Les éleveurs amateurs et les particuliers normands face à la grippe aviaire

Publié le
Écrit par Béatrice Rabelle .

Distribuer gratuitement des poules pour réduire les déchets des particuliers : l'opération est renouvelée dans le département de l'Eure. Si l'idée est vertueuse, trouvera-t-elle des amateurs en temps de grippe aviaire? Car depuis le mois de novembre, les particuliers doivent protéger leurs volailles sous peine d'une amende de 750 euros. La grippe aviaire pourrait inciter les propriétaires de poules à marcher sur des œufs.

 "Adopte deux poules" :  En ce mois d'avril, la commune d'Evreux  et  l'agglomération Seine-Eure renouvellent leur proposition aux habitants de l'Eure pour que chacun "réduise ses déchets tout en faisant le plein d’œufs frais directement de son jardin."

Cette proposition a séduit de nombreux particuliers ces dernières années. Car la part des déchets organiques représente plus de 30 % de nos poubelles. L'agglomération Seine-Eure explique l'intérêt de l'adoption de poules pour les familles :

"Sachant qu’une poule peut consommer jusqu’ à 100 kg de déchets par an, l’impact est considérable en termes de collecte et de traitement des déchets. Avec deux poules dans son jardin, une famille de 4 personnes peut réduire d’un tiers le volume de ses déchets." 

Mais depuis le 4 novembre 2021, l'ensemble du territoire métropolitain a été placé en risque "élevé " de grippe aviaire.

En Seine-Maritime, quatre élevages ont été durement touchés par le virus de la grippe aviaire ces derniers mois. Le cas le plus récent date du 31 mars dernier, à Catenay près de Rouen, où 8000 volailles ont été abattues à la ferme des châtaigniers .

Dans ce contexte, le département de l'Eure est également placé sous haute surveillance même si aucun cas n'a été détecté jusqu'alors.

Quelles contraintes pour les petits éleveurs ?

Tous les éleveurs de volaille, y compris les particuliers détenant une ou deux poules, sont depuis novembre 2021, obligés de les mettre à l'abri sous filet ou de les confiner pour empêcher le contact avec les oiseaux migrateurs qui transmettent le virus de l’influenza aviaire. Ils doivent en outre couvrir leur nourriture. S'ils ne se plient pas à ces restrictions, ils encourent une peinte de 750 euros par volaille.  

Protéger les oiseaux de la grippe coûte cher aux éleveurs amateurs 

Les éleveurs de petites structures et les particuliers se disent donc préoccupés par la question, comme Yoann Le Guet, qui élève des pigeons, des canards et des volailles de race aux Essarts dans l'Eure.

Cet éleveur amateur organise le salon avicole chaque année à Evreux et se dit très inquiet. Il comprend les mesures prises pour lutter contre la propagation de la grippe aviaire, mais il estime qu'il est impossible de respecter ces mesures à la lettre.

Il fait "tout son possible", met à l'abri l'alimentation de ses animaux, ne se déplace pas chez les autres éleveurs et ne transporte pas ses volailles, mais il est inenvisageable pour lui d'installer le fameux filet protecteur sur son terrain : 

"Moi j'ai 6000 mètres carrés de parcours pour mes oiseaux...Comment voulez-vous que je couvre 6000 mètres carrés de filets? Sachant qu'aujourd'hui, un filet de bonne qualité coûte environ entre 2 et 4 euros du mètre carré! C'est irréalisable, mes finances ne me le permettent pas!"

La fiabilité des filets en question 

Yoann Le Guet ajoute : " D'autant plus qu'aujourd'hui il n'existe pas de filet dont on sait que les mailles ne laisseront pas passer les fientes à travers... " 

L'une des conséquences de ces mesures serait la disparition des races locales 

Outre le fait qu'il risque une amende de 750 euros par volaille en cas de non couverture de son terrain, l'éleveur amateur soulève un problème de fonds lié à ces restrictions successives : la survivance de certaines races locales. 

" On n'a plus le droit de présenter et de valoriser nos volailles, même pour les éleveurs comme moi qui font de la sélection avec un patrimoine génétique à préserver.  Les particuliers ne vont plus avoir envie de se lancer dans l'élevage et le risque, c'est que certaines races disparaissent, c'est déjà le cas ! On ne trouve plus par exemple d'oie normande. J'en cherche et je n'en trouve pas. Nous avons eu des restrictions successives depuis 2015, les gens n'ont plus envie de se lancer. Les éleveurs amateurs font ça par passion, ils aiment les animaux, c'est aussi pour le plaisir d'avoir quelques oeufs...Leur imposer ces contraintes,  c'est compliqué et ça va tuer l'élevage amateur."

Dépité, il ajoute :

"Dans quelques années, nous n'aurons plus de poulaillers dans nos campagnes , on nous met beaucoup de barrières, sans compter la pression du parti animaliste qui milite pour la fin de tous les élevages" 

La solution à la grippe aviaire ? Donner le  vaccin disponible "pour les zoos" à tous les éleveurs

Il existe en effet un vaccin "anti grippe aviaire". En novembre dernier, le zoo de Mulhouse a ainsi vacciné plus de 500 oiseaux de 70 espèces différentes  afin de limiter le risque d'introduction du virus dans son établissement.

"Le vaccin existe, il est utilisé dans les zoos, pourquoi pas dans nos élevages?  demande Yoann le Guet. Nous souhaitons que ce vaccin soit également disponible pour nos élevages amateurs."

En attendant qu'il soit potentiellement entendu, la préfecture appelle tous les propriétaires de volaille à la plus grande prudence, y compris sur les marchés dans la région. Elle a d'ailleurs interdit  tous les rassemblements avicoles. Mais elle rappelle aussi que le virus n'est pas transmissible à l'Homme et que la consommation de produits à base de volailles ou d’œufs ne présente aucun danger.  

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité