Crise économique post-Covid : la vague verte sauvera-t-elle les jardiniers paysagistes

Les français ont eu un « flash vert » pendant le confinement. Bénéficiera-t-il aux entreprises du paysage et suffira-t-il à effacer les dégats de deux mois de baisse d'activité ?
 

Le confinement a pourtant bien mal commencé pour les paysagistes. Les chantiers se sont arrêtés à l’aube d’un printemps certainement prometteur et les entreprises n’ont pas pu bénéficier du chômage partiel pour leurs salariés.

Essentiellement des travaux d'entretien

Cependant, après quelques semaines de flou sur les consignes à appliquer, de nombreuses entreprises ont repris le travail. Elles ont dû composer avec des effectifs amputés des apprentis, des personnes souffrant d’affection de longue durée (ALD)  ou devant garder leurs enfants et des contraintes sanitaires importantes.

Pour « Les Jardins d’Agapanthe » à St-Jean de la Haize dans le sud de la Manche, il a fallu faire revenir une équipe qui n’avait plus accès à son chantier de toiture végétalisée à Paris, et le manque de fournitures à également freiné l’activité.

Pour l’entreprise Martinel à Saint-Quentin sur le Home, sur les dix personnes de l’effectif, seuls les trois apprentis ont été confinés. Dans ce secteur géographique riche en résidences secondaires inaccessibles pour leurs propriétaires ou au contraire soudainement investies pour le confinement, l’entreprise a dû refuser beaucoup de demande d’entretien, privilégiant ses contrats réguliers. Les créations de jardins ont été presque stoppées.
Les entreprises du paysage opérant la plupart du temps en extérieur, avec de petites équipes les gestes barrière ont été relativement simples : une personne par camion, gel hydro-alcoolique et masque lorsque nécessaire.

Dans le Calvados à Gonneville, même constat chez Le Monnier Espaces Verts. L’entreprise a pu tourner avec la moitié de ses quatorze salariés mais le constat est malgré tout prometteur pour l’avenir avec de nombreux parisiens à fort pouvoir d’achat transférant leur résidence principale… dans leur résidence secondaire. Le confinement urbain en appartement a laissé des traces.

L’avenir sera vert ou ne sera pas

Avec le déconfinement et la prise de conscience chlorophilée le secteur reprend en trombe.

Chez les pépiniéristes, c’est la ruée comme à Saint-Contest près de Caen aux Pépinières de la Genettaie.
L’entreprise a été très impactée par l’arrêt des chantiers de création. Le chiffre d’affaire de mars et avril a été divisé par trois et malgré la création d’un « drive » et le boum du déconfinement, il n’y aura pas de rattrapage des pertes pour 2020.
Eric Genettaie a certes limité la casse mais il n’a pu écouler que des plans potagers et craint, malgré le succès actuel, que ce ne soit qu’un effet de mode, une réaction conjoncturelle.

Stoppée en pleine ascension ?

La filière des entreprises du paysage est pourtant sur une pente ascendante et elle a même doublée en dix ans pour atteindre en 2018 près de trente mille entreprises et cent mille salariés. Le chiffre d’affaire est en hausse de 15% depuis 2016 atteignant 5,9 Mds d’euros.

La vague verte n’est pas née hier, elle vient de loin et pourrait contribuer à la reprise rapide du secteur.
Selon une étude commandée par l’UNEP, l’Union Nationale des Entreprises du Paysage, huit personnes sur dix estiment qu’il n’y a pas assez de végétal en ville,  63% des français déclarent disposer d’un jardin et pour 76% posséder un jardin permet de contribuer à la protection de la planète à son échelle.

Le marché des particuliers représente 45% du chiffre d’affaire de la filière paysage et même s’il reprend en flèche l’UNEP table sur une baisse de 40% au second semestre 2020.

Le reste des activités se partage en effet entre les entreprises privées (27%), dont les finances sont mises à rude épreuve par la crise du Covid19 et les collectivités (27,5%) qui avaient avant les élections municipales de grands projets de développement de la verdure au cœur des cités. Les budgets se seront pour partie transformés en masques, gels hydroalcoolique et plexiglas de protection…

Aussi l’UNEP vient de faire parvenir au gouvernement une proposition de relance de l’économie du végétal en France, déclinée en quatre points :
1-Stimuler le marché des collectivités
2-Soutenir le marché des particuliers (TVA circulaire, fiscalité services à la personne…)
3-Augmenter l’attractivité de l’offre des entreprises (apprentissage, charges patronales…)
4-Améliorer la résilience des territoires (concilier aménagement du territoire et protection de la nature)

A l’Union Nationale des Entreprises du Paysage, une nouvelle étude est en cours pour analyser les résultats de l’économie végétale après déconfinement… à suivre.
 
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