Derrière l'attaque de la prison de Condé-sur-Sarthe, un "club des cinq" radicalisés

Le 5 mars 2019, Michaël Chiolo, détenu âgé de 27 ans, avait poignardé deux surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe, près d'Alençon, dans une unité de vie familiale avec la complicité de sa compagne. Quatre ans plus tard, la Parquet national antiterroriste veut renvoyer devant un tribunal quatre autres détenus radicalisés.

L'agression s'était produite le 5 mars 2019, en début de matinée. Michaël Chiolo, 27 ans, venait de passer trois jours avec sa compagne dans une unité de vie familiale de la prison de Condé-sur-Sarthe, près d'Alençon. Originaire de l'est de la France, le jeune homme purgeait une peine de 30 ans en Normandie pour meurtre. Lors de ses premières années de détention, il s'était converti à l'islam radical. Après avoir appelé deux surveillants, le couple les avait attaqués et gravement blessés avec des couteaux en céramique avant de se retrancher dans l'unité de vie familiale. Après plusieurs heures, le jeune homme était interpellé par le Raid, l'unité d'élite de la police. Son épouse, blessée durant l'assaut, n'a pas survécu.  

Quatre ans plus tard, le Parquet national antiterroriste (Pnat) requiert un procès devant la cour d'assises
spéciale.Il réclame que l'assaillant Michaël Chiolo, 32 ans, soit jugé pour tentative d'assassinat de personnes dépositaires de l'autorité publique, en relation avec une entreprise terroriste, selon le réquisitoire. Il demande également que quatre autre détenus radicalisé comparaissent devant la même cour.

Les investigations ont permis de mettre au jour une "préparation minutieuse" de l'attaque pendant plusieurs par un groupe de cinq détenus, surnommés, le "club des cinq", des détenus "ancrés depuis plusieurs années dans une idéologie djihadiste et acquis aux thèses de l'organisation terroriste Etat islamique, appelant notamment au meurtre des surveillants pénitentiaires", selon le réquisitoire final du Pnat, consulté par l'AFP.

Le cerveau et mentor

Le cerveau de l'attaque serait Abdelaziz Fahd, 37 ans. Il est considéré par le Pnat comme "le véritable instigateur des faits". Son implication "est principalement déduite d'enregistrements sonores litigieux de la salle de convivialité (de la prison) fournis" par le renseignement pénitentiaire, "parasités par de nombreux bruits rendant l'attribution des voix hautement contestable", a souligné son avocate Me Nadia Moussif.  Pour le Pnat, Abdelaziz Fahd était le "mentor", le "leader charismatique" mais "discret" de ce "groupe conspiratif radicalisé très uni" qui tentait "sans cesse d'échapper à la vigilance des agents pénitentiaires".

Il avait assuré "sa mission de guide et d'accompagnement jusqu'au bout de Michaël Chiolo sur le +sentier+ du jihad", soutient le réquisitoire. Ainsi, lorsque l'assaillant exprime la veille des doutes "sur la légitimité du passage à l'acte", Abdelaziz Fahd intervient avec "des rappels religieux et une importante réassurance".

Retranché avec son épouse dans l'unité de vie familiale (UVF) de la prison de Condé-sur-Sarthe, Michaël Chiolo avait déclaré vouloir "venger" Chérif Chekatt, l'auteur de l'attaque jihadiste du marché de Noël de Strasbourg, abattu le 13 décembre 2018 après avoir tué cinq personnes. "C'est un acte que je revendique au nom de l'Etat islamique (EI), je prête allégeance à Al-Baghdadi", chef de l'EI tué depuis, avait-il annoncé dans l'interphone de l'UVF.

Un projet d'attaque plus large

Le groupe de cinq détenus comptait atteindre d'autres cibles que les deux surveillants gravement blessés le 5 mars 2019. C'est ce qu'ont permis de révéler les investigations. Le directeur de la prison et des membres de la commission de l'application des peines étaient également visés par ce projet d'attaque au sein de l'établissement pénitentiaire. Pour ces faits, le Pnat requiert que MM. Fahd et Chiolo soient également jugés pour association de malfaiteurs terroriste criminelle, tout leur trois autres détenus âgés d'une trentaine d'années. Il appartient désormais à la juge d'instruction de prendre une décision finale sur un renvoi devant les assises.