Un plan de relance très attendu par la filière aéronautique normande confrontée à une crise structurelle

Le ministre de l'économie Bruno Lemaire a présenté ce mardi 9 juin un plan de relance pour la filière aéronautique, un plan qui était très attendu en Normandie où le secteur représente 22 000 emplois. 

L'usine Safran de Gonfreville l'Orcher en 2016
L'usine Safran de Gonfreville l'Orcher en 2016 © MAXPPP

Quand on évoque l'industrie aéronautique et spatiale, on pense instinctivement à la région de Toulouse. Pour le néophyte, la Normandie n'a que peu à voir avec tout ce qui vole. "A tort", nous rétorque Fabienne Folliot, directrice générale de Normandie AéroEspace (NAE), l'association qui fédère, dans la région, tous les acteurs de cette filière mais aussi de l'industrie de la défense, "La Normandie est une région importante avec 160 entreprises dont plusieurs grands groupes comme Thalés, Safran, ArianeGroup ou Hutchinson, et plus d'une centaine de PME et ce dans tous les domaines : électronique, composite, équipement, maintenance ou réparation." Dans la région, la filière représente 22 000 emplois et réalise entre 25 et 30% de son chiffre d'affaire à l'export. C'est donc peu dire que le plan de relance présenté ce mardi matin par le gouvernement était attendu.

Comme les avions, avec l'épidémie, c'est toute une industrie qui s'est retrouvée clouée au sol. Si le cas des grandes compagnies aériennes a été largement médiatisé (sur les 15 milliards d'euros du plan de relance annoncé par le gouvernement ce mardi, 7 d'entre eux sont accordés sous forme de prêt à Air France - KLM), nombre d'entreprises, fournisseurs, équipementiers, ont été elles aussi foudroyées en plein ciel. "Ça a été très très dur, et très soudain.  On est passé d'une crise conjoncturelle, dans un premier temps avec l'épidémie, à une crise structurelle, les conséquences du confinement. On parle d'un délai de 2 à 3 ans avant de retrouver un niveau d'activité équivalent à la période d'avant la crise", indique Fabienne Folliot.   

Parmi les mesures annoncées par le Ministre de l'économie, un fond d'investissement doté de 500 millions d'euros. "Ça va permettre de soutenir en fonds propres nos entreprises pour éviter qu'elles se fassent racheter", indique la dircetrice générale de NAE. Le fond est abondé par la banque publique BPI France mais aussi par les géants du secteur comme Airbus ou Safran. Le gestionnaire de fonds qui sera choisi par appel d'offre, selon Bruno Le Maire, apportera quant à lui "100 millions d'euros". A terme, l'objectif est de lever près d'un milliard d'euros.

 

"C'est le moment de s'armer"

Ce plan comporte également un soutien à la recherche et développement (1,5 milliards d'euros de financement public sur les trois prochaines années) - "En Normandie, on travaille très fort sur l'innovation et on travaille aussi sur l'hydrogène, une énergie prometteuse pour l'avenir" -  ainsi qu'un soutien en termes de commandes publiques avevc notamment des commandes avancées dans le secteur militaire par rapport au calendrier initialement prévu. Le volet "aide à la modernistaion" doté de 300 millions d'euros retient particulièrement l'attention de Fabienne Folliot. "C'est le moment pour les usines de s'armer, de se robotiser pour être prêtes quand les commandes vont redémarrer."
    

Reste un dossier qui n'a pas été évoqué ce mardi matin, un dossier primordial selon la directrice générale de NAE. "Jusqu'à présent, on bénéficiait du chômage partiel. C'est très très important qu'il soit maintenu. Ça aura un impact direct sur les ajustements d'effectifs que les entreprises vont devoir mener la mort dans l'âme." Le sujet pourrait être abordé dans les prochains jour lors d'une réunion entre les acteurs de la filière et la ministre du travail, Muriel Pénicaud.

Autre piste pour l'avenir, une politique de soutien au plus près du territoire. "On travaille de concert en en proximité avec la Région et l'Etat, via la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi). Quand on aura tous les contours du plan national, on pourra ajuster les contours d'un plan régional", indique Fabienne Folliot, "En Normandie, il y a des pépites. On a mis X années à faire des recrutements. Ce serait dommage de tout perdre. Mieux vaut les financer maintenant que de perdre de l'énergie plus tard pour les récupérer."

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