Attentat de Karachi : "Le financement de ma campagne n’y a rien à voir", déclare Edouard Balladur à son procès

Deuxième jour de procès ce mercredi 20 janvier pour Edouard Balladur et François Léotard, soupçonnés de financement occulte de la campagne présidentielle de 1995. Face à la CJR, l’ancien premier ministre conteste les faits qui lui sont reprochés.

Deuxième jour du procès d'Edouard Balladur et de François Léotard, dans le cadre de l'affaire Karachi, mercredi 20 janvier 2021.
Deuxième jour du procès d'Edouard Balladur et de François Léotard, dans le cadre de l'affaire Karachi, mercredi 20 janvier 2021. © Geoffroy Van Der Hasselt / AFP

A 14 heures ce mercredi 20 janvier, s’ouvre le deuxième jour du procès de l’ancien premier ministre Edouard Balladur et son ex-ministre de la défense François Léotard. En ouverture d’audience, celui qui comparaît pour "complicité d'abus de biens sociaux" et "recel" de ce délit, a clamé son innocence. Pour rappel, les deux anciens hommes d’Etat sont accusés d’avoir procédé à un financement occulte de la campagne à la présidentielle de Balladur en 1995. Un système de financement qui pourrait avoir un lien avec l’attentat survenu à Karachi (Pakistan) le 8 mai 2002. Dans cette attaque, 14 personnes sont mortes dont 11 ouvriers et techniciens de la Direction des Constructions Navales (DCN) de Cherbourg (Manche).

"Dans cette affaire hors du commun, il n'est jamais question que de rumeurs", a déclaré Edouard Balladur.

Ce dossier est fondé sur des approximations, des rapprochements, des coïncidences, des suppositions que rien n'atteste. Avec de tels procédés, on pourrait condamner n'importe qui.

Edouard Balladur

C’est une affaire "hors-du-commun", selon cet ancien premier ministre qui regrette que "rien" ne lui aura été "épargné" et s’adresse ainsi aux juges : "Vous avez la tâche difficile de résister à l'opinion publique, et affronter le reproche constant de la complaisance avec les puissants".

Edouard Balladur détaille alors la provenance de l’argent qui a contribué à financer sa campagne.

85 millions de francs financés par des dons de personnes physiques à hauteur de 21 millions francs, dont 13 en espèces, en dessous du plafond de la loi que j'avais fait voter

Edouard Balladur

"Ces sommes provenaient de collectes lors des meetings de campagne, qui ne donnaient pas lieu à un reçu ni justificatif. Ces explications apportées en 1995 au Conseil Constitutionnel n'ont jamais été contredites par le moindre élément matériel, indique-t-il assuré. Je n'ai commis ni abus de bien sociaux, ni recel d'abus de biens sociaux. Je n'ai jamais donné la moindre instruction concernant ces contrats". "Mon seul rôle était de décider si la signature de contrats était compatible avec l'intérêt de notre pays et le cadre de notre politique internationale", se défend-il tout en expliquant sa vision du rôle de premier ministre :

Avais-je l'obligation de tout savoir ? Ce n'est pas ma conception.

Edouard Balladur

 

Pour rappel, dans le volet financier de l'affaire Karachi, l'entourage d'Edouard Balladur a été reconnu coupable en juin dernier de délits de biens sociaux (Dominique Castellan) , de complicité de biens sociaux ou encore de recel (Ziad Takieddine, Abdul Rahman El Assir, Renaud Donnadieu de Vabres, Nicolas Bazire, Thierry Gaubert). Tous ont fait appel.

"Vingt ans après cet attentat la justice a échoué"

Durant son discours, le premier ministre de François Mitterrand est revenu sur l'attentat de Karachi au Pakistan en 2002, point de départ de cette affaire aux multiples ramifications.

C'est au cours de l'enquête sur cet attentat qu'avaient émergé, en 2009,  les soupçons de rétrocommissions sur des ventes d'armement au Pakistan et à l'Arabie saoudite pouvant être la cause de l’attaque . "Plus personne ne doute de ma responsabilité (…) c'est devenu une vérité historique", a regretté Balladur. "Vingt ans après cet attentat, la justice n'en sait toujours pas davantage sur ses causes et ses auteurs. C'est dramatique", s’est-il ainsi exprimé avant d’ajouter : "Le financement de ma campagne n'a aucun lien avec l'attentat de Karachi". Et "pour conclure", l’ancien ministre dit avoir "confiance dans la vérité et le respect du droit". Il termine, laissant sa place à François Léotard.

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