Retraites : les 4 questions qui se posent à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation

Des centaines de milliers de français se sont mobilisés depuis le 5 décembre 2019 pour protester contre le projet de réforme des retraites porté par le gouvernement. Après 47 jours de mobilisation, où en est le mouvement ? Quelles en sont les conséquences ? 
Rouen le samedi 11 janvier 2020. Des milliers de manifestants défilent dans le centre-ville entre 14h30 et 18h
Rouen le samedi 11 janvier 2020. Des milliers de manifestants défilent dans le centre-ville entre 14h30 et 18h © Stéphane L'HOTE / France 3 Normandie
C'était une promesse de campagne du candidat Emmanuel Macron : une réforme des retraites pour garantir, selon lui, la pérennité du système français par répartition. Depuis le 5 décembre 2019, de nombreux français sont descendus dans la rue pour montrer leur opposition et faire plier le gouvernement. En Normandie, la mobilisation a été particulièrement forte. A Rouen, jusqu'à 10.000 manifestants se sont réunis. Au Havre, la zone industrielle et portuaire est bloquée par intermittence depuis un mois et demi.

 

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Des milliers de normands s'étaient réunis dans la rue les 17 décembre 2019 et 14 janvier dernier. On a compté jusqu'à 10.000 manifestants dans le centre-ville de Rouen, du -presque - jamais-vu de mémoire de rouennais. Depuis, le mouvement s'est transformé expliquent les syndicalistes locaux. Les grévistes s'adaptent et veulent inscrire le mouvement dans la durée. Dans les faits, la mobilisation dans la rue s'affaiblit. Le 22 janvier, seuls 200 rouennais ont participé à l'opération "ville morte", qui n'avait de morte que le nom.

L'opération est un peu tombée à l'eau. Nous avons été rapidemment délogés du rond-point de la Carsat, par une opération de police rondement menée sans possibilité de discussion. - Gérald Le Corre, secrétaire général CGT-76

VIDÉO : reportage "ville morte" à Rouen 

Opération "ville morte" : Rouen perturbée mais pas paralysée

Certains espèrent qu'on tirera un trait sur le mouvement. On a des questionnements sur la suite du mouvement, mais on reste motivé. Si nos tracts finissent dans un nuage de gaz, on trouvera d'autres modes d'actions. - Gérald Le Corre, secrétaire général CGT-76

On ne peut constater qu'une baisse du nombre de manifestants dans la rue depuis début décembre. Les syndicats assurent que le mouvement va perdurer et évoluer.
 
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Dans les rues de la capitale normande, les automobilistes bloqués par les manifestants ce 22 janvier se disaient solidaires du mouvement. 

Moi je travaille dans le bâtiment. Je ne me vois pas soulever des rouleaux, soulever des dalles jusqu'à 64 ans. Malgré le blocage ce matin, je les soutiens, je suis 100% d'accord avec eux.

Ces blocages me semblent légitimes, les plus grandes batailles ont duré très longtemps donc ça va durer le temps nécessaire. J'espère que les manifestants obtiendront ce qu'ils souhaitent.

Dans le baromètre Harris Interactive publié le 14 janvier dernier, 60% des français se disaient solidaires des manifestants. Seuls, 12% des sondés souhaitaient que le gouvernement maintienne son projet de réforme en l'état. 

Observatoire de la mobilisation contre la réforme des retraites – 8e vague from Harris Interactive France

Le 22 janvier 2020, une étude d'opinion d'Elabe pour BFMTV montrait que 61% des français pensent qu’Emmanuel Macron devrait prendre en compte les contestations et retirer son projet de réforme des retraites.
   
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En Normandie, région où la mobilisation reste importante, les conséquences sur l'économie sont visibles. En décembre, le trafic portuaire au Havre a baissé de 25% et selon les prévisions du groupement des armateurs de la ville, il pourrait être réduit de 40% en ce mois de janvier 2020. Les professionnels du secteur tirent le signal d'alarme car l'opération port mort qui a cours à Rouen et au Havre profite aux concurrents étrangers d'Anvers et Rotterdam. 

Nous sommes les otages d'un conflit entre le gouvernement et les syndicats. Résultat : nous payons l'addition. [...] Nous appelons à l'arrêt du mouvement de blocage et à la reprise du travail. - Jean-Marc Pelazza, délégué régional de la Fédération nationale des transporteurs routiers

Le deuxième port français a déjà connu 14 jours de blocage depuis le 5 décembre dernier. Les entreprises dépendantes du port du Havre subissent directement le mouvement de grève. Certaines ont d'ores et déjà chiffré leur perte de chiffre d'affaire à 15%. L'emploi est lui aussi concerné avec des contrats précaires non renouvelés.

En moyenne nous avions entre trois et quatre intérimaires mais la semaine dernière, il y a certaines personnes que nous n'avons pas pu renouveler. La baisse de trafic dans le port implique directement une baisse de travail pour nous. - Erwan Kérourédan, directeur d'une entreprise de logistique

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Impossible de savoir si le mouvement va se poursuivre dans les semaines à venir. Si la mobilisation à la SNCF et dans les transports en commun est réduite, les syndicats rouennais assurent "qu'ils reprennent des forces" avant d'entamer une nouvelle vague de grève. Dans le même temps, les opposants à la réforme des retraites appellent à se rassembler le vendredi 24 janvier 2020 pour une journée de mobilisation nationale qui s'annonce suivie.

Il y a des manifestations tous les jours, toute la semaine est ponctuée de mobilisation, de barrage et de blocage. On est toujours là et bien là. - Marie-Hélène Duverger, enseignante - Solidaires 76

Le mouvement est en train d'évoluer, assure Gérald Le Corre de la CGT76. En plein mouvement social contre la réforme du baccalauréat, les opposants à la réforme des retraites comptent désormais sur la présence des enseignants et des lycéens pour grossir les rangs des manifestants. La grève interprofessionnelle du 24 janvier permettra peut-être de savoir si leur appel a été entendu.

VIDÉO : résumé par Gilles Lefèvre

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