Josacine empoisonnée : la contre-enquête de la mère d'Emilie Tanay

Le village de Gruchet-le-Valasse où la petite fille était hébergée quand elle a été empoisonnée le 11 juin 1994 / © France 3 Normandie
Le village de Gruchet-le-Valasse où la petite fille était hébergée quand elle a été empoisonnée le 11 juin 1994 / © France 3 Normandie

Ce 14 novembre parait "la réparation volontaire" (Grasset).C'est le livre de Corinne Tanay, la mère d'Emilie qui a perdu la vie à l'âge de 9 ans, empoisonnée par du cyanure en 1994. Corinne Tanay raconte la démarche rare qu'elle a initié,une contre-enquête et des rencontres avec Jean-Marc Deperrois.

Par Sylvie Callier


C'est un livre inattendu. Les habitants de l'estuaire de la Seine se souviennent du tumulte, des haines engendrées par le procès de Jean-Marc Deperrois et la condamnation qui a divisé.

25 années se sont écoulées depuis la mort de la petite fille Emilie - elle aurait eu 35 ans-, 22 ans depuis la condamnation du chef d'entreprise pour empoisonnement avec préméditation. A l'époque, les appels des verdicts de cour d'assises n'existaient pas.

Un article du Monde (7 novembre,), entretien de Corinne Tanay avec la journaliste Raphaëlle Bacqué,  a annoncé la parution du livre "la réparation volontaire" (éditions Grassetet révélé que les points de vue ont évolué.

Pendant les dix ou quinze ans qui ont suivi la mort d’Emilie, je ne pouvais m’abstraire de cette haine et de cette colère à l’égard de tous les protagonistes de cette affaire. Puis le temps de la sagesse et de la raison est venu.

(Corinne Tanay, le Monde, R. Bacqué, 7 novembre 2019)

Le rappel des faits (mars 2019, enquêtes de région)

Extrait "Affaire de la josacine empoisonnée", Enquêtes de Région

 

Que s'est-il passé chez le couple qui gardait l'enfant ?

La mère d'Emilie s'est orientée vers un nouveau cheminement en 2014. Epaulée par des amies (officier de police et journaliste), elle a relu tout le dossier d'enquête. Elle a aussi décidé de lire pour la première fois "Affaire josacine : le poison du doute" écrit en 2003 par le journaliste du Monde, Jean-Michel Dumay. 

Ce chroniqueur judiciaire avait mené une enquête journalistique et scientifique. Il aboutissait à cette thèse  "la Josacine aurait été empoisonnée a posteriori pour masquer un éventuel accident domestique. Dans cette hypothèse, Émilie aurait ingéré par mégarde un produit cyanuré et ce même produit aurait été versé après coup dans la Josacine au moment où l'hôpital réclamait le flacon pour analyse. "

Corinne Tanay  a écouté les écoutes téléphoniques qui vont dans le sens de cette explication. Elle a interrogé des toxicologues sur les effets du mélange de josacine et de dose de cyanure.

Pour cette mère, le déroulement des faits chez le couple qui gardait l'enfant le 11 juin 1994 pose toujours question. Aucune reconstitution n'a eu lieu, regrette t-elle.

Je dis qu’on ne leur a pas posé les questions essentielles. Ils n’ont pas été interrogés sur ces écoutes téléphoniques. Les enquêteurs nont fait aucune analyse chez eux, ont piétiné les indices.

(Corinne Tanay, le Monde, 7 novembre 2019)

Quatre face-à-face avec Jean-Marc Deperrois

 Corinne Tanay a souhaité rencontrer l'homme condamné à 20 ans de prison pour empoisonnement prémédité. Le premier long entretien a eu lieu au Havre. 

 Je dois dire que j'étais étonnée que Jean-Marc Deperrois, pas une seule fois, ne se dérobe. Nous n'étions pas toujours d'accord, mais il a répondu à chacune de mes questions et elles n'étaient pas toujours édulcorées. Elles étaient brutes, elles étaient parfois violentes.

(France Info, 12 novembre 2019)

Jean-Marc Deperrois a retrouvé la liberté en 2006 après 12 années de détention à la prison de Val-de-Reuil. Ce chef d'entreprise a 67 ans.

Il a toujours déclaré qu'il était innocent. Son pouvoi en cassation et ses deux requêtes en révision en 2002 et 2009 ont été rejetés. Une nouvelle requête serait possible "en raison de nouveaux éléments".

Corinne Tanay explique aujourd'hui : 
 

Si Deperrois est innocent, il devrait déposer une troisième requête en révision et nous viendrons alors avec nos questions. 

(Corinne Tanay, le Monde, novembre 2019)

© Editions Grasset
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