Lubrizol : l'enlèvement des fûts est presque terminé

Rouen le lundi 27 janvier 2020. Réunion du "Comité pour la transparence et le dialogue" à la préfecture de région / © Emmanuelle Partouche / France Télévisions (image extraite d'une vidéo)
Rouen le lundi 27 janvier 2020. Réunion du "Comité pour la transparence et le dialogue" à la préfecture de région / © Emmanuelle Partouche / France Télévisions (image extraite d'une vidéo)

Les conséquences de l'incendie de l'usine de produits chimiques Lubrizol de Rouen étaient une nouvelle fois au menu de la réunion organisée à la préfecture de Seine-Maritime
 

Par France 3 Normandie

Présidée par Pierre-André Durand, préfet de Normandie et de Seine-Maritime, la cinquième réunion du "Comité pour la transparence et le dialogue" (lire plus bas ses objectifs) a eu lieu ce lundi matin (27 janvier 2020).
Parmi les points abordés, quatre concernaient la dépollution du site, la reprise partielle ou totale de l'activité, l'analyse des sols et l'analyse du lait maternel.
 

La dépollution du site

Une palissade a été posée autour de la partie du site de l'usine Lubrizol qui a brûlé (zone de stockage). Concernant les fûts endommagés par l'incendie, sur un nombre total de 1389, 1254 ont été traités, dont 156 des 166 fûts qualifiés de "sensibles". La totalité de ces fûts sera traitée fin janvier.  
Il reste 135 fûts à traiter dont 10 fûts "sensibles". Ces opérations sont réalisées en avance sur le calendrier prévisionnel.

En dehors de l'usine, la dépollution du bord de Seine au niveau de la darse est en voie d'achèvement. Les conséquences du ruissellement des eaux provenant des lances à incendie utilisées pour éteindre l'incendie ont nécessité le pompage et le traitement de 536 tonnes de produits. Le nettoyage des infrastructures s'achèvera au mois de mars avec les piliers et le plafond de la cavité située sous le quai.

Des "mesures de dragage" sont envisagées pour une remise en état du milieu de la darse, où l'on avait observé un dépôt d'hydrocarbures en provenance de l'incendie.

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La reprise partielle de l'activité

Durant la phase de redémarrage du site Lubrizol la mi-décembre 2019, de "très nombreux contrôles ont été effectués par l'inspection des installations classées et n'ont pas révélé de non-conformités sur les unités concernées par ce redémarrage partiel".

Le retour d'odeurs qui se propagent aux habitations voisines de l'usine Lubrizol reste un sujet de préoccupation pour la population comme l'a rapporté le maire de Petit-Quevilly. Selon la représentante de Lubrizol, le ressenti de ces odeurs serait la conséquence de conditions météo pendant quelques jours et que le problème de ces odeurs est "suivi de près".
La question de la reprise totale de l'activité de l'usine Lubrizol n'a pas été abordée dans cette réunion.
 
 

L'analyse des sols  

Si les résultats des analyses concernant l'air, les suies et l'amiante "sont jusqu'alors tous conformes aux seuils ou au bruit de fond" ceux concernant les sols (très attendus), ont fait l'objet d'un point détaillé.

D'abord pour préciser que l'analyse de tous les prélèvements effectués dans les 112 communes de Seine-Maritime est toujours en cours. Ce retard serait imputable à l'engorgement des laboratoires,  "le programme d'analyses prescrit étant très exhaustif".  

Les premiers résultats connus des analyses des sols ne font "pas apparaître de lien avec l'incendie, mais signale des points d'attention sur le plomb et le mercure dans l'agglomération de Rouen, en profondeur, point qui semblent liés à une pollution historique".

Hors des traces de plomb liées à des pollutions historiques, on a trouvé du benzo(a)pyrène "un traceur potentiel d'une combustion" dans 11 lieux : Serqueux, Saint-Saëns, Roncherolles-en-Bray, Mauquenchy, Bosc-Bordel, Bois-Guillaume,  Bosc-Guérard-Saint-Adrien,  deux points à Déville-lès-Rouen et deux points également à Houppeville. Mais cette présence de benzo(a)pyrène ne constitue pas, selon la Dreal un danger pour la population : "il faudrait manger de la terre pour que ce soit dangereux"


Les propos rassurants concernant la question de la pollution des sols tenus ce lundi n'ont pas été du goût des défenseurs de l'environnement :

Là, c'est un problème : on se demande où sont passés tous ces déchets qui sont partis par milliers de mètres cubes dans l'air, cette véritable marée noire atmosphérique ! Et ils nous font de la magie. C’est-à-dire que "c'est retombé nulle part, c'est inférieur au bruit de fond…"  Qu'est-ce que c'est que le bruit de fond d'ailleurs ? Cela pose une autre question. Et donc je leur fais le reproche effectivement de ne pas avoir les moyens scientifiques assez précis pour nous dire exactement ce que sont devenues les molécules toxiques issues de l'incendie de Lubrizol…
- Jacky Bonnemains, président de l'association de défense de l'environnement "Robin des Bois"

 
Pollution des sols par Lubrizol : la réaction de Robin des Bois

 

L'analyse du lait maternel

L'Agence Régionale de Santé a expliqué qu'il n'y a pas d'inquiétude à avoir après les résultats d'analyses de lait maternel effectuées par des mères dans l'agglomération rouennaise. Si les analyses d'octobre, puis de novembre 2019, révèlent des traces d'hydrocarbures aromatiques (toluène, xylène, éthylbenzène), "ces valeurs mesurées correspondent à un bruit de fond observé à Rouen avant l'incendie et également dans d'autres villes" comme Dijon, Lille et Toulouse.
Il a également été fait état de la "difficulté à interpréter des résultats individuels".

Ces valeurs plus élevées peuvent s'expliquer plus par des variations individuelles, c’est-à-dire des variations de la concentration de ces polluants dans le lait maternel au cours de l'allaitement, compte tenu d'autres expositions que celles liées à l'incendie. Donc, le fait le plus important c'est d'avoir retrouvé ces mêmes polluants, avant l'incendie, et dans d'autres villes.
- Benoît Cottrelle, responsable veille et sécurité sanitaire à l'ARS Normandie

 
Lubrizol et lait maternel : premiers résultats


 

La mission du Comité pour la transparence et le dialogue


Installé le vendredi 11 octobre 2019 par les ministres Elisabeth Borne, Agnès Buzyn et Didier Guillaume, le comité pour la transparence et le dialogue a pour objectif de suivre dans la durée tous les enjeux liés aux conséquences de l'incendie du 26 septembre 2019 et de partager l’ensemble des informations disponibles.

Ce comité a pour but de suivre dans le temps l’évolution et les conséquences de la catastrophe industrielle pour en tirer les enseignements et mieux les dépasser.
- Pierre-André Durand, préfet de Normandie et de Seine-Maritime le 11 octobre 2019

Il réunit l’ensemble des acteurs concernés par les conséquences de l’incendie des entreprises Lubrizol et Normandie Logistique : habitants, élus, industriels, associations environnementales, représentants du monde agricole, organisations professionnelles et syndicales, acteurs économiques, services de l’État et de santé, etc.

Un collectif et une réunion

Dans un tract intitulé "Lubrizol coupable !  Etat complice", le collectif Unitaire "Vérité Justice- Plus jamais ça " annonce la tenue d'une réunion publique le 3 février à la Halle aux Toiles de Rouen pour débattre des conséquences sanitaires et environnementales et des démarches en cours "alors que le préfet a décidé le redémarrage du site dans la plus grande opacité".
 

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