Exposition "Femmes rouennaises inspirantes" dans l'espace public de la ville

Inaugurée à l’occasion des Journées du Matrimoine 2021, une exposition gratuite est installée dans différents quartiers de Rouen pour célébrer les femmes inspirantes de la ville, souvent méconnues.

Combien de Rouennaises et de Rouennais peuvent se vanter de connaître Suzanne Duchamp, artiste peintre, Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, autrice de soixante-dix volumes de contes pour enfants dont La Belle et la Bête ou encore Madeleine Lecoeur, fondatrice de l’association Les Nids, en faveur des enfants en difficulté ?

Les cinquante femmes mises en lumière par l’exposition Femmes rouennaises inspirantes ont pour point commun d’être nées à Rouen, d’y avoir vécu ou encore d’y être enterrées. Cinquante femmes de lettres, des arts, combattantes, engagées en politique, économie ou encore médecine, aujourd’hui décédées.

Ne cherchez pas les noms d’Aurélie Daniel, Faustine Le Bras et Laura Slimani. Ils ne figurent pas parmi les cinquante honorées par l’exposition. Ces trois femmes sont bien vivantes et travaillent pour la valorisation de l’œuvre des femmes en Normandie… ou plutôt pour l’égalité et la parité de représentation dans l’Histoire.

On n’en parle pas assez dans les livres d’Histoire. On ne parle que de Cléopâtre ou encore de Marie-Antoinette et pas forcément pour les bonnes raisons.

Xavier, étudiant rouennais en deuxième année de psychologie

Et leur collaboration a débouché sur ces cinq panneaux accrochés aux grilles du square Verdrel, après six mois de recherches. Quatre grandes catégories répertorient les femmes Rouennaises qui ont marqué l’Histoire, avec un court texte résumant leur œuvre. En descendant de la gare SNCF, en allant chercher son pain ou en attendant le bus, des passants s’attardent quelques secondes ou quelques minutes. « On n’en parle pas assez dans les livres d’Histoire. On ne parle que de Cléopâtre ou encore de Marie-Antoinette et pas forcément pour les bonnes raisons », observe Xavier, étudiant en deuxième année de psychologie. « On ne leur a pas laissé beaucoup de place à l’époque donc elles ont peut-être moins laissé de choses par manque d’occasion », se désole-t-il.

« Jeanne d'Arc, l'arbre qui cache la forêt »

Aurélie Daniel est la spécialiste du matrimoine à Rouen. Cette animatrice culturelle indépendante propose une vingtaine de circuits de visite dans le centre-ville de Rouen, parmi lesquelles Rouen est une femme. C’est donc naturellement vers elle que s’est tournée Laura Slimani, adjointe au maire de Rouen, lorsque la Ville a souhaité mettre en œuvre cette exposition. « Tout le monde connaît Jeanne d’Arc, mais c’est l’arbre qui cache la forêt », indique celle qui est en charge de la démocratie locale et participative, de l’égalité femmes-hommes et de la lutte contre les discriminations. 

Certaines sont restées dans l’ombre de leur illustre frère comme Suzanne Duchamp, sœur de Jacques Duchamp, dit Jacques Villon. Suzanne Duchamp est pourtant elle-même artiste peintre, d’abord impressionniste, cubiste puis dadaïste. « Formée à l’école des Beaux-Arts, elle est l’une des rares femmes dont l’œuvre est exposée au Salon des Indépendants en 1911. Elle repose au Cimetière Monumental », informe Aurélie Daniel. L’exposition distingue également Jacqueline Pascal, sœur de Blaise ou encore Georgette Leblanc, sœur de Maurice, cantatrice, actrice, autrice et productrice. Une plaque. Georgette et son frère Maurice Leblanc ont vécu rue du Baillage, qui donne sur le Nord du Square Verdrel, pourtant la plaque à cette adresse ne célèbre que l’homme.

Peu de femmes valorisées dans l'espace public 

Malgré des efforts de rééquilibrage ces dernières années, seulement 5% des rues de Rouen portent des noms féminins. « Personne ne sait que La Champmeslé est une personne », ironise Aurélie Daniel. La Champmeslé est Marie Desmares, née à Rouen, sociétaire de la Comédie Française et muse de Racine (la rue de la Champmeslé est proche de la Cathédrale Notre-Dame de Rouen). La Champmeslé est également un bar dans le quartier du Marais à Paris.

Une place Juliette Billard a été inaugurée en 2017 près du Théâtre des deux rives. Première femme architecte de France, la Rouennaise était également décoratrice et maquettiste. « La place a disparu pendant des travaux… j’ai bien peur qu’on ne la perde », se désole l’animatrice culturelle. Aurélie a rédigé un livret d’exposition en partenariat avec la Ville de Rouen pour en savoir plus sur toutes ces femmes, également disponible en ligne.

 « Ce travail est important pour permettre aux générations futures de se projeter, que les petites filles puissent se dire en passant devant l’école Anne Sylvestre, pourquoi pas moi ? », explique Faustine Le Bras, coordinatrice à l’association HF Normandie qui organise notamment les Journées du Matrimoine.

On a besoin que des historiens et des historiennes se penchent sur la question et qu’elle inspire des instits, des professeurs ou encore des associations.

Laura Slimani, Adjointe au maire de Rouen, en charge de la démocratie locale et participative, de l’égalité femmes-hommes et de la lutte contre les discriminations,

« Cette exposition est un point de départ », indique Laura Slimani, « on a besoin que des historiens et des historiennes se penchent sur la question et qu’elle inspire des instits, des professeurs ou encore des associations. » La prochaine étape, pourquoi pas une exposition avec les œuvres de ces femmes mais « il faudrait trouver un commissaire d’exposition », lance l’élue, comme une invitation.

Les panneaux sont exposés au Square Verdrel, rue Jeanne d'Arc jusqu’au 26 septembre 2021. L’exposition est également visible aux visiteurs de l’Historial Jeanne d’Arc, lieu de matrimoine par excellence. Elle sera bientôt installée dans d’autres lieux de passage comme le centre commercial Saint-Sever ou encore au centre Jean Texcier aux Sapins.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
culture patrimoine journées du patrimoine femmes société