Brexit, Covid-19: la liaison transmanche Dieppe/Newhaven est-elle toujours dans le brouillard?

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Écrit par Mathilde Riou et Arthur Deshayes
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Jean-Claude Charlo, directeur de la société DFDS Sea Ways en charge de la liaison Dieppe/Newhaven a répondu à nos questions. Il est revenu sur les tristes années 2020 et 2021 et sur les perspectives en 2022.

La série noire a continué pour la société DFDS Sea Ways. Après une année 2020 médiocre et un plan de licenciement de 142 personnes, la fréquentation de la ligne Dieppe/Newhaven est restée faible en 2021. Or, en 2020, DFDS accusait déjà une perte de 36% du chiffre d’affaires. Et une baisse encore pire est attendue lors du bilan de cette année.

Moins 80% de fréquentation en 2021

Le directeur général Jean-Claude Charlo justifie en réalité les mauvais résultats par la pandémie et le Brexit. Les restrictions administratives liées au Covid 19 ont limité énormément les déplacements

En 2021, la société a donc enregistré une perte de 80% de fréquentation avec seulement 61 000 passagers comptabilisés à fin septembre. En comparaison en 2019, 375 000 passagers avaient embarqué.

En plus du coût du billet, les passagers doivent également s’affranchir de tests PCR payants comme le précise la direction :

« pour le transport de passagers, la pandémie est un frein. Depuis le 1er octobre, les voyageurs ont besoin d’un passeport pour aller en Angleterre. Mais quand vous voulez y aller, il faut remplir des formalités administratives et prévoir un test pour éviter d’être confiné en Angleterre. C’est souvent rédhibitoire pour des gens qui ont envie de voyager. »

Jean-Claude Charlo, directeur général DFDS

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De l’autre côté de la Manche, l’économie britannique peine à repartir et les exportations chutent de 40% dans le sens Newhaven/Dieppe. Là aussi le volet administratif qui n’existait pas auparavant freine le trafic :

« Sur le fret, il y a effectivement depuis le Brexit une lourdeur administrative inhérente à la sortie de Angleterre de l’UE. On a travaillé beaucoup en amont pour la rendre le plus fluide possible. Mais avant le Brexit, on traversait un pont et aujourd’hui on doit traverser une frontière. C’est absolument différent ! Ce changement demande plus de travail administratif en amont du transport qui est assez conséquent. »

Jean Claude Charlo, directeur général DFDS

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Une survie grâce au soutien public

Le directeur reconnaît que la survie de la ligne Dieppe/Newhaven est clairement liée au soutien du département de la Seine-Maritime :

"Très honnêtement, sur l’avenir, on est délégataire, l’avenir est assuré grâce au soutien public accordé par le département, qui est essentiel pour la survie de cette ligne" 

Il y a quand même des signaux assez positifs. Le marché fret commence à revenir dans le sens Angleterre France. Un constat de bonne augure. Et il faut comprendre que les britanniques trépignent d’impatience de pouvoir voyager avec des restrictions allégées.

Pour l'instant, le niveau de réservation est identique à celui enregistré en 2019. Il n’existe aucune subvention coté britannique. Le support annuel est de l‘ordre de 14 millions d’euros par an.

Le retour du duty free

C’est la seule conséquence positive du Brexit, le retour de produits « duty free » à bord. Les passagers peuvent ainsi économiser parfois jusqu’à 50% par rapport au prix anglais. Du coup, les ventes ont quasiment été multipliées par deux. Des chiffres qui redonnent le sourire et laissent présager encore plus de bénéfices lorsque la fréquentation sera revenue à la normale.

Le directeur est confiant sur ce point : « Nous sommes en discussion pour prolonger le contrat de délégation de service public d’un an. Si ce n’est pas le cas, il y aura un nouvel appel d’offre. Je suis sûr de nos forces et nos ambitions pour opérer. On est fier de notre bilan, on a l’intention de le défendre et continuer dans ce sens-là (…) Comme toutes les entreprises dans le tourisme et surtout le transmanche, on a été convalescent et obligé de nous restructurer pour nous adapter. Ce qui a eu pour conséquence pour Dieppe un seul licenciement contraint. Il n’y a pas eu de plan social de grande envergure. Si vous m’autoriser l’analogie, on a subi le Covid mais pas la réanimation. Ces années ont été difficiles mais elles sont derrière et il y aura des éclaircies. »

La société compte désormais sur la clientèle fidèle composée à 80% de Britanniques et 15 % de Français. Nos chers cousins d'outre manche ont souvent leur résidence secondaire en France et prendre le bateau est aussi dans l’ADN britannique. Pour ces habitués, la traversée, c’est un peu finalement comme les vacances qui commencent !  

 

 

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