C'est une "belle endormie", l'ancienne filature de coton Levavasseur. Le département de l'Eure en est le propriétaire. Les travaux de sécurisation vont commencer. Le public est invité pour de premières ouvertures - à distance des murs - en mai et cet été.

Dans le brouillard, c'est une vision digne de "Harry Potter" ou du "Seigneur des Anneaux." Cette ruine fascine autant qu'elle donne des frissons. Un monstre de briques néo-gothique qui s'étend sur cent mètres et nous domine du haut de ses 40 mètres. Le Graal des amateurs d'Urbex (exploration de lieux abandonnés).

Un site exceptionnel qui mérite d'être visité

Dans cette ancienne filature, tout s'est arrêté le 23 août 1874. Du coton se serait enflammé sous l'effet des rayons du soleil concentrés par une verrière.

Les hautes tours semblables à des donjons intriguent les automobilistes qui roulent sur la départementale (RD321 au niveau de Pont-Saint-Pierre). 

Il est interdit de déambuler sans autorisation sur le site. La belle ruine se dresse fièrement mais elle présente quelques dangers, proportionnels à sa taille. Exceptionnellement, le département de l'Eure en a autorisé l'accès (casqué) pour annoncer la renaissance de ces lieux.

"Personne d'autre n'a un édifice comme celui-là !"

Alexandre Rassaërt, président du conseil départemental de l'Eure

Cet "escogriffe" de brique mérite amplement le titre de ruine romantique. En 2021, le département de l'Eure (propriétaire depuis 1999) a présenté avec succès la candidature de son bien hors-norme....et un peu encombrant, à la mission Bern et la fondation du patrimoine. 

Le mécènat d'AXA contribuera aussi à boucler le budget de 500 000 € pour 2024. Le chantier de consolidation a de quoi intimider les entreprises de restauration les plus vaillantes. Il faut aussi créer des chemins et desserer l'étau de la végétation qui enlace les pierres.

Le 14 juin, la proposition de demande de classement aux Monuments historiques sera soumise aux élus du département. 

De premières visites guidées et des spectacles qui jouent avec ce cadre étourdissant

Après 150 années de silence, les lézards et les corbeaux ne seront plus les seuls hôtes de l'ancienne filature.

Les premières visites guidées et théâtralisées (à bonne distance des murailles) auront lieu samedi 25 mai. Le soir, un ciné-concert nommé "les yeux fermés" sera donné "dans l'obscurité, sans écrans, ni téléphones portables" par Diane Barbé et Félicia Atkinson. Il faudra réserver.

Autre date à retenir dans le cadre du festival Normandie Impressionniste, samedi 31 août, le public pourra suivre des visites. Le soir, la filature sera le cadre irréel d'un opéra déambulatoire "Stalker" (oeuvre de T. Pécou J-C. Blondel (livret d’après le scénario de A. Tarkovski), O. Kisseleva). Il faudra aussi réserver, le livret de l'opéra est prometteur : 

"Nous voici sur la Terre, brièvement visitée par une civilisation extraterrestre, dans des zones de contacts aux phénomènes inexplicables. En leur centre, une « Chambre » permet à celui qui y pénètre d’exaucer ses vœux. Un scientifique et un écrivain paient un « Stalker », sorte de guide mystique, pour les y mener." (extrait de la présentation).

Appel à ceux qui possèdent des documents anciens sur la filature 

L'incendie a emporté une partie des secrets de ces lieux. Cent-cinquante ans après, le département de l'Eure lance d'avril à octobre une collecte de témoignages oraux et de photographies, cartes postales, bulletins de salaire, livrets d'ouvriers, articles de journaux. 

Comment ces ouvriers, hommes, femmes et enfants percevaient-ils cette usine à la fois somptueuse et écrasante ? 

"C'est comme une enquête, on va réussir peut-être à raconter l'histoire de ceux qui ont travaillé ici", explique Ludivine Ponte, directrice de la Culture au département de l'Eure

L'adresse de la collecte "le fil de vos souvenirs" est  : filaturelevavasseur-info@eure.fr ou 02.27.34.00.69

Des documents intéressants sont peut-être encore chez des descendants de Charles Levavasseur (1804-1894). En voyant ce monument démesuré, le visiteur s'interroge, pourquoi cet armateur, industriel et député voulut-il donner à son usine l'architecture d'un édifice religieux ?