A Agon-Coutainville, le projet immobilier "L'Agon bleu" n'a rien de paradisiaque pour les riverains

Dans cette station balnéaire du littoral manchois, un projet immobilier du groupe Vinci en front de mer suscite une vive hostilité au sein de la population. La préfecture de la Manche, elle aussi, n'est pas avare en critiques et attaque au tribunal administratif.
Le projet "L'Agon bleu" porté par le groupe Vinci suscite une franche hostilité à Agon-Coutainville
Le projet "L'Agon bleu" porté par le groupe Vinci suscite une franche hostilité à Agon-Coutainville

"Gigantesque. Immense. Incroyable." Quand Bertrand Wolff évoque "L'Agon bleu",  les superlatifs s'enchaînent. Mais dans la bouche de ce riverain, ils traduisent d'avantage une consternation qu'une admiration. Le groupe Vinci aimerait, dici 2023, ériger en front de mer à Agon-Coutainville, sur les anciens terrains du comité d'entreprise du Crédit Lyonnais, un ensemble immobilier comprenannt un immeuble et une vingtaine de maisons. Soit une quarantaine de logements concentrés sur un peu plus de 5000 m2.

Comme "dans une cité de région parisienne"

Annie et Gérard font partie des futurs voisis du L'Agon bleu. A terme, les arbres qui bordent leur rue devraient être remplacés par une série de maisons mitoyennes. "Alors qu'on prône plutôt dans notre région 14 maisons pour 7000 m2, eux ils vont mettre 44 logements", affirme la retraitée, "On va se retrouver dans une cité de région parisienne où il faut entasser le maximum de gens sur un minimum de surface. Ce n'est pas le but d'une station balnéaire. Les gens ne viennent pas ici pour se retrouver collés les uns contre les autres. Nous, on est venus pour trouver la sérénité, passer une retraite tranquille."

Quelques maisons plus loin, Françoise aussi ne cache pas sa colère. "Je suis choquée par l'ampleur du projet et surtout par la manière dont il a été mis en place dans le plus grand secret au mépris des Coutainvillais." Dans une interview accordée à nos confrères de La Manche libre, le promoteur immobilier affirme pourant avoir été en contact avec les habitants du quartier "dès le mois de mai, bien avant la délivrance du permis de construire par les élus".

"le sujet dépasse largement la vie de quartier"

Les riverains, réunis au sein du collectif "Urgence pour le littoral d'Agon-Coutainville", affirment qu'ils ont décidé de passer à l'action après "la découverte de ce projet dont personne n'avait entendu parler, ni les élus, ni les riverains que nous sommes". La première étape de leur mobilisation a constitué par la création et diffusion d'une pétition. "On a voulu sensibiliser les gens par rapport à ce projet qu'on considère être dangereux, présentant des risques pour la préservation du littoral", indique Bertrand Wolff, l'un des portes-paroles du collectif. Aux accusations d'entre-soi, de comité de défense d'un petit groupe de privilégiés, celui-ci répond : "Le succès de la pétition qu'on a lancée, 33 000 signatures, montre que le sujet dépasse largement la vie de quartier et le savoir-vivre d'Agon-Coutainville (ndlr : près de 2800 habitants en 2015)."

Le collectif a également écrit aux parlementaires du département ainsi qu'au préfet. Avant de se pencher minutieusement sur le permis de construire et de le comparer avec le plan local d'urbanisme. Et, selon eux, les irrégularités ne manquent pas. "Il y a tout ce qui est lié à la hauteur, à ce qu'on appelle la skyline, c'est à dire l'harmonie des lignes horizontales en front de mer", indique Bertrand Wolff. "Il y a des sous-sols qui sont problématiques par rapport aux nappes phréatiques et aussi de la digue", ajoute Simon Vuillaume, un autre porte-parole du collectif, "On ne sait pas comment se battre contre la mer pour préserver la digue et pour autant, on construit, à moins de 20 mètres des enrochements, des parkings qui seront pratiquement au niveau de référence des plus hautes mers."

La préfecture attaque en justice

Ces sujets et d'autres figurent sur le recours gracieux déposé par le collectif sur le bureau du maire. En l'absence de réponse de sa part, les riverains se tourneront vers le tribunal administratif. Si le premier magistrat de la commune n'a pas souhaité répondre aux sollicitations de notre équipe, une autre figure locale est, elle, sortie de son silence cette semaine. Dans un communiqué diffusé ce mercredi 8 septembre, la préfecture de la Manche indique avoir introduit, le 26 août dernier, un déféré contre le permis de construire devant le tribunal administratif de Caen.

Le représentant de l'Etat estime que "les dimensions du projet apparaissent disproportionnées au regard du bâti voisin et portent une atteinte visible à l'environnement naturel et urbain dans ce secteur sensible du front de mer". Le préfet de la Manche souligne également "un risque de remontée de la nappe" dans le sous-sol de l'imeuble "au regard du risque d'inondation identifié sur la commune", un risque qui aurait nécessité que le maire prenne certaines mesures. La préfecture conclue soulignant la contradiction du projet "avec la loi littoral qui demande de limiter autant que possible l'urbanisation dans les espaces proches du rivage".

Une course contre la montre ?

Dans les colonnes de la Manche Libre, David Cengarle, directeur territorial chez Vinci Immobilier en Normandie, indique avoir "des réponses à apporter" sur les différents points soulevés par le préfet. Il affirme également que "le Plan de prévention des risques littoraux (PPRL) en cours
de la préfecture (...) quand bien même il n'est pas validé, nous permet de réaliser notre projet.
" Bertrand Wolff, l'un des portes-paroles du collectif  "Urgence pour le littoral d'Agon-Coutainville", dénonce "une course contre la montre de la part du promoteur, soutenu par la mairie, pour faire surgir de terre cet ensemble immobilier avant que des décisions, probablement comme elles ont été prises ailleurs, interdisent ce type de construction." Le projet "L'Agon bleu" doit faire l'objet d'une présentation lors du prochain conseil municipal prévu le 14 septembre prochain

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