La disparition des boulangeries normandes inquiète le New-York Times et son envoyé spécial à la Chapelle en Juger

La disparition des boulangeries normandes inquiète le New York Times et son envoyé spécial à la Chapelle en Juger / © IP3 PRESS/MAXPPP
La disparition des boulangeries normandes inquiète le New York Times et son envoyé spécial à la Chapelle en Juger / © IP3 PRESS/MAXPPP

Les habitants de la Chapelle en Juger se battent depuis deux ans pour la réouverture de leur boulangerie. Un combat qui intrigue le New-York Times. Le quotidien américain a dépêché un journaliste sur place et publie un article intitulé "Des baguettes sorties d'un distributeur ? Quelle tragédie"

Par L.A.

Le reporter du New-York Times a arpenté la Manche au mois d'octobre, un mois après le rassemblement des habitants de la Chapelle En Juger. Quatre-vingt personnes s'étaient alors réunies devant la devanture de la boulagerie du village pour réclamer sa réouverture. L'article américain pointe du doigt cette réalité : en France, la boulangerie est considérée comme un équipement communal de base, une obligation, un dû...

La boulangerie, symbole de la France ?

La boulangerie rythme la vie des français. Comme le souligne le journaliste américain, c'est la "première lumière à poindre avant l'aube. L'odeur du pain chaud ne tardera pas à entrer dans les maisons alentour". Mais tout change... Une boulangerie fermée est le symbole d'un village mort.

En 2017, les 650 habitants de la Chapelle En Juger ont perdu leur boulangerie. C'était le dernier commerce de proximité où ils pouvaient se rencontrer, discuter en achetant leur pain quotidien ou les pâtisseries de fin de semaine. C'est donc un drame pour la communauté. "Un drame" comme le signale le New York Times qui rappelle aussi l'installation de centres commerciaux autour du village, l'attrait des courses en supermarché, et les jeunes consommateurs "qui ne mange plus autant de pain qu'avant"...

L'article américain évoque aussi la fermeture de la boulangerie de Landelles et Coupigny, qui avait été suivie par celle de la boucherie, et ce qui en découle (ou en est à l'origine ? ) : une certaine désertification des campagnes :

Traveling in rural France these days means spotting closed bakeries, the faded paint on old windows and doors giving an indication of when the lights went out.

De nos jours, parcourir la France rurale c'est repérer les boulangeries fermées, la peinture écaillée sur les portes anciennes et les fenêtres, indiquant le moment où les lumières se sont définitivement éteintes.

Des distributeurs automatiques de pain ont parfois fait leur apparition dans les villages. Le New York Times cite la Vendélée dans la Manche où "une machine ressemblant à une cabine téléphonique" délivre le précieuse baguette. Un paliatif pour les villageois qui craignent malgré tout de voir mourir leur village "nous n'avons plus de contact avec les autres habitants" explique Hélène Collard au Times "c'était le seul lieu de rencontre qui restait".
 

La France attachée à ses boulangerie au point de tenir des statistiques précises

Norimitsu Onishi du New York Times remarque que "peu de pays compilent des données aussi précises (sur des boutiques et en l'occurence) des boulangeries". Il cite un rapport gouvernemental, selon lequel "la moitié des français vit à moins de 2,5km d'une boulangerie et 73% des français vit à moins de 800 mètres de sa baguette". De quoi étonner nos amis américains.
 
"À La Chapelle-en-Juger, Monsieur Vigot, 71 ans, traversait la rue pour se rendre à la boulangerie. À présent, il se rend à la petite ville de Marigny-le-Lozon, où il achète toujours deux boules et un pain tranché." Le journal souligne ainsi les habitudes qui demeurent ancrées et la non-renonciation des anciens. Le boulanger voisin fait toutefois remarquer au journaliste l'ambiguïté de la plupart des amateurs de pain français. Il explique que "les consommateurs sont prompts à crier à la tragédie quand une boulangerie ferme mais tous ne jouent pas le jeu quand elle est encore ouverte ". Certains ne se rendent dans leur boulangerie que le week-end alors qu'ils achètent du pain tous les jours....

"La boulangerie c'est le réseau social de la commune, un lieu de vie. Il y a les cancans, les petites histoires drôles, il pleut, il ne pleut pas, on n'a pas besoin d'aller sur google pour savoir ça, il faut aller à la boulangerie", déclarait à France 3 Nicolas Bourdier, un habitant de la Chapelle-en-Juger lors du rassemblement de septembre. Une centaine d'habitants s'étaient alors réunis devant la boulangeire de la Chapelle-en-Juger pour réclamer sa réouverture.


 

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