Reprise de l'école le 11 mai : le gouvernement avance... maires, enseignants, parents freinent le mouvement en Normandie

Annoncée à partir du 11 mai 2020 par le gouvernement, la rentrée dans les écoles maternelles et primaires s'annonce compliquée, pour les équipes pédagogiques, il "règne un sentiment de cacophonie ". Les écoles de Rouen ne rouvriront que la semaine du 25 mai.
 

Emmanuel Macron, ce mardi 5 mai 2020, en visite dans une école primaire de Poissy pour rassurer les maires sur la reprise de l'école.
Emmanuel Macron, ce mardi 5 mai 2020, en visite dans une école primaire de Poissy pour rassurer les maires sur la reprise de l'école. © IAN LANGSDON / POOL / AFP
Le 1er ministre l' a confirmé lundi 4 mai 2020,  lors son discours sur le déconfinement : une rentrée progressive à partir du 11 mai s'organise pour les élèves de maternelles et primaires. Sur le terrain, maires, directeurs et enseignants font leur possible pour s'organiser face à des parents parfois désorientés.


L'école en mode dégradé, ça ressemble à quoi ?

La reprise scolaire est organisée selon de nouvelles précautions sanitaires. Les équipes pédagogiques ont reçu des dizaines de pages de recommandations, des guides conseils et au final ce sont à eux de gérer un nouveau quotidien. En maternelles et primaires, les enseignants devraient disposer de deux masques par jour. Les élèves eux, n'en porteront pas, sauf éventuellement en primaire si les parents le demandent. Il y aura des marquages au sol, des tables bien séparées les unes des autres, aucune interaction entre les élèves .... de quoi bousculer l'image de l'enseignement.

Il n'y aura pas de jeux pendant les récrés, les enfants resteront vissés sur leur chaise, ce ne sont pas de bonnes conditions, j'ai peur qu'on les dégoûte de l'école. Ils n'auront droit à aucun matériel collectif, voilà ce à quoi on nous prépare - Une directrice d'école primaire de Seine-Maritime.

L'école Jules Ferry de Dieppe : sur les 14 élèves de CP, 2 seulement seraient volontaires pour revenir à partir du 18 mai.
L'école Jules Ferry de Dieppe : sur les 14 élèves de CP, 2 seulement seraient volontaires pour revenir à partir du 18 mai. © Stéphane L'Hôte / France Télévisions


40 maires de la métropole rouennaise demande le report de la reprise

Dans un premier courrier (le 27 avril) adressé au Préfet et à l'Inspection académique de Seine-Maritime, 40 maires de la métropole rouennaise, dont Yvon Robert pour Rouen, ont demandé un report du retour à l'école. Un second courrier est parti ce 4 mai.
En cause notamment, un problème de temps pour réorganiser à la fois l'enseignement en présentiel et en distanciel et le flou sur la responsabilité des maires et le choix des élèves à "prioriser".

De nombreuses questions demeurent donc et les garanties sont encore trop souvent insuffisantes pour rouvrir les écoles à la date initialement prévue. Ne pas imposer aux maires la responsabilité juridique, morale et politique de la réouverture des écoles, qui implique une décision du Préfet ...Prioriser clairement les enfants appelés à reprendre, en tenant compte du contexte familial, mais aussi des impératifs pédagogiques et sociaux - Lettre adressée au Préfet et au DASEN


A Rouen, une reprise à partir du 25 mai se confirme

Le maire de Rouen, Yvon Robert, a co-signé cette lettre demandant le report de la rentrée. La date du 25 mai pour une réouverture des écoles maternelles et primaires est confirmée. Au vu du nombre d'élèves, 7600, les 28 écoles maternelles et 26 primaires rouvriront donc plus tard pour assurer le nettoyage complet des locaux.

Dans une ville comme Rouen, ça ne s’organise pas du jour au lendemain avec des instructions tardives. Nous avons trouvé un accord pour ouvrir les écoles élémentaires dans la semaine du 25 mai. Deux jours pour les CP et CM2 et deux jours pour les CE&, CE2 et CM1 - Yvon Robert, Maire de Rouen.

"Il y aura uune rentrée, un retour à l'école avant les vacances d'été me parait essentiel ..."

Interview d'Yvon Robert, maire de Rouen
L'interview d'Yvon Robert, maire de Rouen sur France 3 Normandie, le 5 mai 2020


Des élus inquiets ... des enseignants aussi

Les équipes pédagogiques, enseignants et directeurs d'écoles, se retrouvent donc à gérer d'ici peu et à la fois : de l'enseignement à distance et en présence des élèves. Un casse-tête pour organiser la réouverture des classes en toute sécurité et prioriser les élèves à faire revenir en classe.

On a énormement de remontées, il y a une angoisse liée au contexte et qui nous renvoie à des responsabilités qui ne sont pas les nôtres, on est laissé seul décisionnaire de quelque chose qui nous dépasse. Les collègues nous appellent pour essayer d'apaiser leurs craintes - Pierre Viot, enseignant à Grand-Quevilly et représentant SNUIPP de Seine-Maritime.

 

Cathie, avec ses deux enfants : elle ne souhaitent pas les remettre avant septembre à l'école Jules Ferry de Dieppe. Obèse, elle craint pour sa santé et celle de ses petits.
Cathie, avec ses deux enfants : elle ne souhaitent pas les remettre avant septembre à l'école Jules Ferry de Dieppe. Obèse, elle craint pour sa santé et celle de ses petits. © Stéphane L'Hôte / France Télévisions


Et les parents, dans tout ça ?

