Insolite : des épouvantails dans la Vallée de l'Eure... pour rassembler !

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Les habitants de Fontaine-sous-Jouy (27) s’associent autour du 9ème Festival des épouvantails et tentent d’éloigner les frayeurs de la crise sanitaire, jusqu’au 8 mai 2022.

Depuis quelques jours, la population de Fontaine-sous-Jouy s’est agrandie. Près de deux cents nouveaux Jovifontains ont vu le jour dans cette petite commune de la Vallée de l'Eure. Des êtres uniques… tout droit sortis de l’imagination des villageois.

« C’est mon totem animalier », présente Maïté Turmel, styliste d’un jour et secrétaire de l’association Fontaine Animation. « On peut se prosterner si vous voulez », plaisante-t-elle. Plusieurs heures de travail ont été nécessaires à la réalisation de son chasseur d’oiseaux, avec l’aide de son mari pour certaines tâches. « J’ai les idées mais pour tout ce qui est fixation je suis nulle », confie-t-elle dans un sourire.

Premières créations : 1990

L’association Fontaine Animation se réjouit du retour du Festival des épouvantails, qui d’ordinaire se déroule tous les quatre ans. Le dernier avait eu lieu en 2016. Crise sanitaire oblige… édition 2020 annulée, édition 2021 reportée.

L’idée du festival vient d’une jeune retraitée parisienne qui à la fin des années 1980 visite une exposition d’épouvantails dans un square de la capitale. C’est le coup de cœur. Elle souhaite importer l’idée à Fontaine-sous-Jouy, où elle réside une partie de l’année. Le maire de l’époque est dubitatif mais se laisse convaincre. Trente ans plus tard, les hommes de paille continuent de fleurir.

L’union fait l’épouvantail

« Toute la commune participe, on sent bien que chacun se prend au jeu. Ça réunit, c’est fondateur », explique Maïté Turmel. Des plus vieux, aux plus jeunes. La classe de CE1-CE2 a confectionné son épouvantail avec pour thème « C’est quoi le bonheur ? ». Tous les élèves ont choisi leurs mots doux qu’ils ont écrit sur des moulins à vent en papier multicolores : ma famille, les copains, dessiner, les bonbons, etc.

Cette réunion, le maire actuel (sans étiquette) de la commune, l'attendait avec impatience. « Les habitants sont habituellement très ensemble, font beaucoup d’activités ensemble et pendant deux ans ça s’est quasiment perdu. Là aujourd’hui, enfin, on va pouvoir revivre ensemble… Je vais pouvoir retrouver mes administrés, ils m’ont manqué ! », s’exclame Raphäel Norblin.

D’après la secrétaire de Fontaine Animation, beaucoup de personnes âgées ne se rendent plus aux activités sportives proposées par l’association par crainte du Covid. Elle mise sur le festival pour relancer le lien social, donner un dynamisme au village. « C’est l’occasion pour les gens de ressortir après le Covid, remettre le pied à l’étrier », espère Christophe Maron, le président de Fontaine Animation.

Liberté, récupération, expression

Il n’y a pas de thème imposé, pas de concours, ce n’est pas l’esprit du festival. « Chaque personne a une patte différente, c’est même exubérant par moment », s’enthousiasme Maïté. Pour créer son totem chasseur d’oiseaux, la Jovifontaine a fait de la récup’ : un vieux pantalon de sport, un agglo ou encore un vieux rideau chenille anti-insecte et un carton d’emballage « J’avais acheté un appareil ménager recouvert d’un carton très épais, je me suis dit « oh mais c’est une tête africaine » » développe-t-elle.

Dans le jardin voisin, Elisabeth, Franck et Suthin Lamblardy ont confectionné trois épouvantails. Chacun le sien. « Six mois avant on essaye de ne pas jeter toutes les bricoles qu’on veut mettre au monstre. Les roues de vélo, les chaînes… tout ce qui est cassé on garde ! Ça peut toujours servir », indique Elisabeth Lamblardy.

Tous les épouvantails sont mis en scène le long d’un parcours de 2,5 kilomètres au départ de la mairie, en passant par la promenade du Bord de l’eau, ou encore la rue de l’Ancienne forge. « Les gens ont en mis plus loin et tous les jours il y en a des nouveaux », s’enthousiasme monsieur le Maire. À midi dimanche 1er mai, 171 épouvantails et de nombreux visiteurs ont été comptabilisés dans les rues de Fontaine-sous-Jouy… Nul ne sait si les oiseaux ont continué à chanter.