Du combustible nucléaire livré à l'EPR de Flamanville : Greenpeace dénonce "la politique du fait accompli"

La cargaison placée sous bonne escorte a été accueillie la nuit dernière par quelques militants anti-nucléaires qui protestent contre l'arrivée de ce combustible "dont EDF n'a pas l'usage". Le chantier est en effet loin d'être achevé. Le réacteur n'entrera pas en service avant fin 2022.

Un premier camion transportant de l'uranium enrichi est arrivé à Flamanville dans la nuit du 26 au 27 octobre 2020
Un premier camion transportant de l'uranium enrichi est arrivé à Flamanville dans la nuit du 26 au 27 octobre 2020 © France Télévisions
Le camion en provenance l'usine Framatome de Romans-sur-Isère (Drôme) est entré dans l'enceinte de la centrale à minuit. Une poignée de manifestants avaient bravé le vent et la pluie pour accueillir ce premier convoi jugé très symbolique.  "Jusqu'ici, quand on parlait de l'EPR, il était surtout question de gros oeuvre, de travaux, relève Yannick Rousselet qui est chargé des questions nucléaires à Greenpeace. Aujourd'hui, en y faisant venir de l'uranium enrichi, on va avoir des règles de sûreté différentes, des déchets nucléaires, un démantèlement complexe. C'est un virage qu'on dénonce".
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Arrivée du combustile à l'EPR de Flamanville ©France 3 Normandie
 

On n'est pas du tout certain que cet EPR pourra démarer un jour. Il y a des quantités de malfaçons énormes, les soupapes qui sont retournées en usine, les soudures qui ne sont pas terminées. EDF n'a aucun usage de cet uranium enrichi.

Yannick Rousselet, Greenpeace

 

L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait annoncé officiellement il y a deux semaines avoir donné son feu vert à l'opération, précisant que le combustible sera "entreposé dans la piscine du bâtiment prévu à cette fin". "Cette autorisation est l'une des étapes préalables à la mise en service du réacteur EPR de Flamanville. La mise en service de l'installation, c'est-à-dire le chargement du combustible dans la cuve du réacteur, reste soumise à l'autorisation de l'ASN. Elle fera également l'objet d'une consultation préalable du public", avait indiqué le gendarme du nucléaire.
Des militants de Greenpeace à Flamanville dans la nuit du 26 au 27 octobre 2020
Des militants de Greenpeace à Flamanville dans la nuit du 26 au 27 octobre 2020 © France Télévisions
"Le combustible a été fabriqué en 2009. Il devait arriver ici pour un démarrage en 2011, souligne Yanick Rousselet. EDF n'a aucun usage de cet uranium enrichi". Interrogée lundi par l'AFP, la direction d'EDF à Flamanville a indiqué qu'elle ne communiquerait pas sur le sujet. La compagnie prévoit toujours un démarrage de l'EPR "fin 2022", mais au mois de juillet, un rapport assasin de la Cour des comptes évoquait plutôt une mise en service à la "mi-2023".
 

Une mise en service de l'EPR en 2022, ou en 2023...

Les magistrats pointaient des "dérives de coûts et de délais considérables" sur le chantier du réacteur. Le rapport table sur 6,7 milliards de "coûts complémentaires".  Lancé en 2006, et devant initialement entrer en service en 2012 pour un coût de 3,3 milliards d'euros, la construction à Flamanville du premier réacteur français de troisième génération a multiplié les déboires et son coût a été réévalué par EDF à 12,4 milliards d'euros.
"On n'est pas du tout certain que cet EPR pourra démarer un jour. Il y a des quantités de malfaçons énormes, les soupapes qui sont retournées en usine, les soudures qui ne sont pas terminées", insiste Greenpeace qui voit dans ces livraisons de combustible un moyen de créer "un point de non-retour". "C'est la politique du fait accompli pour fare croire que tout va bien", déplore Yannick Rousselet. Selon un communiqué du réseau Sortir du nucléaire, le transport de combustible devrait se poursuivre à raison de "deux camions par semaine pendant quatre mois". 

 
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