Réouverture des commerces à Rouen, la vie de quartier se réveille

Plus qu'une réouverture de commerces, c'est un centre-ville rouennais qui retrouve ses bruits et ses couleurs ce mercredi 19 mai. 

« On a mis le réveil exprès pour venir prendre le petit dèj en terrasse ! », Léa, 21 ans, Jeanne 23 ans, Julie 20 ans, et Stormy, le chiot pomsky de trois mois, se sont retrouvés sous l'auvent du First Liberty pour la première fois en sept mois. Il pleut mais qu’importe, « on voulait reprendre la vie d’avant », confient les trois amies. Jus d’orange pressé, chocolat chaud et viennoiseries pour tout le monde, histoire de prendre des forces avant les examens du BTS communication. « On termine à 18h, après on retournera en terrasse ! ».

Derrière le comptoir, avec un sentiment de rentrée des classes, Maéva et Jean-Baptiste sont un peu nerveux. « On galope ! On a l’impression d’être désorganisés mais ça va revenir vite ! », confie Maéva. Le facteur, Sylvain, pousse alors la porte d’entrée pour livrer le courrier du jour « Enfin de la vie ! Formidable » s’exclame-t-il, « depuis presque un an et demi les rues étaient vides, c’était désespérant ».

C’est très compliqué de reproduire la couleur en photo, les clients peuvent être déçus s’ils commandent en ligne.

Marc, bijoutier Framboisine

VIDÉO : « Le plaisir d'entrer dans un magasin et enfin d'essayer ! »

Rouen, ville la plus commerçante de France reprend vie

Rue Saint-Nicolas, Marc accueille à nouveaux ses clients après deux mois de fermeture. « Il y avait du monde qui attendait dehors quand je suis arrivé, on a bu le café ensemble. C’est la fête aujourd’hui, en plus c’est mon anniversaire ! », sourit le gérant de Framboisine. Spécialisé dans les pierres précieuses et leurs vertus, Marc insiste sur la rencontre avec le client, la discussion sur le choix des gemmes qu’il vend, même s’il a pratiqué le click and collect pendant les confinements. « C’est très compliqué de reproduire la couleur en photo, les clients peuvent être déçus s’ils commandent en ligne ». À cela s’ajoute l’échelle de l’article. « Une fois j’ai commandé une statuette sur internet, elle est arrivée beaucoup plus petite que ce que j’avais imaginé… », ajoute Lucien, habitué de la boutique qui repart aujourd’hui avec quatre paquets cadeaux.

J’aime bien essayer, parce qu’il y a de très belles choses qui ne me vont pas.

Marina, cliente du P’tit dressing

À quelques mètres, dans la même rue, Akim ouvre sa boutique Le p’tit dressing après quelques travaux d’embellissement. « On a tout refait, les murs, les sols… c’était prévu mais on a optimisé », informe-t-il. Le gérant est heureux mais garde une certaine appréhension. « On voit au minimum pour les stocks parce qu’on ne sait pas si on va être encore fermés… et puis on ne sait pas si les clients seront au rendez-vous ». Pour le bonheur d’Akim, Elise passe la porte pour essayer la paire de chaussures qu’elle avait repérée en vitrine il y a deux mois. Marina, quant à elle cherche une tenue pour son anniversaire vendredi. « J’aime bien essayer, parce qu’il y a de très belles choses qui ne me vont pas », révèle-t-elle.

Marina est docteure en pharmacie en dernière année d'études. Elle échange avec Édouard, infirmier de garde la nuit, qui est venu donner un coup de main à la boutique de son ami Akim. « En huit ans je n'ai jamais vu passer autant d'ordonnances pour des anti-dépresseurs. Les gens sont anxieux, ils aussi ont des troubles digestifs. Il est temps que la vie reprenne ! », confie-t-elle. Caroline, commerçante voisine passe la porte pour confier sa nervosité mêlée à son enthousiasme. « Cette nuit, j'ai dormi en pointillé ! », lâche-t-elle. Avec les copains du quartier, ils vont se retrouver en terrasse à la Crêperie Roland de l'autre côté de la rue « Chez Ingrid », sourit-elle.

Les gens fouillent, retrouvent des objets de leur enfance. Il y a une part de découverte et de rêve.

Martine, gérante de Jeux et stratégie

« Ce matin, pas besoin d’un coup de pied aux fesses pour me lever ! » plaisante Martine, gérante de Jeux et stratégie depuis trente-trois ans. Elle a aussi pratiqué le click and collect mais avec son millier de références, impossible de tout proposer en ligne. « Ici c’est une boutique où les gens veulent voir. » Écouter, toucher, se perdre dans son bazar organisé. « Les gens fouillent, retrouvent des objets de leur enfance. Il y a une part de découverte et de rêve », explique-t-elle.

« Le tracteur t’as vu ? Et les scooters ! Et les voitures de police ! » s’émerveille le petit Joseph. Marie-Christine sera mamie pour la seconde fois dans quelques jours. « C’est évident de venir en boutique pour ce genre de chose », déclare-t-elle. Françoise, elle, habite en centre-ville et fréquente la boutique régulièrement. « Je voulais un seau et une pelle pour mon petit-fils de vingt-deux mois, mais il faut trop mauvais temps ! », ironise-t-elle. Ce sera donc un tracteur en bois pour Léonard. « J’aime bien toucher, voir les couleurs », raconte une autre cliente prénommée Françoise, venue à pied de la rive gauche sous son parapluie. « Si j’attends qu’il ne pleuve plus, je ne suis pas prête de sortir », rit-elle. La Rouennaise a choisi une toise comme cadeau de baptême, emballé dans un papier multicolore. « Ça, vous ne l’avez pas sur internet », souligne Martine, la gérante. Un p’tit coup de gel hydro alcoolique et puis s’en va.

Alors que les notes de la chanson Somewhere over the rainbow s’échappent d’une boîte à musique, revoilà le facteur Sylvain, qui continue sa tournée, mimant une bise de loin, il salue Martine. « Ça y’est on est ouverts ! », crie-t-elle. Plus que des commerces qui rouvrent, c’est le quartier qui se réanime, qui reprend vie.

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