Insécurité nocturne à Rouen : des étudiants lancent un appel à témoignage

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La Fédération des étudiants de Rouen (Seine-Maritime) lance, en partenariat avec la mairie de Rouen, un questionnaire sur l’insécurité ressentie la nuit. L’objectif est de créer un état des lieux de la situation pour apporter des solutions concrètes.

« Quand j’ai vu le sondage, je me suis dit "enfin on s’intéresse à mon quotidien" » raconte Elise. L’étudiante en maïeutique explique vivre un harcèlement de rue quotidien : « dès que je sors dans la rue, je suis interpellée par des hommes pour me faire insulter, complimenter, siffler… ».

« On me regarde comme un morceau de viande. J’ai la chance de ne jamais avoir dû porter plainte pour une véritable agression mais j’ai l’impression d’attendre mon tour », témoigne la jeune femme.

Par précaution, Elise adapte son quotidien : « J’évite de sortir la nuit, sauf si je n'ai vraiment pas le choix. Dans ce cas, j’essaye d’y aller en voiture ou de me faire raccompagner ».

Des données pour expliquer ce sentiment d’insécurité

Face à ce sentiment d’insécurité, la Fédération des étudiants de Rouen (Feder) a lancé un vaste questionnaire afin de récolter des témoignages et obtenir une première base de données.

Nous savons tous qu’il existe un problème d’insécurité nocturne à Rouen mais nous n’avons pas de données quantitatives sur le sujet.

Ibtissam Madi, vice-présidente de la Feder

« Certaines victimes ne portent pas plainte après une agression par peur de répercussions, d’une mauvaise prise en charge ou parce qu’elles n’ont tout simplement pas les bons renseignements. Il existe différents biais et on espère que ce questionnaire permettra d’y voir plus clair », ajoute Ibtissam Madi.

Quand elle a eu connaissance du sondage, Loïse Cauchois n'a pas hésité à y participer. « J’ai souhaité répondre à ce questionnaire pour apporter mon témoignage. Il y a un mois, j’ai eu une mauvaise expérience en rentrant chez moi. La rue n'était pas éclairée alors j'ai mis le flash de mon téléphone pour y voir plus clair mais un groupe m'a embrouillé en pensant que je les filmais. Je me suis rendue compte que je n'étais pas la seule, car, lorsque j'ai partagé cette histoire sur Facebook, plusieurs centaines de personnes ont réagi. A ce moment-là, j’ai compris qu’il fallait essayer de faire quelque chose », explique l’étudiante en communication.  

Pour le moment, la Feder a récolté plus de 800 réponses. Le projet a été initié avant la pandémie de Covid-19 mais vient seulement d’être lancé avec le retour de la vie étudiante nocturne. Aucune date de clôture du sondage n’a été fixée pour le moment. 

3 pistes d’actions menées par la ville

Quand le nombre de réponse sera jugé suffisant, la Feder fera remonter les résultats aux services de la ville. Kader Chekhemani, adjoint en charge de la tranquillité publique à la mairie de Rouen espère que cette étude permettra d’identifier des « lieux, points sensibles et situations particulières qui permettent d’expliquer ce sentiment d’insécurité ».

Le 4ème adjoint de la ville de Rouen explique que toute la difficulté est de "quantifier et matérialiser avec des éléments objectifs ce sentiment d’insécurité pour pouvoir y répondre." Des groupes de travail seront créés avec la Feder pour apporter de solutions concrètes. Eclairage public, application pour lancer des SOS… Les étudiants rencontrés sont déjà forces de propositions.

En attendant cette collaboration, trois stratégies sont en cours de mise en place par les services de la ville :

  1. Augmenter la vidéo-protection
  2. Recruter de nouveaux policiers
  3. Développer une application en cas d'agression

Pour le premier point, Kader Chekhemani explique avoir multiplié par deux en deux ans la vidéoprotection dans la ville. « Cela permet de voir et d’agir plus rapidement mais aussi d’avoir des preuves en cas d’infractions. ». L’élu déplore toujours le manque des 60 policiers nationaux annoncés pour le territoire, mais qui tardent à arriver.

Pour compenser, l’adjoint en charge de la tranquillité publique à la mairie de Rouen annonce avoir recruté et formé une nouvelle brigade de nuit de 11 policiers municipaux : « quoi qu’on en dise, rien ne vaut la présence humaine pour intervenir rapidement ». Cette équipe devrait être effective sur le terrain avant la fin de l’année.

Le 3ème levier d’action est le développement d’une application contre le harcèlement de rue. Baptisée « Umay », son dévoilement est prévu pour le mois de mai prochain. L’idée est de remplacer le dispositif Angela par cette application. Celle-ci intégrera une carte des lieux de refuge et une base de contact personnalisable à appeler en cas d’agression.

Kader Chekhemani explique que cette application permettra aussi de récolter des données pour comprendre les origines de ce sentiment d’insécurité et ainsi, compléter le questionnaire initié récemment par les étudiants.