Il avoue le meurtre de sa femme 33 ans après, les fouilles de la dernière chance pour retrouver le corps

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La gendarmerie mène de nouvelles recherches à la Chapelle-Souëf (Orne), à l'endroit où le compagnon de Marlaine Marquis aurait caché sa dépouille en 1989. Au printemps dernier, cet homme âgé d'une soixantaine d'années a affirmé qu'il avait étranglé Marlaine Marquis avant de se débarrasser du corps. S'il dit vrai, il a vécu avec ce secret pendant 33 ans.

Dans ce hameau du petit Feugeret d'ordinaire si tranquille, des gendarmes filtrent les allées et venues. La ferme où se déroulent les fouilles est isolée. La silhouette d'une pelleteuse émerge de la végétation. Plusieurs dizaines de militaires sont déployés sur place pendant deux jours. Des hommes du 6e Régiment du Génie et des spécialistes de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie sont venus prêter main forte aux enquêteurs. La gendarmerie peut compter sur "des moyens considérables et hors norme au regard de l'ancienneté des faits" avec la mobilisation de drones, d'un anthropologue, de plongeurs, d'un géoradar et d'un détecteur de métaux.

"On sait que l'auteur présumé a possiblement recouvert le corps de sa compagne de tôles", avance prudemment le colonel Bruno Langlois, qui commande la section de recherche de la gendarmerie de Caen. "Le détecteur de métaux du génie nous a permis de creuser à un endroit où elles auraient pu être enfouies, mais pour l'instant, ça n'a rien donné. Le détecteur nous permet d'investiguer à une profondeur de 6 à 8 mètres". Au mois de juin, les premières fouilles menées sur place n'avaient donné aucun résultat.

Pour l'heure, l'affaire ne repose que sur des aveux tardifs. Il faut dire que l'enquête pour disparition inquiétante n'a été ouverte qu'en 2021. La disparition de Marlaine Marquis n'a été "signalée" qu'à cette date-là, soit plus de 30 ans après les faits, "par ses deux enfants, aujourd'hui majeurs, les faits remontant à 1989", précisait alors le communiqué d'Annabelle Guignard, substitut du procureur d'Alençon.

Un secret vieux de trente-trois ans

Leur père avait toujours affirmé que sa compagne était soudainement partie. Le 30 mai 2022, devant les gendarmes, il a fini par reconnaître un meurtre. L'homme âgé de 63 ans a été mis en examen pour enlèvement et séquestration et placé sous contrôle judiciaire. Quelques jours plus tard - le cas est tout à fait inhabituel -  il s'est aussi confié dans les colonnes de Ouest-France, expliquant l'avoir étranglée avec le fil du téléphone en ajoutant : "J’assume mes actes, j’ai honte et je m’en veux".

Peut-il être condamné 33 ans après les faits ?

Si le compagnon de Marlaine Marquis dit vrai, les faits sont prescrits. "La prescription est un concept souvent compliqué à appréhender pour les non-juristes", explique Me Maron-Gonbar, avocat pénaliste au barreau de Caen. "L'un des sens de la prescription tient au fait qu'il y a avec les années une insécurité et une déperdition de la preuve. Plus on attend, plus les preuves sont fragiles et difficiles à réunir. C'est ce qui justifie la prescription". Dans le droit pénal, les faits sont prescrits au bout de vingt ans, sauf si la scène du crime a été modifiée entre temps.

"Qu'il y ait ou pas prescription, cela n'empêche pas l'accomplissement d'acte d'investigations", ajoute Me Maron-Gombar. Les enquêteurs cherchent aujourd'hui à exploiter de maigres indices. Lors de son audition, le suspect a expliqué qu'il avait précipité le corps au fond d'une marnière le lendemain matin en se rendant au travail. Il a précisé être revenu une semaine plus tard pour jeter des tôles dans cette cavité afin de dissimuler la dépouille. Trente-trois années ont passé. Ce sont ces tôles, ou ce qu'il en reste, que les militaires pistent aujourd'hui, avec l'espoir de se rapprocher de la vérité.

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