"Soyez ridicule de prudence" : un rappel des règles de sécurité après la mort de deux chasseurs dans l'Orne

Le monde de la chasse ornaise est sous l'émotion d'un deuxième mort. L'accident est survenu lors d'une battue au sanglier organisée dimanche 4 février 2024. Un autre rabatteur avait été tué par balle fin décembre. Alors après ce double décès, la fédération de chasse de l'Orne rappelle les consignes de sécurité.

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Avant toute battue, un briefing qui réunit tous les chasseurs du jour leur rafraîchit la mémoire. Les mesures de sécurité y sont systématiquement rappelées. Et dans ce contexte de double décès par balle dans l'Orne, le moment revêt un air solennel.

"Il ne faut jamais se relâcher"

"J’écoute toujours le briefing malgré mes 40 années d’ancienneté", martèle Dominique Toutain, l'un des participants à la battue organisée dans une forêt privée à Saint-Evroult, mardi 6 février 2024. "Je chasse sur la propriété depuis 40 ans, les consignes sont toujours dites devant tous les chasseurs, les anciens les redonnent aux nouveaux. On se sent en sécurité. Dans la forêt on n’a jamais eu d’incident selon moi. Mais il ne faut jamais se relâcher."

Faut-il renforcer la réglementation ? 

Les deux derniers accidents se sont produits alors que les battues sont déjà très réglementées, selon les chasseurs.

"On peut toujours faire plus, mais c'est aussi un problème de prise de conscience, estime Yves L'Honoré, président de la fédération de chasse de l'Orne. Les chasseurs qui pratiquent sont le reflet de la société : il y a une immense majorité qui respecte la réglementation, et une infime minorité qui parfois se comporte mal. On peut toujours surréglementer mais c'est une question d’individu et le cadre réglementaire est déjà suffisamment dense pour ne pas en surajouter.

Quelles sont ces règles de sécurité ?

Yves L'Honoré égrène les principales règles rappelées aux chasseurs avant la battue : "On doit prévenir la zone de chasse en mettant des panneaux sur les routes pour les automobilistes, respecter l’alignement des chasseurs, respecter les angles de sécurité de 30 degrés minimum par rapport aux voisins, faire des tirs fichants c’est-à-dire que la balle doit arrêter sa course dans le sol, ne pas tirer trop loin."

Le président souligne que "dans le schéma départemental de l’Orne, les distances sont limitées à 40 mètres au fusil et à 100 mètres à la carabine. Et on n'approvisionne l’arme que pendant l’action de chasse. On décharge son arme dès que l’action de chasse est terminée. Et enfin, on respecte les animaux."

Que risque un chasseur en cas de manquement aux règles ?

En cas d'accident causé par un non-respect des consignes de sécurité, "la Fédération trouve que c’est intolérable donc là, on met tout en œuvre pour que des sanctions soient prises vis-à-vis des gens qui auraient fauté. Là, c'est tolérance zéro", assure le président.

La Fédération s'est portée partie civile devant les tribunaux. "On déclenche une réunion du comité de sécurité pour évaluer la gravité du manquement à la sécurité."

"Quant aux sanctions, selon la gravité, il peut y avoir un retrait du permis de chasser, voire une inscription au fichier national des personnes interdites d’acquisition et de détention d’armes; ça va aussi jusqu'à l'obligation de repasser l'examen du permis de chasser et des sanctions financières. Les assurances qui prennent en charge les dégâts qui s'élèvent à plusieurs centaines de milliers d’euros peuvent aussi poser des problèmes."

Après, il peut aussi y avoir le vrai accident c’est-à-dire le ricochet imprévisible, et là malheureusement c'est la fatalité : en termes de statistiques, plus on tire de balles, plus le risque d’accident existe.

Yves L'Honoré, président de la fédération de chasse de l'Orne

La prudence comme seule règle 

Pour autant, la fédération préfère insister sur un maître-mot : "On demande une prudence extrême. Soyez ridicule de prudence s’il le faut, ne tirez pas si les conditions de sécurité ne sont pas réunies, laissez passer un animal, il n'y a aucune obligation de tirer. Ne pas tirer est aussi un acte de chasse."