"Je comprends leur colère même s'il y a d'autres moyens de s'exprimer" : témoignages après les émeutes en Normandie

Au surlendemain du décès de Nahel, tué par le tir d'un policier à Nanterre, des émeutes ont émaillé la nuit du 28 au 29 juin dans plusieurs villes de Normandie. Témoignages au lendemain d'une nuit de violences et de dégradations.

"Je viens de découvrir ce qu'il s'est passé, j'allais prendre de l'argent au distributeur, et y'a plus rien... tout est brûlé, je comprends pas. C'est pas bien, c'est pas bien" constate sidéré ce monsieur qui habite à quelques centaines de mètres de la zone sinistrée, mais qui fût protégé des émeutes de la nuit.

Ce jeune homme croisé ce jeudi matin sur les hauts de Rouen, était lui au cœur des évènements de la nuit. Il connaît bien ce quartier dans lequel il vit et travaille au sein de l'association Solidarité plateau. "Ça a démarré par des feux un peu à droite à gauche, en bas de la tour, à côté de l'association où je travaille sur les Hauts de Rouen".

Il y avait des départs de feu un peu partout qui ont pris de l'ampleur parce que les pompiers étaient déjà occupés et ne pouvaient pas intervenir assez vite. Alors on a aidé à éteindre les incendies. Ça m'a réveillé vers 1h du matin jusqu'à 3h à peu près pour éteindre tout. Les habitants de ma tour, on était presque tous en bas, à mettre des seaux d'eau, comme on pouvait.

Un habitant du quartier du Châtelet à Rouen

Des feux qui ont endommagé des lieux emblématiques du quartier. "La mairie, le commissariat, et un peu plus loin au Châtelet, des cabanes de chantier, des poubelles, des voitures. Un peu de tout". Ce jeune homme connaît bien le quartier et ses difficultés. "À Solidarité plateau, on aide les gens avec l'aide alimentaire toutes les semaines, on fait aussi de la réinsertion, je connais pas mal de gens dans le quartier. Ça fait six ans que j'y vis, j'ai toujours trouvé ce quartier assez calme". Le jeune homme sait que le quartier a longtemps souffert d'une mauvaise réputation, mais "c'était avant" dit-il.

Comprend-il les émeutes de la nuit, et pourquoi la mort du jeune Nahel a déclenché de telles violences ? "Je comprends la colère même si je pense qu'il y a d'autres moyens de s'exprimer. S'en prendre aux services publics, à la mairie, au Ccas qui viennent en aide au quartier, et finalement pénaliser les travailleurs et les habitants du quartier avec les voitures brûlées".

Je pense qu'il y a d'autres moyens de s'exprimer. Mais je comprends leur colère. Aujourd'hui c'est une police qui se dirige vers celle des Etats-Unis. Tirer sur quelqu'un sans être en danger de mort, il y a d'autres moyens de retrouver la personne.

Un habitant du quartier du Châtelet de Rouen

Après la sidération des habitants ce matin, l'heure est à l'estimation des dégâts, et au déblayage. 

À Alençon, désolation et inquiétude

Scènes identiques dans l'Orne, à Alencon, où la désolation se lit sur le visage des salariés de l'association TMPO en découvrant leurs locaux et véhicules incendiés. Ses employés s'occupent au quotidien du sort de dizaines de personnes mineures protégées de l'Orne. "C'est déjà des gens fragilisés, et là, la situation va être catastrophique pour eux", écrit une employée.

"J'entendais à la radio ce matin "ils s'en prennent aux symboles de la République". Là, c'est pas le cas !" peste Jean Foy, président de la structure. "On est là au quotidien pour aider les personnes en difficulté qui nous sont confiées par des juges. Là, tout le bâtiment est anéanti, on n'a plus de lieu, ni de voitures pour accomplir notre mission"

"On sait que la nuit prochaine s'annonce encore délicate"

En outre, dans ce quartier de Perseigne réputé explosif, une salle municipale et une quinzaine de voitures ont été incendiées la nuit dernière. "D'habitude, ce sont plutôt des voitures qui brûlent, là on a passé un beau cran, un stade important car ce sont des bien publics qui ne devraient jamais être dégradés, déplore Olivier Toussaint, commerçant installé depuis longtemps dans le quartier.

"On comprend tous ce drame de Nahel, mais ça s'est passé à Nanterre, pas ici. Là, c'est un prétexte pour dégrader les bâtiments. On espère tous que ça va se calmer rapidement, mais malheureusement, on sait que ça va encore être une nuit très délicate. On ne peut être qu'inquiet, il y a déjà eu des velléités de s'attaquer à des magasins du quartier hier soir", s'alarme le commerçant. 

Dans chaque département de la région, les préfectures ont annoncé un renforcement de la surveillance des zones sensibles pour la nuit prochaine. Au niveau national, Emmanuel Macron a annoncé que 40 000 policiers et gendarmes seront mobilisés. 

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