Coronavirus : comment le CHU de Rouen prend en charge l'inquiétude des soignants et des malades ?

© France 3 Haute-Normandie
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Le CHU de Rouen a mis en place une "cellule de coordination psy-covid-19" dans laquelle une équipe de psychologues organise un soutien spécifique aux patients et aux soignants, très affectés par cette crise inédite.

Par Myriam Libert


"Les patients infectés par le covid 19 sont particulièrement inquiets lorsqu'ils arrivent à l'hôpital. 
En quelques heures ils peuvent être conduits en réanimation, ce qui génère chez eux une angoisse de mort et de séparation importante. Cette période est particulièrement difficile à vivre aussi pour les soignants"
 

Richard Clautiaux est psychologue clinicien, et organisateur au sein du Plan Blanc du CHU de Rouen, de la "cellule de coordination psy-covid-19".
Une cellule composée des psychologues Leïla Bérani, Antonin Commune, Benjamine Ducerf-Thoret, Emilie Fevrier, Pauline Fyot, Sophie Guiller et Dorothée Pouliquen.
Chaque jour, ils viennent en aide aux patients mais aussi aux soignants particulièrement ébranlés ces temps ci, tant physiquement que moralement.

Des soignants très éprouvés

"Les soignants ont besoin de parler, de déposer leurs difficultés. Certains vont nous interpeller quelques minutes dans un couloir, d'autres vont solliciter des entretiens. Nous leur proposons des consultations individuelles en face à face ou par téléphone" nous explique Richard Clautiaux

Les soignants, qu'ils soient médecins, infirmier-e-s ou aides soignants se retrouvent face à des problématiques nouvelles. 

"Les soignants ont peur d'attraper le virus, peur de le transmettre à d'autres patients, peur de le ramener à la maison et de contaminer la famille.
Ceux qui ont été infectés se sentent coupables, et ressentent une certaine forme d'ambivalence -je prends soin des autres et je suis un risque pour l'entourage-.
Le sentiment d'invincibilité se fragmente
".

"L'identification à certains patients peut également être source d'émotions, d'autant que l'âge des malades en réanimation tend à diminuer. Les carapaces que l'on met en place se fissurent parfois à la vue d'un collègue qui ne parvient pas à gérer son émotion. L'angoisse d'un soignant peut être un miroir anxiogène".

A ses émotions perturbantes s'ajoute un mode de fonctionnement déstabilisant.
Les personnels sont amenés à quitter leurs services habituels pour renforcer les équipes dédiées à la lutte contre le covid 19. Il faut apprendre vite des gestes qu'on ne maîtrise pas, notamment les protocoles de prise en charge de patients infectueux.

"Mais il y a aussi la culpabilité du personnel à domicile qui attend fébrilement d'être appelé, avec le sentiment de ne pas participer à l'oeuvre commune"

Des patients isolés

Une vingtaine de psychologues sont en première ligne pour soutenir les personnes atteintes du Covid 19, mais aussi tous les autres patients car l'isolement touche l'ensemble des malades pendant le temps du confinement.
Aucune visite aux patients infectés n'est autorisée, mais les malades atteints d'autres pathologies -sauf dérogation- ne peuvent plus recevoir de visites non plus.
La période est particulièrement éprouvante pour ceux qui cumulent angoisse de mort et solitude.
Un email spécifique au Chu est à la dispostion des malades qui souhaitent recevoir la visite d'un psychologue.

Enfin pour adoucir un peu le climat anxiogène et distraire les malades, l'hôpital propose à partir d'aujourd'hui la télévisison gratuitement à l'ensemble des patients de l'établissement.


"Au delà de l'extrême professionnalisme des membres de la cellule de crise, il y a un dévouement admirable à tous les niveaux. et ceci en dépit de la fatique et du stress énorme vécu par tous. Certains médecins travaillent tous les jours de 7 heures à 21 heures. Malgré l'adversité, chacun fait preuve d'humilité, de prévoyance et d'altruisme notamment vis à vis des autres établissements hospitaliers.
Les comportements sont exemplaires, chacun tente de ne pas se laisser dépasser par ses émotions pour accueillir les patients de façon optimale
 " conclut le psychologue Richard Clautiaux






 

Des lignes dédiées au soutien des personnels de santé

• Un numéro vert, le 0 800 800 854, destiné à l’ensemble des professionnels de santé en difficulté, et le 0 826 000 401, dédié aux médecins et aux internes ;

• Une plateforme d’écoute mise en place par l’association "Soins aux professionnels de Santé" : 0 805 23 23 36, où des psychologues bénévoles sont joignables 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 ;

• Des fiches et des recommandations rédigées par des experts, pour "préserver les équipes" disponibles sur le site du Centre national de ressources et de résilience ;

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