L’hypnose pour maigrir : nouvelle mode ou méthode efficace ?

Avec l’arrivée des beaux jours, les publications sur les régimes miracles abondent sur la toile ou dans les kiosques. La nouvelle tendance, c’est la perte de poids par l’hypnose. Nous avons interrogé une praticienne et un médecin de Rouen sur cette méthode.

Depuis plusieurs années, la méthode de l’anneau gastrique virtuel ou anneau gastrique par hypnose (AGH) est mise en avant pour les personnes souhaitant perdre du poids. Basé sur le fait que le déclic psychologique initié par l’hypnose suffirait pour avoir les mêmes résultats, le patient est alors préparé psychologiquement comme s’il avait un anneau gastrique, ce qui lui permet de perdre du poids durablement.  

Claire Dessaux pratique cette méthode depuis 2017 dans la région de Rouen. Elle était alors la seule dans le secteur à proposer ce service. Ils sont désormais au moins six à officier dans la capitale normande. Formée à l’école Psynapse à Paris, cette ancienne commerciale a décidé de se reconvertir en tant qu’hypnotiseur. Elle a accompagné une centaine de personnes souhaitant perdre du poids.

La thérapie se déroule en face à face ou en ligne. 5 séances sont nécessaires :  

« Lors du premier entretien, j’échange avec le client sur ses objectifs, son mode de vie au quotidien, ses difficultés, etc. Au préalable, je fait remplir un petit questionnaire. L’objectif est de déterminer le niveau de motivation du patient, d’identifier son parcours et ses habitudes alimentaires ou encore de déceler d’éventuels blocages affectifs. Dans une seconde partie, le patient est plongé sous hypnose – un état modifié de conscience – pendant lequel je parle au client (ou plutôt à son subconscient, même si le patient reste, en partie, conscient pendant toute la séance), en vue de l’aider à mettre en place le changement et travailler sur les blocages. On travaille alors sur la satiété mais aussi sur le sommeil. Si je décèle un problème de dépression ou un problème hormonal, je précise au client que la méthode n’est pas adaptée et je le renvoie vers un médecin. Lors de la troisième séance, on va travailler sur les croyances. Par exemple, si on a toujours dit au patient qu’il fallait finir son assiette ou que ce n’était pas poli de refuser qu’on vous resserve à manger. A la quatrième séance je vais poser l’anneau virtuel. Au-delà du rétrécissement imaginaire de l’estomac, les séances agissent également sur les pulsions alimentaires, l’addiction au sucre, les liens émotionnels, la motivation à reprendre une activité physique. Le patient est amené à manger plus lentement, réduire les portions, retrouver la satiété et être plus à l’écoute des messages envoyés par le corps ou toute autre difficulté relevée en première séance. Deux mois après cette pose je revois le patient pour faire le point»

 

Ce n’est pas l’hypnose qui brûle les calories !

« J’explique bien à mes patients que ce n’est pas de la magie, qu’il faut prendre de bonnes habitudes alimentaires et un minimum d’activité physique. J’agis un peu comme un coach, c’est un travail d’équipe ». D’ailleurs à l’issue des 5 séances un suivi téléphonique (gratuit) est assuré par Claire Dessaux : « J’appelle les gens jusqu’à ce qu’ils aient atteint leurs objectifs mais avec moi le SAV est à vie, les patients peuvent toujours me rappeler, certains ont plus besoin d’être rassurés que d’autres ».

C’est le cas de Nathalie, une des patientes qui a vu la thérapeute en avril 2021 et qui a perdu 22 kilos en une année « ça motive qu’elle nous appelle tous les mois, elle a vraiment changé ma vie. Elle n’a jamais porté de jugement sur mon poids. Cette méthode a été plus efficace que d’autres régimes que j’avais pu faire. Je n’ai jamais ressenti de manque ou de fatigue. Le seul aliment que j’ai limité c’est le pain car c’était mon péché mignon. Avec elle, je me suis rendue compte que je mangeais trop de féculents et pas à des horaires réguliers. J’ai totalement changé mes habitudes mais tout c’est fait en douceur. Certes on mange moins mais on peut continuer à se faire plaisir ».

Claire, une autre patiente a commencé le protocole en mars 2022 et a perdu 12 kilos. Son objectif est de 20 kg. C’est une amie qui lui a conseillé Claire Dessaux : "j’ai essayé plein de régimes avant et là je n’ai pas eu l’impression de faire le moindre effort et j’ai perdu du poids. Elle m’a appris à manger moins mais sans être frustrée. J’ai simplement du arrêter les boissons gazeuses, le chewing-gum et de boire de l’eau pendant les repas. J’ai aussi appris à mâcher lentement avant d’avaler. A part ça, je mange ce que je veux mais je suis vite rassasiée. Et pour compléter je me suis mise au walk at home ". 

Une réelle alternative aux opérations chirurgicales ?

Nous avons interrogé le docteur Vanessa Folope, médecin Responsable du Centre de Nutrition Bois-Guillaume, près de Rouen : « Sur le principe de l’hypnose de soins, nous y sommes favorables car notre équipe de nutrition/obésité s’est formée à cette technique. Au début, elle était surtout prévue pour gérer les douleurs car l’hypnose est un état de conscience naturel un peu différent de l’état de veille qui permet d’augmenter la suggestion et la capacité de modifier ensuite ses perceptions. Depuis 2018, les médecins, infirmières, diététiciennes et psychologues de notre service ont pu bénéficier d’une formation pour aider nos patients en situation d’obésité et optimiser la prise en charge. Certaines publications médicales ont montré que l’hypnose peut aider à maigrir en agissant sur les blocages psychologiques qui poussent par exemple certaines personnes à trop manger en cas de stress. On fait donc appel à leur inconscient pour gérer les envies de manger, les quantités alimentaires et réinvestir leur corps et d’augmenter l’estime d’eux-mêmes et la confiance en soi. L’idée c’est de provoquer un déclic grâce aux suggestions hypnotiques et d’augmenter leurs motivations à changer leurs comportements. »

Que pensez-vous de l’anneau gastrique virtuel ?

« Selon nous, l’anneau gastrique virtuel tout comme l’anneau gastrique chirurgical va renforcer d’avantage la restriction cognitive imposée aux patients en excès de poids depuis toujours. Ca renforce les interdits alimentaires et c’est contreproductif et va produire un effet yoyo. Quand on s’interdit les produits gras et/ou sucrés, qu’on réduit les apports caloriques ça va marcher un moment mais quand l’être humain est privé ca génère des frustrations et au bout d’un moment on lâche car ce n’est plus possible et on entre dans la phase des pulsions alimentaires qui vont entrainer une reprise de poids à la fin supérieure à ce que l’on a perdu. »

C’est pour cette raison et grâce au recul que le monde médical a aujourd’hui sur l’anneau gastrique chirurgical qui n’est plus la solution privilégiée pour une chirurgie de l’obesité au CHU de Rouen. Dorénavant les patients sont opérés majoritairement avec la méthode de sleeve gastrectomie (les deux tiers de l’estomac sont enlevés). Avec cette chirurgie, on constate beaucoup moins d’effets secondaires sur le long court et sans insertion de corps étranger : « Ces deux méthodes qui consistent à réduire le bol alimentaire sont encadrées avant, pendant et après par le personnel du service de nutrition. Les troubles alimentaires du patient sont traités avant l’opération afin que les effets soient sur le long terme. En France, certains établissements proposent le bypass gastrique (technique chirurgicale qui consiste à court-circuiter une grande partie de l'estomac et à le réduire en une petite poche gastrique). Pour moi poser un anneau gastrique virtuel c’est poser un pansement transitoire sur une plaie qui va se rouvrir. C’est comme les régimes hyper protéinés ou hypo caloriques qui sont proposés tant qu’on les fait ça marche mais au bout d’un moment on lâche. »

La médecin rappelle que ces opérations sont une des aides pour perdre du poids mais ce qui comptera c’est ce que mettra en place le patient avant, pendant, et après, sur le long court.

Déterminer les causes de sa prise de poids

Chaque personne qui veut perdre du poids a son propre parcours, sa propre histoire, et dès lors qu’il veut maigrir, il faut comprendre pourquoi les kilos se sont installés : « Ce qui m’embête dans cette méthode d’anneau gastrique virtuel c’est que certains peuvent le présenter comme une baguette magique et qu’il y a un vrai commerce autour de ça (comptez en moyenne 500 euros pour un protocole complet de pose d’anneau gastrique hypnotique (AGH)). S’il suffisait de moins manger et faire plus de sport on n’aurait pas tous ces soucis d’obésité" précise le docteur Folope. "Les gens qui ont des problèmes de poids depuis des années sont les vraies victimes des marchands de régimes »  

On ne peut pas choisir son poids de forme !

Le poids de forme ou le poids d’équilibre est propre à chaque individu : « on est tous génétiquement programmé pour avoir un poids donné. Si on a une bonne hygiène de vie et une pratique physique régulière on atteint ce poids d’équilibre qui n’est pas forcément le poids que l’on veut atteindre. Dès lors qu’on est programmé pour faire 70 kilos et qu’on veut en faire 60, on va faire des régimes mais dès lors qu’on se relâche on reprend car notre corps va reprendre du poids (notamment de la masse grasse) puisque nos défenses énergétiques sont plus faibles. C’est ce qu’on appelle l’effet yoyo. Si on ne fait pas un travail de l’acceptation de son poids d’équilibre on ne sera jamais satisfait, on sera toujours dans la recherche d’une perte de poids et on se sentira toujours plus mal. Pour la plupart des gens, le poids d’équilibre se trouve dans l’IMC (indice masse corporelle) mais pour certaines personnes le poids d’équilibre est dans les critères de surpoids voire, chez certains, dans les critères d’obésité.  Et ces personnes-là ne présentent pas de diabète, de cholestérol, pas de tension, ni troubles métaboliques. Elles sont en bonne santé : elles bougent relativement et mangent équilibré et elles sont à leur poids d’équilibre. Mais elles ne sont pas dans le poids que la société voudrait qu’elles fassent. Pour être accepté dans notre société il faut être mince : on nous fait croire que tout le monde doit être dans la norme imposée par l’IMC mais dans la réalité, parfois ce n’est pas le cas. Arrêtons le diktat du body summer !" conclut la spécialiste. ​