Plusieurs dizaines de milliers de Normands menacés par la montée des eaux d'ici 2100

Stéphane Costa - Géographe à l'Université de Caen
Stéphane Costa - Géographe à l'Université de Caen

Dans l'émission de France Inter "La tête au carré", le spécialiste du littoral, le Caennais Stéphane Costa, réaffirme l'ampleur de la montée des océans, dont la conséquence inéluctable sera le repli de la population, notamment le long de la Manche. 

Par Aurélie Misery

Dans la revue "Nature Communications", une étude réévalue l’ampleur de l’impact de la montée des océans sur les populations littoralesAvec une hausse du niveau des mers de un mètre d’ici 2100, pas moins de 190 millions de personnes devraient être déplacées (contre 110 M dans les estimations précédentes).

 


 

En France, 1 million de personnes seront concernées par ces inondations en 2050 et 1,2 million en 2100.   



Pour réagir à cette étude, le professeur à l'Université de Caen Stéphane Costa, par ailleurs président du conseil scientifique de la Stratégie Nationale de Gestion du Trait de Côte, était l'invité de l'émission La Tête au carré sur France Inter mardi 5 novembre. Le trait de côte, ce contact entre la mer et la terre, est désormais mesuré de manière plus précise grâce aux données LiDAR, fournies pars des lasers aéroportés. 
 


Les mesures montrent que ce trait de côte est bien "en phase de recul fort dans une majorité d'endroit", constate Stéphane Costa. Un recul lié à l'élévation du niveau des océans. "A chaque fois qu'on revoit le niveau élévation du niveau des mers, à chaque fois c'est à la hausse", déplore le scientifique.


Le rapport du GIEC publié en septembre dernier avait également rappelé que le niveau des océans avait augmenté 2,5 fois plus vite au début du XXIe siècle qu'au XXe, et qu'il allait continuer à s'accroître. Cela va "redéfinir les littoraux du monde entier, là-même où la population est concentrée", avait conlu le rapport du GIEC.

Stéphane Costa insiste sur l'intensité inédite et sur la rapidité du phénomène attendu :

 

Les gaz à effet de serre font augmenter la température atmosphérique et cette température va faire fondre les glaciers continentaux et va dilater les molécules d'eau entraînant une élévation du niveau des mers

 

 

 

La France en première ligne

 



Selon Stéphane Costa, l'étude américaine publiée dans Nature communications "apporte beaucoup d'informations à l'échelle planétaire et montre l'ampleur des dégâts et la nécessité d'anticiper." En notant toutefois que "certains pays pourront être résilients et d'autres non.

 

Asnelles (Calvados) un jour de tempête en 2007 / © Amar et Isabelle Guillen/BENELUXPIX/MAXPPP
Asnelles (Calvados) un jour de tempête en 2007 / © Amar et Isabelle Guillen/BENELUXPIX/MAXPPP



L'Asie, avec des pays peu élevés en altitude et une population largement côtière, sera en première ligne. Mais la France sera également touchée : "nous allons avoir au moins 1 million de personnes concernées. 50% concerne la population de la Manche et de la mer du Nord.
 



"Les zones les plus sensibles sont les débouchés de vallée, qui constituent des zones basses du littoral, explique Stéphane Costa. On l'a vu notamment en Seine-Maritime et le Calvados lors de la tempête de février 1990. Malheureusement, c'est là que sont implantées de nombreuses activités économiques, celles qui ont besoin de ce lien entre mer et terre." Des lieux sensibles à la montée des eaux de mer mais aussi au risque d'inondations par les cours d'eau. 
 


Renforcer les digues ou déplacer les populations ? 

 

"Il ne faut pas être dogmatique, estime Stéphane Costa. Dans certains endroits, on pourra se protéger avec des ouvrages mais avec un discours clair en disant  "cet ouvrage nous donne du temps pour organise le repli" et il faut savoir que ces ouvrages sont extrêmement perturbateurs du fonctionnement du milieu. Un ouvrage va parfois exacerber les problèmes d'érosion voire même de submersion. Ils risquent notamment de faire disparaître les plages et les dunes, qui sont des barrières naturelles."  

 


Gagner du temps pour se préparer à la montée des eaux, c'est aussi l'une des conclusions du rapport du GIEC. 
 

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