Gilets jaunes en Normandie : où en est le mouvement un an après ?

Un barrage des gilets jaunes dans l'agglomération du Havre le 21 novembre 2018 / ©
France 3 Normandie / Image extraite de la vidéo du JRI Valentin Le Roux
Un barrage des gilets jaunes dans l'agglomération du Havre le 21 novembre 2018 / © France 3 Normandie / Image extraite de la vidéo du JRI Valentin Le Roux

 L'un des gilets jaunes havrais de la première nous donne sa vision du futur du mouvement. 

Par Marc Moiroud-Musillo

Le 17 novembre 2018, les gilets jaunes investissaient les ronds-points dans toute la Normandie. A Dieppe à 8 heures du matin, sur le rond-point des Canadiens (près du centre commercial Auchan) les premiers « Gilets Jaunes » font un barrage filtrant. Dans leurs propos, on apprend que la hausse du prix du carburant n’est pas le seul motif de leur mobilisation.

Je suis arrivé à 6 heures du matin. On devait être une petite trentaine. C'est un barrage filtrant, pas bloquant. La consigne a été donnée que nous n'étions pas là pour bloquer les Français qui vont travailler ou les secours. On est là pour montrer notre mécontentement. 
Franck Prévost, gilet jaune dieppois
(Vidéo : Richard Plumet) 

Le mouvement a perduré pendant plusieurs mois. Dans l'agglomération rouennaise les appels à manifester étaient particulièrement suivi. Depuis le mouvement s'est peu à peu érodé. Près d'Alençon, ils ne sont plus que cinq, six, une dizaine au mieux. Mais ceux-là sont les « ders des ders », les jusqu’au-boutistes, les irréductibles gilets-jaunes toujours fidèles à leur rond-point de Pacé. Les revendications restent d'actualité. 
 


Les femmes gilet jaune


En Normandie, les femmes sont nombreuses depuis le début des gilets jaunes.

Ce sont des femmes gilet jaune à part entière. Elles ont été là pour nous soutenir. Elles ont été dans les revendications, avec des pancartes, slogans et autre. Et non pas comme on a voulu les caractériser des femmes aux fourneaux en train de préparer les sandwichs des hommes. 
Olivier Bruneau, référent des gilets jaunes au rond-point des Vaches à Rouen


La réalisatrice Anne Gintzburger leur donne la parole dans une série de six documentaires. 

Je sentais intuitivement que les femmes diraient beaucoup plus de ce mouvement que les slogans qu'on a vu en boucle à la télévision. En Normandie, la particularité c'est qu'il y a plusieurs femmes qui ont été largement médiatisées comme Chloé Tessier et Ingrid Levavasseur. Moi je voulais faire un pas de côté et ne pas m'intéresser à ces personnes médiatisées. En Normandie, j'ai choisi ce petit groupe de femmes dans le Perche qui font partie du collectif "Soleil normand". Elles ont réinventé un combat citoyen autour du combat des Gilets Jaunes en mettant en place un système d'entraide : partage de potagers, garde d'enfants, partage d'informations qui tend vers les circuits courts, etc... Elles ont transformé leur premier engagement sur les ronds-points en quelque chose de très citoyen dans la vie quotidienne."
Anne Gintzburger
 

La France en vrai - Normandie


Un an plus tard, quel avenir pour le mouvement ?


Trois questions à Allan Lepiller, restaurateur à Octeville sur Mer et gilet jaune de la première heure.
Allan Lepiller gilet de jaune de la première dans son restaurant d'Octeville-sur-Mer (Seine-Maritime) / © Allan Lepiller
Allan Lepiller gilet de jaune de la première dans son restaurant d'Octeville-sur-Mer (Seine-Maritime) / © Allan Lepiller


- Quel bilan tirez-vous de cette première année de mobilisation ?
Pour moi, ça été un succès. Dans le monde entier, le mouvement des gilets jaunes a fait des émules (Hong-Kong, Chili, Barcelone...). Il a créé une vague de quelque chose, montré que le peuple aussi doit être décisionnaire. Il n'y a que la démocratie française qui ne nous a pas entendus. Il y a eu des mesurettes mais moi en tant que gérant d'un restaurant de six salariés, à part la prime pour mes salariés qui a été une bonne chose, il n'y a eu rien d'autre. Il n'y a pas moins de charges, pire le CICE (crédit d'impôt compétitivité) a baissé. 
Je comprends bien que l'on donne la priorité aux personnes sans emploi ou aux petits salaires. Mais je ne conçois pas qu'un patron se retrouve à toucher la prime d'activité, ce qui sera probablement mon cas à partir de janvier 2020. 

-Quelle suite donner au mouvement ? 
C'est compliqué. Le mouvement s'éparpille un peu. Il a été créé suite aux problèmes de pouvoir d'achat. Mais aujourd'hui les revendications sont multiples. Pour le moment, je ne vais plus nulle part le samedi parce que ça ne débouche sur rien. Malheureusement, il y a trop d'intimidation et de répression des forces de l'ordre. Je connais plusieurs personnes qui ont reçu des contraventions de 135 euros parce qu'elles portaient un masque ou des gants. C'est très difficile quand on n'a qu'un petit salaire. 
Il faut donner plus de citoyenneté dans les décisions politiques. Une liste gilets jaunes aux élections, je ne suis pas sûr que cela suscitera des votes. 
Je pense que chacun va avoir des décisions à prendre. Il faut des grosses manifestations, peut-être moins souvent. Il faut aussi se structurer mais après ça deviendra un parti politique.
Si le mouvement renaît, il sera beaucoup plus massif et revendicatif. Car cela se fera avec les agriculteurs, les chauffeurs routiers et les personnels de santé, dans une convergence des luttes.

-Serez-vous présent sur les ronds-points le weekend des 16 et 17 novembre ? 
J'irai rendre visite à des amis. J'espère que ça se passera dans la bonne entente. Ce ne sera probablement pas aussi important que le 17 novembre 2018. C'était un mouvement spontané. Même ma mère était venue sur le rond-point d'Octeville-sur-Mer. Si je me déplace ce week-end, je resterai longtemps sur place.
Mais pour l'instant, je n'ai pas l'impression que cela bouge beaucoup, notamment sur les réseaux sociaux. Mais les gilets jaunes ont changé leurs pratiques. Ils utilisent des plateformes moins surveillées pour ne pas annoncer trop en avance leurs actions alors on verra bien !

 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus