Nouveau convoi de combustible nucléaire à l’EPR de Flamanville : Greenpeace dénonce "un risque inutile"

Des militants écologistes et antinucléaires se sont mobilisés pour dénoncer l’arrivée de deux camions transportant de l’uranium enrichi vers le site de l’EPR de Flamanville. Greenpeace pointe du doigt "un risque inutile" au regard "des failles de sécurité".

Plusieurs associations dont Greenpeace et le CRILAN se sont données rendez-vous sur l'itinéraire du convoi de combustible à destination de Flamanville pour protester.
Plusieurs associations dont Greenpeace et le CRILAN se sont données rendez-vous sur l'itinéraire du convoi de combustible à destination de Flamanville pour protester. © FTV

Une impression de déjà-vu pour un scénario qui devrait être amené à se répéter. Mardi 2 février au matin, les membres de différentes associations écologistes et antinucléaires se sont retrouvés à Virandeville. Objectif : croiser la route du convoi de deux camions, chargés de combustible nucléaire, partis la veille de Romans-sur-Isère (Drôme) direction l’EPR de Flamanville.

Ce combustible a été fabriqué en 2009, il pouvait parfaitement rester à Romans-sur-Isère. Le réacteur n’en n'aura pas besoin avant fin 2022 à minima. Le fait de mettre du matériel nucléaire dans ce site, un site qui devrait être sécurisé et ne l’est pas, c’est prendre un risque inutile.

Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire Greenpeace France

Il s’agirait du troisième convoi du genre débarquant dans la Manche après un premier manège qui n’avait pas échappé aux militants fin octobre. "Aujourd'hui, en y faisant venir de l'uranium enrichi, on va avoir des règles de sûreté différentes, des déchets nucléaires, un démantèlement complexe. C'est un virage qu'on dénonce", prévenait alors le chargé de campagne nucléaire de Greenpeace.

"Un risque inutile"

Pour ce dernier, il était important d’être de nouveau mobilisé pour signaler le problème de sécurité que pose ces acheminements. "Comme on l’a communiqué en décembre, des fuites ont montré que la sécurité du site est mise à mal par le fait que des plans de sécurité, la position des caméras, se promènent dans la nature. Le fait de mettre du matériel nucléaire dans ce site, un site qui devrait être sécurisé et ne l’est pas, c’est prendre un risque inutile", martèle-t-il.

Le problème c’est qu’EDF utilise ces transports pour faire comme si l’EPR allait bientôt fonctionner alors que c’est faux. Il est important que les gens sachent que ce n’est pas parce qu’on livre du combustible que la situation est réglée. Il y a encore des contentieux juridiques importants, de nombreux problèmes de réparation à valider avec l’Autorité de sûreté et peut-être, qu'au final, il ne démarrera jamais.

André Jacques, président du CRILAN Comité de Réflexion, d’Information et de Lutte Anti-Nucléaire

Ces convois, qui devraient désormais avoir lieu "chaque semaine et pendant 29 semaines encore" précise le membre de Greenpeace, ont néanmoins été autorisés par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) en octobre. "Cette autorisation est l'une des étapes préalables à la mise en service du réacteur EPR de Flamanville. La mise en service de l'installation, c'est-à-dire le chargement du combustible dans la cuve du réacteur, reste soumise à l'autorisation de l'ASN. Elle fera également l'objet d'une consultation préalable du public", avait indiqué le gendarme du nucléaire.

La mise en service de l’EPR est également un point remis en question par le militant. "Comme tout le monde le sait, l’EPR est un échec catastrophique avec un retard considérable. Un coup qui a complètement explosé et personne ne sait s’il démarrera un jour. Il y a plus d’une centaine de soudures à réparer qui ont pris encore du retard. On est même pas sûr qu’on puisse vraiment les réparer. Et finalement, EDF agit comme d’habitude avec une politique du fait accompli. Ces transports, c’est dire -regardez finalement ça va bien vu qu’on livre du combustible."

"Derrière ce transport, il y a une autorisation de l’ASN pour un démarrage partiel de l’EPR et le lancement d’essais à l’intérieur de l’enceinte avec des gaz radioactifs. Cet EPR va être pollué par de la radioactivité", emboite le président du CRILAN André Jacques avant de conclure : "nous avons lancé un recours en Conseil d’état contre ce décret d’autorisation de démarrage partiel."

Sollicité, le service de communication de l'EPR de Flamanville n'a pas confirmé l'arrivée des camions. C'est un sujet confidentiel. EDF ne divulguera aucune date, mais les livraisons de combustible vont se poursuivre pendant toute l'année 2021. L'objectif est de pouvoir charger le cœur du réacteur en 2022.

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