Fin de garde à vue pour des militants écologistes normands dans l'affaire Lafarge

17 personnes ont été interpellées lundi dernier et placées en garde à vue dans l'enquête l'action menée en décembre dernier sur le site de la cimenterie Lafarge, à Val-de-Reuil. Certaines ont été libérées ce jeudi.

Le 10 décembre 2023, une centaine de personnes parvenaient à s'introduire sur le site de la cimenterie Lafarge, à Val-de-Reuil, dans l'Eure. Avant d'être dispersés par la police à l'aide de gaz lacrymogène, ces activistes écologiques avaient inscrit plusieurs tags dénonçant les activités de l'industriel et les soupçons d'un financement de l'Etat islamique qui pèsent sur le groupe.

D'autres manifestations avaient eu lieu le même jour un peu partout en France devant des sites du cimentier. Ces actions coordonnées avaient été revendiquées par 200 organisations écologistes et syndicales contre l’artificialisation des terres, ainsi que des comités locaux des Soulèvements de la terre.

Quatre mois plus tard, le lundi 8 avril, 17 personnes, "suspectées d'avoir fait partie des auteurs des faits" selon le procureur d'Evreux, étaient interpellées et placées en garde à vue dans le cadre d'une enquête confiée à la Sous-direction antiterroriste (SDAT) de la Direction nationale de la police judiciaire et à la Direction territoriale de la police judiciaire de Rouen. 16 d'entre elles résident en Normandie, dont cinq dans l'Orne. 

Un homme de 76 ans convoqué au tribunal

Parmi les militants ornais placés en garde à vue lundi dernier, trois auraient été libérés ce jeudi après-midi selon nos informations. C'est notamment le cas de Christine Coullon, cheffe de file du Nouveau Parti Anticapiltaliste (NPA) dans l'Orne. La garde à vue d'un septuagénaire a également été levée.

Son cas suscite particulièrement l'indignation d'Europe Ecologie Les Verts - Normandie. "L’ensemble des élu-es et des militant-es écologistes de Normandie sont stupéfait-eset indigné-es d’avoir appris que dans ce cadre, un de nos camarades de l’Orne, âgé de76 ans a été interpellé chez lui à 6h du matin puis placé en garde à vue au sein du commissariat d’Evreux, pendant plus de 72h", indique un communiqué diffusé en fin d'après-midi. L'homme est convoqué au tribunal d'Evreux le 27 juin prochain.

Une affaire terroriste ?

Selon une personne proche des militants interpellés (que nous avons pu joindre par téléphone ce jeudi), ces derniers ne souhaitent pas, pour le moment, s'exprimer. Le procureur de la république d'Evreux a indiqué qu'il diffuserait un communiqué au plus tard vendredi matin. Ces interpellations, menées de surcroît dans le cadre d'une enquête confiée à l'antiterrorisme, ont suscité la colère du mouvement écologiste. "Les militant-es écologistes sont trop souvent considérés aujourd’hui par le pouvoir comme des terroristes, alors qu’ils ne sont que des lanceurs d’alerte pacifistes et qu’ils défendent l’avenir de notre planète et des générations futures", s'insurge EELV Normandie dans son communiqué. 

L'enquête visant ces militants a été ouverte notamment pour séquestration, destructions/dégradations graves en réunion et violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique sans incapacité. Les dégradations commises sur le site Lafarge de Val-de-Reuil - mousse expansive à l'intérieur de plusieurs appareils, béton dans une arrivée d'eau, un contenant de billes de polystyrène et des sacs de ciment éventrés ou encore vitres brisées - sont estimées à plus de 450.000 euros.