Des lycéens normands bloquent leurs établissements pour dénoncer un bac 2021 "pas réglo"

Ce lundi 3 mai, jour de retour en classe pour les lycéens, des élèves du lycée Malherbe à Caen bloquent l'entrée de leur établissement. A Cherbourg, des actions similaires sont menées dans trois établissements. Tous réclament le passage des épreuves du bac en contrôle continu.

Journée de rentrée mais aussi de mobilisation au lycée Malherbe de Caen ce lundi 3 mai
Journée de rentrée mais aussi de mobilisation au lycée Malherbe de Caen ce lundi 3 mai

"On n'a pas d'autres moyens de se faire entendre. On a parlé, on a fait des pétitions. Il ne s'est rien passé. Là au moins, vous êtes là. On espère être enfin entendu", confiait ce lundi matin à une de nos équipes Maelyma Guillerm, élève de terminale au lycée Malherbe de Caen. Alors que ce 3 mai marque le retour des lycéens en classe, après plusieurs semaines de confinement, plusieurs d'entre eux, et ce dans toute la France, ont décidé de faire de cette rentrée une journée de mobilisation contre le baccalauréat 2021. 

A Cherbourg, les lycées Jean-François Millet, Victor Grignard et Thomas Hélye sont eux aussi bloqués ce lundi matin, selon Noa Beaugé du Mouvement National des Lycéens (MNL) de la Manche. Dans ce département comme dans le Calvados, la revendication est la même. "On ne demande pas l'annulation des épreuves, comme tout le monde le dit, mais leur passage en contrôle continu pour évaluer tout le monde sur le travail fait tout au long de l'année", plaide Maxime Bossé, élève de terminale au lycée Malherbe.

Les épreuves concernées sont les épreuves de français, de philosophie ainsi que le grand oral introduit par la réforme du bac. "C'est inégalitaire, déjà vis à vis de la réforme", plaide Noa, "la réforme doit être appliquée dès la seconde et nous on a eu qu'à partir de la première. Normalement, on a deux ans pour préparer le grand oral et ça fait que deux mois qu'on travaille dessus.

Deux années "très compliquées"

Ce sentiment d'inégalité, les lycéens le ressentent aussi par rapport à leurs prédécesseurs. "On ne comprend pas pourquoi ceux de l'année dernière ont eu leurs épreuves en contrôle continu et pas nous cette année", s'indigne la lycéenne cherbourgeoise. "On a eu une année très compliquée, non, deux années très compliquées", corrige Maxime Bossé à Caen, "On va passer des épreuves alors que ceux de l'année dernière, ils n'ont eu que deux mois compliqué et ils n'ont pas eu d'épreuves à passer. On a eu beaucoup moins d'heures en présentiel que ceux de l'an dernier.

Enfin, et surtout, l'inégalité, selon ces lycéens, existe entre les candidats du baccalauréat 2021. "Certains lycées sont en class entière et d'autres en demie-jauge, du coup, on est pas tous au même niveau" affirme Noa. "Certains lycées privés font 100% de présentiel", affirme à Caen Maelyma, "Nous on est en 50-50. Il y a même des lycées qui font 75-25. On n'a pas tous suivi le même cursus depuis le début de l'année donc il n'y a un déséquilibre. C'est pour ça qu'on ne se sent pas tous prêt. Je ne trouve pas ça très réglo de laisser les épreuves.

Contrôle continu : les profs pas convaincus

Du côté enseignant, on dit parfaitement comprendre l'inquiétude de ces lycéens. "On la comprend et on la partage totalement", affirme Jérôme Adell, secrétaire départemental du FSU du Calvados, "il y a une très grande inégalité entre les élèves et les établissements. On ne peut pas faire comme si de rien était."

Néanmoins, la solution préconisée par les élèves ne leur paraît pas idéale. "Le bac est un diplôme national, ce caractère national ne peut être garanti que par des épreuves qui se déroulent en même temps et par l'anonymat des copies. A partir du moment où il y a contrôle continu, il n'y a plus d'anonymat et il y a de très très fortes disparités entre les établissements et la manière de noter des enseignants. Il n'y a plus ce caractère égalitaire que garantissent les épreuves écrites et orales." Le syndicat, en revanche, demande l'annulation du grand oral cette année et réclame des clarifications au ministère sur le déroulement et le contenu des épreuves. "Il faut faire des annonces très vite pour rassurer les élèves et les enseignants qui doivent boucler le programme. Il n'y a que six semaines de cours : ça urge !"

Parent-enfant : deux points de vue

Dans l'agglomération caennaise, le lycée du CLE à Hérouville-Saint-Clair était lui aussi bloqué ce lundi matin. Mais c'étaient les élèves de seconde et première qui étaient à la manoeuvre. Dans cet établissement, les terminales ne doivent retrouver leurs salles de classe que la semaine prochaine. Léane, contrainte de rester à la maison, approuve pleinement ce mouvement. "J'ai pu avoir accès aux cours en distanciel mais il y en a c'est pas le cas", raconte l'élève de terminale, "Suivre des cours comme ça, pour certains c'est compliqué, soit par manque de motivation, soit par décrochage, soit pas manque d'accès au matériel nécessaire. C'est aussi le cas pour les profs. Il y a des enseignants qui ont un ordi à la maison et il y a trois enfants, deux parents et c'est compliqué pour tout le monde de travailler. Il y a des enseignants qui ne peuvent pas donner cours."

Nicolas, son père, ne se fait pas trop de souci pour Léane. La jeune femme a engrangé d'excellents résultats tout au long de l'année. Alors, le contrôle continu ne pourrait lui être que bénéfique. Pour l'obtention du précieux diplôme mais pas pour l'expérience. "Je pense que les correcteurs vont prendre en compte le contexte, au niveau de la notation ça va être très très large, ça ne va pas être aussi stricte qu'une épreuve traditionnelle", veut croire Nicolas, "Je trouve que c'est important de passer l'examen en tant que tel : je vais à un examen, je vois comment ça se passe. Ce ne sera pas le dernier examen qu'elle passera. Même si ce n'est qu'une ou deux épreuves, c'est important de les passer, pour leur montrer ce que ça donne."

Le post-bac : la vraie question

A la Fédération des Conseils de Parents d'Elèves (FCPE) du Calvados, les modalités d'organisation du baccalauréat ne sont pas un point de crispation. "Que le bac se fasse en contrôle continu ou en présentiel, fondamentalement, ça ne va pas changer les résultats", déclarait Maud Rothmann ce lundi midi sur notre antenne, "il faut entendre l'inquiétude des élèves et les rassurer." Nicolas, le père de Léane, estime également qu'il y a un travail de communication à faire : "Le ministère de l'éducation nationale ne rassure pas assez les élèves. Il devrait leur dire : il n'y aura pas d'épreuves pièges, ne vous mettez pas plus de pression qu'il n'en faut."

La  vraie question, pour la FCPE du Calvados, c'est l'après bac. "Pour les  bacheliers de cette année, c'est la deuxième année où ils sont en mode dégradé. On ne sait pas trop ce que ça va donner pour eux : est-ce qu'ils auront les mêmes chances de réussite dans leurs études supérieures que ce qu'ils auraient eues s'ils avaient pu travailler dans de bonnes conditions ?", s'interroge Maud Rothmann,"Avec une crainte renforcée pour des élèves qui ne bénéficiaent pas d'un environnement social et culturel qui leur permettait d'avoir toutes les cartes en main."

Bataille de chiffres ?

A la mi-journée, si les revendications étaient communes, les syndicats lycéens n'avaient pas les mêmes estimations de la mobilisation.  L'UNL évaluait à 200 le nombre d'établissements bloqués dans toute la France, quand le MNL en pointait plutôt une bonne centaine. Selon nos confrères de la radio FranceInfo ce midi, le ministère de l'éducation n'avait pas de chiffres nationaux à communiquer, se contentant de recenser une quinzaine d'établissements impactés par ce mouvement en Île-de-France. En fin de journée, l'académie de Normandie indiquait qu'une dizaine de lycées a fait l'objet de barrages filtrants ou blocages avait fait l'objet de barrages filtrants ou blocages ce lundi.

 Le ministre, Jean-Michel Blanquer, semble ne pas vouloir faire marche arrière sur les épreuves en présentiel. En revanche, il a légèrement entrouvert une porte concernant le grand oral : les élèves pourraient venir à l'examen avec un mot de leur professeur indiquant quel partie du programme a été étudié en classe.

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