Guerre en Ukraine : face à la menace nucléaire, les pastilles d'iode recherchées

Publié le Mis à jour le

Le phénomène monte en puissance depuis les menaces de Vladimir Poutine et la mise en alerte de sa force de dissuasion nucléaire. De plus en plus de personnes en France cherchent à se procurer des pastilles d'iode.

Inutile de vous précipiter à la pharmacie pour vous procurer des pastilles d'iodes. Vous n'en trouverez pas. Depuis le début de cette semaine et les menaces de Vladimir Poutine de mettre en alerte sa force de dissuasion, beaucoup de Français cherchent à se procurer des pastilles d'iode. Le phénomène touche aussi la Normandie.

Ces pastilles servent à protéger la glande thyroïde en cas d'exposition radioactive. Elles sont disponibles seulement pour la population vivant dans un rayon de 20 km autour d'une centrale nucléaire.

Depuis le début de la semaine, des gens cherchent des comprimés d'iode, mais la plupart du temps, ils n'en trouvent pas. Les pharmacies n'en ont pas en stock pour la simple et bonne raison que les grossistes n'en ont pas également. Il existe des stocks réservés par EDF pour les personnes qui habitent dans un rayon de 20 km autour des centrales nucléaires.

Franck Blandamour

Président de l'Ordre des Pharmaciens de Normandie

La distribution à la population de ces pastilles d'iode est en effet restreinte et très réglementée par les préfectures. Géographiquement notamment, puisque seules les pharmacies situées à moins de 20 kilomètres des 19 centrales nucléaires françaises sont habilitées à en prodiguer.

Depuis la catastrophe de Fukushima au Japon, le périmètre de distribution des pastilles d'iode à la population a été élargie de 10 à 20 kilomètres autour des centrales. En dehors de ces périmètres, il existe des stocks dans chaque département français, mais ces pastilles d'iode ne sont pas ou très peu distribuées en pharmacie. La France a choisi une répartition limitée, contrairement à son voisin belge. En Belgique, les boites d'iode sont mises gratuitement à la disposition de la population, dans toutes les pharmacies du pays.

En cas d'accident nucléaire, il y a une procédure très précise qui conduit effectivement à ingérer de l'iode à titre préventif. Ce que nous constatons, c'est que dans les plans de distribution d'iode, trop peu de nos concitoyens sont allés retirer ces pastilles. On se trouve en ce moment dans une situation particulière où il y a temporairement un manque de pastille. C'est une chose qui est en train d'être corrigée.

Pierre-André Durand

Préfet de la région Normandie

A quoi servent les pastilles d'iodes ? 

En cas d'accident nucléaire grave, avec des rejets radioactifs importants, l'un des éléments radioactifs rejetés, est l'iode 131. Cet isotope radioactif est très volatil et quand on l'inhale, il se fixe dans la thyroïde  et provoque un risque accru de cancer. En cas d'accident nucléaire, il est recommandé de prendre un comprimé 6 heures avant l'exposition aux retombées radioactives. 

C'est une des principales leçons de Tchernobyl où il y a eu plus de 6 000 enfants qui ont développé un cancer de la thyroïde en Russie, Biélorussie et en Ukraine. Après Tchernobyl, on a mesuré des traces d'iode 131 en France et même après Fukushima, de manière infime.

David Boilley

Président de l'Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l'Ouest

Pas de panique !

En France l'Autorité de sûreté nucléaire a activé son centre d'urgence pour suivre l'évolution de la situation dans les centrales nucléaires en Ukraine. 

En Belgique, son alter ego, l'Agence fédérale de contrôle nucléaire, précise sur les réseaux sociaux  que la situation en Ukraine ne nécessite pas la prise de comprimés d'iode.

Pour les spécialistes, il est prématuré de chercher à se procurer des comprimés d'iode. En cas d'accident nucléaire sur une centrale en Ukraine, les fameuses pastilles d'iodes auraient le temps d'être distribuées à la population en cas de retombées radioactives sur notre territoire. Selon David Boilley, agrégé de physique et docteur en physique nucléaire et Président de l'ACRO ( l'Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l'Ouest ), une explosion d'un missile à tête nucléaire sur le territoire ukrainien aurait peu de chance d'avoir des répercussions en France. La charge étant moindre, les rejets radioactifs se dissiperaient avant d'arriver au dessus de l'hexagone. Si enfin, un missile nucléaire russe devait s'écraser sur une ville française, scenario catastrophe que personne n'imagine, la prise d'iode serait totalement inutile. L'explosion suffirait a détruire toute vie sur un large rayon.

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer des newsletters. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas des e-mails. Notre politique de confidentialité