La tiny house, solution idéale pour reloger les sans-abris ?

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Écrit par Mathilde Riou .

A Rouen (Seine-Maritime), nous avons rencontré des bénéficiaires et une association qui met à disposition des tiny house, un mode d’habitat écologiste et minimaliste, pour reloger les sans-abris.

La tiny house, c’est tendance depuis plusieurs années en France. Bien développée en Amérique du Nord, cette nouvelle forme de logement a même une émission de télévision. Mais au-delà du phénomène de mode, ce mode d’habitat écologiste et minimaliste semble être la meilleure alternative pour reloger les sans-abris.

A Rouen, une entreprise sociale « La Fabrik à Yoops » produit depuis avril 2022 des petites maisons en bois (type tiny house) destinées aux sans-abris. Pour la construction de ces habitations, 6 personnes sont mobilisées : 3 qualifiées dans le domaine du bois dont deux qui ont un double profil (éducateur social et professionnel du bois), 2 et bientôt 3 personnes en insertion et un alternant.

« Quand tu construis quelque chose, il y a tout un processus qui apporte de la satisfaction à toi et aux autres. Ce qui serait super c’est qu’à travers des ateliers chacun puisse construire sa propre tiny », se réjouit Nadia Rahmani une des salariées de la Fabrik à Yoops. Cette trentenaire était éducatrice spécialisée avant de recevoir une formation en menuiserie. C’est (pour l’instant) la seule femme de l’équipe qui constate au fil des semaines les bienfaits de cette équipe hybride. « J'ai remarqué qu’une des personnes en réinsertion s’est redressée physiquement. Il a une autre posture, on le sent plus droit. Il se sent accueilli ici et il a trouvé sa place », ajoute t-elle.

D’ici la fin de l’année, une dizaine de petites maisons seront sorties de leur atelier et une vingtaine en 2023.

Un dispositif mis en place à Rouen dès 2020

La Fabrik à Yoops a été créée suite à un retour d’expérience très convaincant mené par le programme « un Toit vers l’Emploi ». Cinq premières maisons ont été réparties dans la ville de Rouen (route de Bapeaume, quartier Luciline et route de Darnétal). 10 personnes différentes ont pu en bénéficier depuis 2020. Double satisfaction pour le programme : un retour à l’emploi significatif a été constaté. C’est le cas d’Alex. Ce quarantenaire a vécu presque un an au pied du pont Corneille à Rouen. Grâce à un Toit pour l’Emploi, il bénéficie d’une tiny house. Pour lui c’est une véritable renaissance. Abandonné par ses proches alors qu’il est atteint d’une grave dépression, il trouve refuge dans les livres pour ne pas sombrer dans l’alcool. Sa passion de la lecture, il peut désormais la savourer dans sa petite maison :

« Je sais où je vais dormir en rentrant le soir, je vais pouvoir me laver, manger et être au chaud. C’est essentiel. Un toit ça change tout ! S’il n’y avait pas eu ce logement là je serai peut-être mort sous un pont »

Alex a vécu pendant presque un an dans la rue à Rouen. Aujourd'hui il loge dans une tiny house et a commencé une réinsertion sociale et professionnelle. ©France 3 Normandie

 

C’est dans le restaurant social la Chaloupe à Rouen qu’il rencontre Franck Renaudin de l’ONG « un Toit vers l’Emploi ». Il est venu présenter son projet de relogement pour les sans-abris. Alex postule et reçoit les clés de sa maison en mars 2020. Une date gravée dans sa mémoire : « C’était la fin du cauchemar, je me sens bien, je suis en formation, je prépare un diplôme. Je ne pouvais pas rêver mieux comme nouveau départ. »

Pour Franck Renaudin, l’histoire d’Alex lui a prouvé que le projet était viable et concret. Il ouvre donc la Fabrik à Yoops juste à côté du centre d’accueil de jour « la case départ » où les bénéficiaires peuvent bénéficier d’écoute, de douches, machines à laver, ateliers et d’un accompagnement vers l’emploi et le logement.

 

« Depuis le début de l’expérimentation, nous avons 6 maisons actives qui ont bénéficié à 12 personnes différentes dont une qui sert d’habitat temporaire et d’urgence qui elle a profité à 3 personnes différentes. Sur les 9 autres personnes, 7 sont toujours logées dans les yoops sans perspective de changement dans les mois qui viennent », précise Franck Renaudin.

 

« La plupart des personnes que nous hébergeons dans nos yoops retrouvent un travail rapidement ou une activité rémunérée. Du coup elles perdent en APL et sont amenées à contribuer à leur loyer (270 euros de loyers et 50 euros de charge). C’est une bonne nouvelle de ne pas dépendre des aides de l’Etat et devenir autonome ça fait partie du parcours »

Une écrasante majorité des habitants ne souhaite pas bouger. Nous avons deux habitants qui ont demandé comment ils pouvaient devenir propriétaire de leurs yoops

Franck Renaudin, « un Toit vers l’Emploi »

« La grande surprise c’est qu’une fois installées dans une Yoops, ces personnes n’ont pas envie de retourner dans un logement « classique ». D’ailleurs on ne met pas de terme dans le logement : tant que la personne respecte son engagement, c’est-à-dire d’accepter l’accompagnement social et payer son loyer. A partir de là elle peut rester le temps qu’elle veut.  » ajoute Franck Renaudin.

La Fabrik à Yoops travaille avec ses partenaires comme des banques et la caisse des dépôts pour faire en sorte que des personnes qui étaient encore récemment à la rue puissent devenir propriétaires de leur tiny house.

Développer l’habitat alternatif dans les villes

Actuellement 20 personnes sont en attente de Yoops. Pour celles-ci, un logement classique ne collerait pas car leur parcours de vie est compliqué, elles ont un long passé de rue : « plus le passé de rue est long, plus la yoop est adaptée car ce mode d’habitat reste très proche de la rue. Plusieurs personnes ont pu nous dire : quand je suis dans ma yoop quand ça ne va pas, j’ouvre ma porte et je  suis au niveau de la rue. Quand mes potes de rue veulent venir me voir, il n’y a pas de barrière de digicode ou d’ascenseur, ils frappent à la porte et je suis là. Si on veut vraiment tendre vers des territoires 0 sans-abris peu importe l’endroit en France, il faut que les villes et les collectivités intègrent cet habitat alternatif : les tiny house, les yourtes… peu importe mais il faut que l’habitat alternatif soit inclus dans le développement de la ville sinon on aura toujours des gens en rupture qui ne voudront pas intégrer des appartements » ajoute Franck Renaudin.

A la recherche terrain et investisseurs

La Fabrik à Yoops propose un investissement locatif à des particuliers, des entreprises, des collectivités ou des bailleurs sociaux. L’objectif étant d’acheter une yoop en la laissant en gestion locative à l’association "la Case Départ". Ceux qui achètent la maison vont recevoir un revenu mensuel et vont avoir la grande satisfaction de savoir que la maison est occupée par une personne qui était en situation de rue. Sur les 6 premières maisons produites, 5 maisons seront vendues d’ici fin 2022 (entre 35 et 40000 euros).

« On a un grand besoin d’identifier des nouveaux terrains dans la Métropole de Rouen en priorité. Tout ce qui est friche nous intéresse aussi car on peut mettre nos yoops sur des terrains non raccordés, on s’occupera de les réaccorder à l’avenir. On est sur un mode d’habitat qui est mobile, qu’on déplace relativement facilement donc on peut être sur des terrains ».

Une mise à disposition de 3 ans au minimum est requise. Des particuliers peuvent également mettre à disposition gratuitement leur terrain. A cette date, 5 maisons sont stockées en attente de terrain.

Des bailleurs sociaux de la Métropole de Rouen travaillent également avec la Direction Départementale des Territoires et de la Mer de la Seine-Maritime (DDTM 76) pour essayer d’homologuer les tiny house comme habitat social.

 

Retrouvez le portrait de Franck Renaudin dans ce reportage de France 3 Normandie.

Portrait Franck Renaudin, association "Un Toit pour l'Emploi" ©France 3 Normandie

L’équipe de ce reportage a remporté le prix reporters d’Espoirs 2022.

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