Emission "Dropped" : 6 ans après la disparition d'Alexis Vastine, la société de production mise en examen

Le 9 mars 2015, un accident d'hélicoptères sur le tournage d'une émission de télévision en Argentine coûtait la vie à 10 personnes dont le boxeur normand Alexis Vastine, médaillé de bronze aux JO de Pékin.

Paris, le 11 mars 2017 - Sur le parvis du Trocadéro, les proches des victimes de l'accident de "Dropped" dont la famille d'Alexis Vastine, émus, souvent les larmes aux yeux, se sont recueillis devant les photos des disparus posées à côté de bouquets de fleurs.
Paris, le 11 mars 2017 - Sur le parvis du Trocadéro, les proches des victimes de l'accident de "Dropped" dont la famille d'Alexis Vastine, émus, souvent les larmes aux yeux, se sont recueillis devant les photos des disparus posées à côté de bouquets de fleurs. © France 3

Six ans après l'accident survenu sur le tournage de l'émission de télévision "Dropped" la société de production Adventure Line productions (ALP) a été  mise en examen pour "homicides involontaires" le 17 février 2021. C'est qu'a appris l'AFP hier lundi (8 mars).

La collision de deux hélicoptères avait fait 10 morts : la navigatrice Florence Arthaud, la championne olympique de natation Camille Muffat, le boxeur médaillé olympique Alexis Vastine, cinq membres français de la production, et deux pilotes argentins, Juan Carlos Castillo et Roberto Abate.

Après l'émotion, comme ce fut le cas à Pont-Audemer d'où était originaire Alexis Vastine, les familles des victimes ont voulu comprendre ce qui s'était passé et savoir qui était responsable de ce drame. C'est ainsi qu'Alain Vastine, le père d'Alexis avait porté plainte. En mars 2017, un rassemblement avait eu lieu à Paris pour dénoncer les "lenteurs de la justice"  et comme le disait le père du boxeur eurois, "faire voir notre mécontentement, faire voir la lenteur du procès".

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VIDEO - Mars 2015 : la douleur et la colère d'Alain Vastine, le père d'Alexis (Reportage : S. Gérain et P. Cornily)

ALP "présumée innocente"

Six ans après, on apprend donc qu'Adventure Line productions a été mise en examen "homicides involontaires".

Cette société était initialement sous le statut (plus favorable) de témoin assisté, mais cette nouvelle étape, prélude à la décision sur un éventuel procès, était toutefois attendue après de précédentes mises en examen: celle en février 2019 du Suédois Peter Högberg, "chargé de sécurité lors du tournage", puis en octobre 2020 de Nicolas Roussel, directeur de production de l'émission.

Joint par l'AFP, les avocats d'ALP rappellent que la société "reste présumée innocente" et qu'"il ne s'agit en aucun cas d'une reconnaissance de culpabilité" et précisent que  "Les équipes d'ALP demeurent profondément bouleversées par l'accident qui a coûté la vie à leurs collègues, aux pilotes et à certains participants". Toujours selon les avocats, les équipes d'ALP "restent déterminées à démontrer que tous les moyens matériels et humains ont été mis en place pour assurer la sécurité".

Sécurité et budget

"Cela fait six ans que cette société nie ses responsabilités", a regretté  Gisèle Gilles, présidente de l'"Association des proches des victimes du crash d'hélicoptères de Dropped", dénonçant la "lâcheté" de cette dernière et la "toute puissance de l'argent".

Fer de lance de la production des jeux d'aventure en France, ALP a subi en quelques années deux accidents graves: le crash meurtrier de 2015 et la mort d'un candidat en 2013 dans "Koh-Lanta". Selon des éléments consultés par l'AFP, aussi bien Peter Hogberg que Nicolas Roussel ont désigné devant les juges les pilotes comme principaux responsables.

Les magistrats, toutefois, se demandent si ALP n'a pas fait preuve de "passivité" sur la sécurité :
"Personne, au sein d'ALP et de la production, ne s'était enquis de vérifier le profil professionnel" de l'un des pilotes, ont-ils estimé, alors que certains témoins ont évoqué sa maladresse, "ses lunettes à fortes correction" ou le fait qu'il se "déplaçait péniblement".

Ils se sont aussi demandé si ALP n'avait pas imposé le recours aux hélicoptères publics pour des raisons budgétaires, ce que M. Roussel a contesté. En parallèle, plusieurs procédures d'indemnisation des familles sont en cours en France et la société a déjà été condamnée plusieurs fois pour "faute inexcusable".

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