Des fractures sociales et numériques au coeur de la continuité pédagogique

Après  2 semaines de fermeture des établissements scolaires, la continuité pédagogique demandée par le ministre de l'éducation nationale Jean-Michel Blanquer semble parfois difficile à mettre en oeuvre. Sur fond d'inégalités sociales et matérielles, les écarts entre les élèves vont se creuser.

L'école à la maison
L'école à la maison © Aurélie Misery
Jean-Michel Blanquer a estimé mardi 31 mars qu' "entre 5 et 8 % des élèves"  ont été "perdus" par leurs professeurs, qui ne peuvent pas les joindre pour assurer la « continuité pédagogique » souhaitée, deux semaines après la fermeture des écoles pour lutter contre le coronavirus.

Il y a des enfants dont je n’ai plus de nouvelles. Les parents ne répondent plus au téléphone.
Les inégalités qui existaient avant le confinement sont exacerbées maintenant que les élèves sont loin de nous.
Soazig Kernoa, professeur de français et latin au collège Camille Claudel de Rouen

Difficultés matérielles


Toutes les familles ne sont pas équipées en matériel informatique, en imprimante, en scanner et en connexion Internet.
Soit pour des raisons financières, soit par conviction, des familles n’ont pas d’ordinateur, pas de tablette, ou l’ordinateur est utilisé par les parents qui sont en télétravail.
Certains enfants n’ont qu’un téléphone pour se connecter aux espaces numériques de travail – les ENT.

Zaina Dabo, élève de 6ème, au collège Camille Claudel de Rouen situé en Réseau d’éducation prioritaire tente de s’organiser mais ce n’est pas toujours facile.

Je ne connais pas les logiciels de traitement de texte alors j’écris mes rédactions sur un cahier et je fais une photo avec mon téléphone puis je l’envoie à ma professeur.
C’est plus facile aussi d’apprendre au collège parce qu’on peut poser des questions quand on ne comprend pas.
Heureusement ma mère et mon frère qui est en 3ème m’aident.



Son professeur de français essaie au maximum de contourner ces obstacles matériels.

Je mets en place du travail sans ordinateur. Je leur demande de travailler sur des livres qu’ils ont déjà ou d’écrire leur journal de confinement.
Soazig Kernoa, professeur de français et latin au collège Camille Claudel de Rouen

 

Inégalités dans l’accompagnement familial


Il y a des parents qui ne comprennent pas ce qu’il faut faire. Je suis obligée d’assurer un soutien personnalisé par téléphone.
Certains ne répondent même plus ou me disent à 12H30 que leur enfant est encore en train de dormir.
C’est compliqué aussi pour nous. C’est intrusif. On a l’impression d’être la police.
Soazig Kernoa, professeur de français et latin au collège Camille Claudel de Rouen

 

On ne peut pas demander la même autonomie à des élèves de primaire et à des lycéens. Suivant son milieu social, l’enfant sera plus ou moins aidé par ses parents.
On craignait un accroissement des inégalités et des écarts scolaires avec l’école à la maison. C’est ce qui est en train de se passer.
Claire-Marie Feret, co-secrétaire du Snes-FSU de l'académie de Rouen


Le travail et la continuité pédagogique


Difficile aussi d’assurer le quotidien, les tâches ménagères et la vie familiale, le télétravail ou le travail et de faire l’école à la maison.
Par ailleurs les parents ne sont pas l’enseignant et l’enfant n’est pas son élève. Cela peut brouiller les rapports.

Je m’occupe de faire la toilette chez les personnes âgées. J’avais donc la possibilité de mettre mon fils de 10 à l’école, comme pour tous les enfants de soignants.
Mais en fait, ils ne font pas école. C’était une personne différente chaque jour et mon fils n’était pas accompagné dans son travail. C’était du gardiennage. Je l’ai retiré. A quoi bon !
Sauf, que je n’ai pas le temps de l’aider et parfois, moi-même je ne comprends pas. J’ai quitté l’école il y a longtemps.
Je suis très inquiète pour la suite de sa scolarité.
Mariam Oketoroune



Du côté des parents d’élèves, la FCPE demande à préciser cette continuité pédagogique

C’est très bien de maintenir le lien entre les enseignants et les élèves mais nous demandons à ce qu’il n’y ait pas de nouveaux apprentissages et pas de notes. Il faut qu’il y ait un allégement du travail à la maison. On souhaite également qu’à la reprise de l’école, les élèves reprennent là où ils se sont arrêtés le vendredi 14 mars.
Élisabeth Lechevallier, Présidente FCPE76


​​
La Fédération des Conseils de Parents d'Elèves a publié un communiqué le mardi 31 mars sur les conditions de cette continuité pédagogique

 

Communiqué de la FCPE


 
Une cellule d'information et d'écoute

 

Les services de l'Education nationale ont mis en place une cellule d'information et d'écoute pour aider les famille dans la mise en oeuvre de la continuité pédagogique dans les écoles et les collèges. Des conseillers pédagogiques peuvent répondre directement aux familles, notamment pour trouver des solutions lorsque les élèves n'ont pas d'ordinateur chez eux ou de connexion à internet.

Tous les numéros sont disponibles en cliquant ici
 

Annonces ministérielles

Par ailleurs, face à ces difficultés, le ministre de l'éducation nationale Jean-Michel Blanquer a annoncé plusieurs mesures.


En attendant, il a aussi évoqué un dispositif de soutien scolaire gratuit à distance pendant les vacances de Pâques, qui commencent le week-end prochain pour la première zone.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus : école à la maison santé société éducation
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter