les répercussions après coup. "Beaucoup de nos malades avaient un infirmier qui passaient chaque jour pour vérifier la prise de médicaments. C'est un point essentiel. Si il n'y a pas de prise, tout peut dérailler. J'ai justement eu un appel hier d'une famille qui s'angoissait pour son fils, qui veut rester seul dans son logement, à 10 km de chez eux." Alors les bénévoles essaient de maintenir le contact par téléphone.
Les groupes d'entraide mutuelle ont aussi été mis en sommeil. Hors, ils créent le lien social, et les personnes apprennent à reprendre des responsabilités, c'est précieux."

Je m'attendais à une surchage d'appel, c'est le silence complet ou presque

Alain Fouchard, le président régional de France dépression, s'interroge. La permanence téléphonique de son association est toujours là, mais 3 appels de membres en 15 jours de confinement, "c'est bizarre. Je m'attendais à une surcharge d'appel". Les quatre réunions mensuelles annulées, il ne reste là aussi que le téléphone pour communiquer. "Je prépare justement un sms pour tous nos membres, pour leur dire de ne pas rester à se morfondre sur le canapé."

 

Numéros d'écoute

Unafam : 01.42.63.03.03 (National)
France dépression : 07 71 77 72 35 (Rouen)

Alcooliques anonymes : 09.69.39.40.20 (National)
La croix bleue : 02.31.86.48.14  / 06.03.96.17.01 (Caen)
                         06.58.23.44.73 (Le Havre)

 

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