Dyslexie : une lampe pour faciliter la lecture de personnes dyslexiques made in Rouen

Grâce aux travaux de deux chercheurs bretons, la startup rouennaise Lili for Life a mis au point une lampe qui facilite la lecture de personnes dyslexiques. D'après les premiers tests, elle serait efficace "pour plus de 80% des personnes dyslexiques" selon l'entreprise.

L’équipe de Lili for Life rentre tout juste du plus grand salon des technologies au monde, le CES Las Vegas, qui a eu lieu du 5 au 8 janvier 2023 aux Etats-Unis. Aux côtés de 169 autres entreprises françaises, elle y a présenté Lili, sa lampe innovante, qui facilite la lecture de personnes dyslexiques. Une innovation que l'on doit aux travaux de recherche de deux physiciens bretons.  

La startup, installée depuis un an dans les locaux du "Village by CA" à Rouen, en Seine-Maritime, était déjà présente à Las Vegas l'année dernière et avait remporté un prix de l'innovation pour sa lampe.  

"En France, Lili for Life est distribuée par Fnac Darty, Boulanger, et dans les boutiques Atol. C’était important pour nous de trouver d’autres distributeurs à l’international et on a eu de très bons contacts avec Walmart, CVS Pharmacy et des distributeurs anglais", explique Frédéric Granotier, cofondateur de Lili for life. Grâce au CES Las Vegas, la startup espère développer au moins trois partenariats à l'étranger. 

"Lili permet à plus de 80% des dyslexiques de lire avec plus de facilité"

Un vaste marché s’offre à elle. Dans le monde, 8 à 10% de la population mondiale serait dyslexique. D'après les travaux des chercheurs bretons, lorsqu'une personne dyslexique lit un texte, chacun de ses yeux voit le texte à la même milliseconde. Les images remontent donc au cerveau de façon concomitante, ce qui crée une superposition d’images dans le cerveau et donc une lecture floutée. Comme si les lettres dansaient sur le papier. 

Cette lampe vient donc corriger cela. D'après les premiers tests, "Lili permet à plus de 80% des personnes dyslexiques de lire avec beaucoup plus de facilité", assure Frédéric Granotier. 

"Cette lampe, par un effet stroboscopique, un scintillement lumineux, personnalisable en fonction de la dyslexie de chacun sur une application, vient recréer artificiellement un œil dominant", détaille le cofondateur de la startup. Grâce à cette technologie, "les images et les informations sur le texte arrivent au cerveau de façon séquentielle, ce qui permet de lire aisément, comme si la personne n’était pas dyslexique", précise-t-il. 

Les recherches ne font pas l'unanimité de la communauté scientifique

Albert Le Floch et Guy Ropars, les deux physiciens à l'origine de cette découverte sur les causes de la dyslexie ont reçu en 2020 le prix Raymonde Destreicher, décerné par l’Académie Nationale de Médecine, pour leurs travaux.

Mais ils ne font toutefois pas l'unanimité au sein de la communauté scientifique. En 2021, une note du Conseil scientifique de l'Education nationale (CSEN) était consacrée aux lampes et lunettes conçues pour les enfants dyslexiques. "Le consensus scientifique actuel est que, dans la majorité des cas, la dyslexie est liée à un déficit phonologique. La cause de la dyslexie est alors liée à un trouble de traitement du langage plutôt qu’à un trouble visuel", écrivent les membres du CSEN.

"L’étude de Le Floch et Ropars met en avant une hypothèse supplémentaire, ophtalmologique, dans cette catégorie. Actuellement, cette hypothèse ne peut pas être considérée comme validée d’un point de vue scientifique et elle a fait l’objet de nombreuses critiques", ajoutent-ils. 

À notre connaissance, seuls de très rares cas isolés de facilitation de la lecture par un éclairage stroboscopique ont été décrits dans la littérature scientifique.

Note du Conseil scientifique de l'Education nationale datant de 2021

"Concernant les lampes et les lunettes inspirées par cette hypothèse, elles n’ont pas fait l’objet d’études rigoureuses établissant leur efficacité. À notre connaissance, seuls de très rares cas isolés de facilitation de la lecture par un éclairage stroboscopique ont été décrits dans la littérature scientifique", précisent les membres du CSEN.

"Si des études ultérieures mettaient en évidence une efficacité pour certains enfants présentant un trouble rétinien, alors ces dispositifs devraient être proposés uniquement à ces enfants et non pas à tous les enfants dyslexiques. Ce qui implique que leur usage devrait être subordonné à un diagnostic précis du trouble", appuient-ils.

Possibilité de tester la lampe pendant 45 jours

En 2022, plusieurs milliers de lampes ont été vendues, à 359 euros l’unité. Face à ce prix élevé, afin d'encourager les acheteurs, la startup propose de tester la lampe pendant 45 jours.

"On les appelle avec l’orthophoniste de l’équipe pour voir si elle a un effet sur la fatigue, la rapidité de lecture, et la fluidité. Et si ça ne fonctionne pas, ils peuvent la renvoyer. Ça rassure notre clientèle", souligne Yoline Garnier, chargée de marketing et du développement commercial de Lili for Life. D’ici quelques mois, une lampe adaptée au travail sur ordinateur sera également commercialisée.