Municipales 2020 : ces anciens maires raccrochent, ils nous expliquent pourquoi

Pourquoi certains maires jettent-ils l'éponge ? / © PHOTOPQR/POPULAIRE DU CENTRE/MAXPPP
Pourquoi certains maires jettent-ils l'éponge ? / © PHOTOPQR/POPULAIRE DU CENTRE/MAXPPP

Certains ont près de quatre décennies de mandats au compteur mais ils rendent leur tablier pour les prochaines élections. Rencontre avec plusieurs maires de Normandie, qui nous expliquent pourquoi ils jettent l'éponge et reviennent sur leurs engagements. 

Par Stéphanie Potay

La perte de compétences municipales

 Ils ont même changé la serrure, on ne peut plus rentrer dans la station d'épuration qu'on a pourtant construit ici il y a près de 30 ans.

Marcel Gautier, maire de Lougé-sur-Maire depuis 1977, cible l'intercommunalité d'Argentan.

Au fil des années, on a vu nos compétences de maires s'amoindrir. Ils ne nous laissent que le moins intéressant et ils le font de bon coeur.  

Chaque matin, Marcel Gautier se lève à l'aube pour aller chercher du pain chez le boulanger de Rânes. Il remplit la machine automatique qui remplace les épiceries disparues dans ce village de près de 300 habitants. " On avait pourtant réhabilité les locaux des anciennes écoles pour accueillir un épicier, on faisait cadeau du loyer pendant un an, on a trouvé personne". Marcel Gautier fait aussi lui-même le ménage à la mairie. " C'est une bonne à tout faire le maire".  

Pas évident d'animer la commune, les services publics ont disparu, le maire et ses adjoints cherchent à dynamiser la vie des habitants mais le constat est amer. " Il y a des jeunes avec des enfants dans la commune, ils ne s'investissent pas. Que va-t-il se passer une fois notre génération disparue ?" 

Le maire de Lougé-sur-Maire rend son tablier

 

Les choix de vie 

Nous avions rencontré Evelyne Girardin, maire de Saint-Martin-de-la-Lieue, à deux kilomètres de Lisieux, en décembre dernier. A l'époque, elle organisait des journées portes ouvertes pour trouver un successeur. "Je ne ferai pas un troisième mandat, je suis fatiguée".  Si jamais une liste n'était pas constituée, la commune aurait été mise sous tutelle par la préfecture. Pour 3 mois. Avant de relancer des élections.

S'il n'y avait vraiment personne après ça, alors on n'existerait plus, on serait définitivement sous tutelle. Mais je ne sais pas si c'est déjà arrivée quelque part. Je n'ose pas l'imaginer.

Elue pendant 19 ans (1 mandat d'adjointe, 2 de Maire), elle ne regrette rien de cette expérience riche. "Je suis comblée par certaines choses, mais découragée par d'autres. Il n'y a plus beaucoup de courtoisie, de respect.  c'est encore pire quand on est une femme..." . " Et puis, on n'est pas très riche ; les aides ont baissé mais les responsabilités augmentent." "Je me suis adaptée par rapport aux réformes des intercom', il faut aller au charbon, défendre la commune, almler chercher les moyens, ce que la mutualisation peut apporter de positif". 

La petite commune de 800 habitants n'est pas du tout un village oublié ou vieillissant. Pharmacie, école, poste, commerces, tout ou presque est là. 

Un de ses adjoints, Hubert Lenain, s'est finalement décidé, Evelyne Girardin est soulagée. " On construit sa vie, on se marie, on construit une maison, on a des enfants, on s'occupe des parents et à 60, 65 ans, on se dit ça y est, je vais pouvoir souffler. J'ai besoin d'arrêter, de mener une introspection personnel pour savoir où j'en suis dans ma vie". 
 
Saint-Martin-de-la Lieue

"Les réseaux sociaux, ça me décourage"

Yves Lamy cite Victor Hugo à l'envi qu'il considère un peu comme un mentor. " Il avait une âme sociale" . Le maire de Coutances (50), ancien professeur de lettres classiques, est entré dans la vie politique de sa ville en 1977 comme maire-adjoint, il a été élu maire en 2001. 

 Chaque matin, avec la judiciarisation excessive je me demande quelle bêtise je vais faire qui m'emmènera directement au tribunal

L'autre constat pour cet élu, ce sont les réseaux sociaux : " Aujourd'hui, n'importe qui peut écrire n'importe quoi et c'est parfois très blessant et décourageant, moi je ne suis pas de cette époque, je n'aime pas ça". 


 

Les maires qui raccrochent: l'exemple de Coutances

Malgré les difficultés, l'engagement intact

Anne-Marie Cousin a été élue en 1983 à Torigni-sur-Vire (50) près de Saint-Lô. " J'ai succédé au maire qui était élu après son décès, j'ai arrêté d'être enseignante, je suis passée du double au simple en terme de rémunération. J'ai aimé passionnément ce mandat". Anne-Marie Cousin est également présidente de l'Association des Maires de la manche et cofondatrice de l'association des femmes maires. Profondément centriste, elle échoue aux sénatoriales de 2011. 

A 69 ans, Anne-Marie Cousin a décidé de ne pas se présenter aux prochaines municipales pour des raisons familiales.  


J'ai accepté durant ma vie politique d'autres fonctions comme vice-présidente de région ou encore élue communautaire car je pense que le cumul permet de créer une synergie. 

C'est une vie particulière la vie aux services des autres.


 

Les maires qui raccrochent: l'exemple d'Anne-Marie Cousin

Les premiers de corvée

Dans un ouvrage intitulé "Les premiers de corvée" ( City-Editions) Pascal Devienne, maire de Damigny dans l'Orne (61) livre le "témoignage vérité d'un maire épuisé". Ecrit avec Franck Bodereau, rédacteur en chef adjoint à France 3 Normandie, le maire raconte ses trois mandats de maire.
 

Après 19 ans de loyaux services, épuisé et désabusé, il ne se représente pas (...) il a affronté des ennuis quotidiens: le cauchemar de l'administration, le manque de moyens, les incivilités . 

Ecrasé par le poids de responsabilités de plus en plus lourdes, Pascal Devienne a le sentiment de faire les corvées dont l'Etat veut se débarrasser. Le titre est un clin d'oeil aux " premiers de cordée" d'Emmanuel Macron, en 2017. 

"Les maires sont en première ligne au contact permanent des habitants. Les Français semblent s’en rendre compte. Pas l’Élysée…" lit-on en quatrième de couverture.



 

Pascal Devienne, maire de Damigny, raconte ses années de mandats à Franck Bodereau et livre un " témoignage vérité".
Pascal Devienne, maire de Damigny, raconte ses années de mandats à Franck Bodereau et livre un " témoignage vérité".


 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus