Escroquerie, faux et usage de faux, blanchiment : la justice se penche sur le dossier Remade

Publié le Mis à jour le

En 2019, après une croissance fulgurante, l'entreprise Remade, basée à Poilley et spécialisée dans le reconditionnement de smartphones, accusait de lourds pertes. Elle laissait dans sa chute de nombreux salariés sur le carreau. Après trois ans d'enquête préliminaire, une information judiciaire a été ouverte.

"Je vous le dis franchement, il y a deux ans je me disais : je vais finir ma carrière ici. Ça montait en flèche", confiait à l'une de nos équipes en janvier 2020 un salarié de Remade. Comme nombre de ses collègues, il attendait alors de savoir s'il figurait sur la longue liste des licenciés. Le repreneur de l'entreprise, placée en redressement judiciaire, ne conservait qu'un employé sur trois. "Ça montait en flèche, ça montait en flèche sauf que c'était que des mensonges", répétait amer le salarié. Car durant quelques années, l'entreprise de reconditionnement de smartphones basée à Poilley, dans le sud-Manche, a été érigée en success story normande, visant toujours plus haut et toujours plus grand. Elle emploiera jusqu'à plus de 700 personnes.

Le 28 juin dernier, 82 des anciens salariés débarqués contestaient leur licenciement devant le conseil des prud'hommes. Leur avocat, Thomas Hollande, dénonçait dans sa plaidoirie, "l’un des scandales financiers les plus retentissants de ces dernières années, tant pour la région Normandie, que pour le secteur des start-ups et des fonds d’investissement". C'est en juin 2019 que le conte de fées se craquelle sérieusement avant de voler en éclats quelques mois plus tard. La société accuse une perte de 130 millions d'euros pour un chiffre d'affaire de 80. Une perte abyssale qui provoque la chute de l'entreprise : placement en redressement judiciaire puis liquidation judiciaire avant un rachat in extremis.

Dans le viseur de la justice dès 2019

Cette chute brutale n'avait pas manqué d'attirer l'attention de la justice. En novembre 2019, le parquet de Coutances avait ouvert une enquête préliminaire pour faux bilans et fausses factures sur une période allant de 2017 à 2019. Le dossier avait été rapidement (dès janvier 2020) transmis aux magistrats de la Juridiction interrégionale spécialisée de Rennes (JIRS) de Rennes. Créées en 2004, les JIRS regroupent "des magistrats (...) possédant une expérience en matière de lutte contre la criminalité organisée et la délinquance financière dans des affaires présentant une grande complexité", indique le ministère de la justice. 

L'enquête préliminaire menée par la section de recherche de Caen est arrivée à son terme et semble avoir fourni à la justice de sérieux éléments puisque celle-ci a décidé de passer à l'étape suivante. Le 23 juin dernier, une information judiciaire a été ouverte contre X pour les motifs suivants suivants : escroqueries et tentatives d'escroqueries en bande organisée, faux et usage de faux, abus de biens sociaux, banqueroute et blanchiment en bande organisée. C'est désormais un juge d'instruction de la JRIS de Rennes qui va poursuivre les investigations.