Dans les écoles, au vu des précautions sanitaires à prendre, tous les élèves ne seront pas pris en charge comme avant. Il faut faire des groupes de 10 à 15 selon la taille des classes. Cette reprise est volontaire, les parents doivent accepter d'envoyer leurs enfants en classe. C'est ensuite une succession de mails échanges avec l'école pour savoir qui pourra ou non revenir.

Je pense que cette reprise est un peu bête, moi j'aurais préféré en septembre. Pour les enfants, ils ont parlé du syndrôme de Kawasaki, ça fait peur pour eux. En plus, moi je suis obèse mon fils aussi, on est à risques, la reprise n'est pas possible - Cathie Grevet, Mère de 2 enfants scolarisés à Dieppe.

Un gros casse-tête pour quels bénéfices ?

La réouverture des écoles est une priorité pour les enfants en difficulté, c'est le message du gouvernement, répété par le1er ministre dans son allocution sur le déconfinement.
"La fermeture des écoles est à l'évidence une catastrophe pour les plus vulnérables des enfants et des adolescents"


Les élèves prioritaires : ce sont les enfants d'enseignants, de soignants, ceux qui n'ont pas d'ordinateur, ceux qui sont en difficultés. Les professionnels sont plutôt partagés sur l'efficacité de ces mesures auprès du bon public.

Je suis en contact chaque semaine avec les parents pour les devoirs, ils m'ont tout de suite dit : on a  trop peur de remettre nos enfants à l'école. Le gouvernement dit que l'école reprend pour aider les élèves en difficultés, mais ils ne vont pas revenir ces élèves-là, leurs parents ont peur ! Isabelle Rioual - Prefesseur des écoles à Jules Ferry (Dieppe) et représentante SNUIPP/FSU


Les syndicats réclament le report ou au moins des dépistages systématiques

Le SNUIPP (Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC) de son côté demande toujours le report de la reprise scolaire au mois de septembre, comme le recommande les experts scientifiques. Le syndicat Force Ouvrière de l'Eure pose également ses conditions : le dépistage généralisé des enseignants et des élèves. Ce syndicat, dans une lettre adressée aux maires et au Préfet de l'Eure, réclame également le report de cette réouverture des écoles.

Le président de la région Normandie vient d’annoncer hier qu’il ne rouvrirait pas les lycées des académies de Rouen et de Caen avant les grandes vacances. Cette décision confirme que toute réouverture précipitée pourrait s’accompagner de graves conséquences pour la santé de la population. C’est la décision qui a été prise par nos voisins Anglais, Espagnols et Italiens notamment- FO 27, Union départementale des Syndicats de l'Eure.

Côté inspection académique qui accompagne les mairies pour cette reprise, des réunions sont toujours en cours pour affiner les dates de reprise dans les écoles.

 

L'interview d'Olivier Wambecke - Inspecteur Académique de Seine-Maritime
  • Les élèves volontaires sont-ils nombreux ?

Réponse ce soir !  Les écoles ont commencé à sonder les familles et c’est très variable en fonction des territoires. Par endroit, presque tous les enfants veulent revenir, dans d’autres, très peu sont volontaires, dans ce cas, j’ai demandé aux enseignants d’appeler les parents pour inciter à faire revenir les élèves en difficulté. Si les enfants fragiles ne reviennent qu’en septembre, c’est comme remettre les compteurs à zéro.
 
  • Les dates définitives sont-elles connues ? Notamment pour Rouen ?

Rouen nous a fait part de ses difficultés, c'est difficile de nettoyer les écoles en temps et en heure. On aurait peut-être pu nettoyer plus tôt les écoles en éducation prioritaire.
C’était acquis, il n’y avait pas nécessité d’écrire au préfet, on acceptait et comprenait ce report. On répond favorablement aux élus qui ont de grandes difficultés à reprendre le 12 mai. 
A Rouen, ça devrait être le 25 mai, peut-être même plus tard selon les niveaux.
C’est plus sécurisant de commencer progressivement et d’ajuster au fil de l’eau mais bon on entend les soucis des élus.
  • Quelles sont les plus importantes difficultés pour la réouverture ?
La préoccupation première des maires, c’est de garantir la sécurité de tous.  La difficulté parfois dans les petites communes c'est de pouvoir s’appuyer sur du personnel municipal, dans d'autres communes, les locaux sont peu adaptés. 
Je crois que toutes les difficultés on peut les lever si on fait preuve de pragmatisme et de souplesse. Certains ne voulaient pas rouvrir, en discutant, ils ont surtout besoin de plus de temps pour affiner.
Les choses doivent se faire progressivement, comme l’a rappelé le président, on peut commencer modestement le 12 mai, puis on intégre les CM2, les grandes sections …puis on monte en puissance. La plupart des maires sont responsables.
 
  • Quand est-ce que les parents auront une réponse sur la reprise des écoles en Seine-Maritime ?

C’est toute la difficulté, avec les incertitudes qui restent. Ce qui est certain : pour les écoles qui rouvrent le semaine prochaine, les parents le sauront le 7 mai au plus tard.

Dans les quartiers d’éducation pioritaire : les équipes sont très mobilisées pour le suivi des élèves à distance, les enseignants contactent très régulièrement ces enfants, il faut les inciter à revenir. Chaque enseignant les appelle pour les « convaincre ».
Je pense qu'il va se passer quelque chose, les élèves vont revenir, il y aura surement un effet d’entrainement, une reprise par petits groupes va montrer que l’organisation est jouable. Au bout d’une semaine ou deux, ça pourrait rassurer des familles.

On est tous ensemble confrontés à des défis inédits, c’est stimulant. Mes équipes le vivent comme un défi à relever.



 
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