Montivilliers : "L'enfance volée" de Karole G.

La parole se libère pour les victimes de violences, de maltraitance ou d'inceste. Celle de Karole s'est libérée il y a 15 ans quand elle a décidé d'écrire un livre pour exorciser son enfance cabossée. Elle a souhaité témoigné une fois encore.

© Editions du Havre de Grâce

Karole G. a laissé ces jours ci un message sur le Facebook de France 3 Normandie, agacée d'entendre les révélations d'agissements présumés de personnalités publiques, imaginant à tort ou à raison que les "sans nom", les gens de peu, étaient oubliés dans ce grand déballage. La parole, Karole l'a prise il y a 15 ans lorsqu'elle a décidé d'écrire les souvenirs de son enfance abîmée, de mettre par écrit ce qui la hante depuis tant d'années, ces blessures dont elle n'est jamais parvenue à se libérer ou à guérir. De ses mots, elle a fait un livre, "L'enfance volée".

La vie de Karole est émaillée de moments douloureux. A l'âge de deux ans, sa "génitrice" comme elle l'appelle, l'abandonne. La petite fille est prise ne charge par la Ddass puis placée dans une famille d'accueil au Havre, dans le quartier Dollemard. Elle y restera jusqu'à ses 18 ans, malmenée par des parents nourriciers qu'elle accuse de l'avoir élévée pour l'argent qu'elle leur rapportait.

"On m'a volé mon enfance et mon adolescence"

"Je considérais mes parents nourriciers comme mes parents, raconte Karole, malgré les humiliations et les "torgnoles", les rabaissements, le sadisme parfois. J'étais très faible, je le suis encore, mais aujourd'hui j'ai aussi beaucoup de colère en moi. De mes 12 ans à mes 18 ans mon père nourricier m'a "ennuyée"...il se baladait à poil, avec des érections. Il me disait quand est ce qu'on page ensemble ? Il me prenait des affaires et disait qu'il me les rendrait quand on coucherait ensemble. Je lui disais papa tu es comme mon père. Il n'a jamais été jusqu'au bout, j'ai été sauvée à chaque fois par quelqu'un qui arrivait, mon frère...J'avais peur d'être punie alors je ne disais rien. La Ddass n'a rien fait...l'assistante sociale ne passait pas à l'improviste, et ma mère nourricière me disait que si je me plaignais, j'irais chez les bonnes soeurs. Je pensais que ce serait encore pire. Je ne l'ai pas dit à l'école non plus, j'avais peur qu'on ne me croit pas. J'ai le sentiment de n'avoir été entendue par personne".

Pour être entendue, la jeune femme fera plusieurs tentatives de suicide. A 18 ans, elle quitte la maison pour suivre une formation. "La dass ne payait plus, j'ai été virée". Puis elle se marie. A la trentaine elle décide d'écrire un récit autobiographique de son enfance volée, et va même donner son livre à sa mère nourricière. "C'était toi qui l'attirait ton père" lui dira t-elle. Son père nourricier est mort il y a quelques années, et elle ne voit plus les autres membres de la famille. "J'ai parlé, dit elle, et c'est tabou d'en parler".

A 52 ans aujourd'hui et maman de trois enfants, Karole a pourtant le sentiment d'être restée bloquée dans sa jeunesse. "J'adore les enfants, c'est pourquoi je suis auxilliaire de puériculture dans une crèche au Havre". Pour réparer son enfance volée, elle a donc choisi de veiller sur d'autres enfants, de leur apporter le soin et l'affection dont elle a été privée. "J'ai une famille, des amis, un beau métier, mais ma jeunesse difficile hante encore mes nuits. Je suis aussi addict aux jeux de hasard et au tabac. Et je fais toujours des cauchemars, et rêve encore que mes parents me punissent. Ces problèmes là, c'est à vie que vous les supportez".

"L'enfance volée" de karole G., publié aux éditions du Havre de Grâce. Le livre est épuisé, mais Karole cherche un nouvel éditeur.

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