Le vélo oublié par la métropole de Rouen ? Inquiétude et réaction de l'association SABINE

Une rue de Rouen (archives) / © Photo : Laurent LAGNEAU / France 3 Normandie
Une rue de Rouen (archives) / © Photo : Laurent LAGNEAU / France 3 Normandie

L'association qui défend notamment les déplacements quotidiens à bicyclette, milite pour que les nouvelles mobilités en chantier n'oublient pas la place qui, selon elle, doit revenir au vélo. La région de Normandie est aussi interpellée au sujet de ses nouveaux trains  
 

Par Richard Plumet

Frédéric Sanchez, président de la Métropole Rouen Normandie, lors de la présentation à Rouen, en septembre 2018, d'un bus à étage avait précisé sa vision de la mobilité de demain et de la nécessaire réduction de la place accordée à la voiture :

Moi,  je ne suis pas pour les mesures coercitives. Dans d'autres pays des mesures sont prises de réduction du trafic automobile. Ce sont des mesures autoritaires, soit par le prix (en taxant les voitures) soit carrément par des interdictions réglementaires !
 Nous on est à Rouen, dans la métropole rouennaise, on est pour un pays… en tout cas moi je suis pour un pays de liberté.  Simplement, il faut offrir le choix dans des conditions équilibrées. C'est vrai que nos villes ont été construites un peu trop pour la voiture. Aujourd'hui il faut équilibrer tout cela : le piéton, le vélo, la place du transport en commun. Tout en veillant que ceux dont c'est le métier puissent livrer facilement en centre-ville. Et puis bien sûr, faire une place satisfaisante à la voiture individuelle. Il faut que nos habitants aient un choix et un choix positif. Et donc le transport en commun ça doit pouvoir aussi relever du choix positif.

 
VIDEO : Frédéric Sanchez, la mobilité de demain et la place de la voiture
 

Mobilité et vélo

Trois mois plus tard, fin décembre 2018, Frédéric Sanchez accordait une longue interview à Simon Louvet et Fabien Massin, nos deux confrères de 76 Actu, dont beaucoup de questions portaient sur la mobilité à Rouen.

Et concernant la place du vélo dans les déplacements quotidiens, le président de la Métropole rouennaise a tenu des propos qui n'ont pas fait plaisir aux militants associatifs qui défendent la bicyclette comme les membres de l'association SABINE (Société Amicale pour la Bicyclette en Normandie et dans la Métropole de Rouen) :
 

J’ai un message pour mes partenaires spécialisés dans le vélo :
j’aimerais qu’ils portent plus souvent un message positif. On travaille beaucoup avec les associations spécialisées et elles ont raison d’être exigeantes avec les pouvoirs publics et de nous demander d’être plus résolu, elles sont là pour ça. Mais elles devraient aussi nous dire pourquoi c’est bien de prendre le vélo, pourquoi c’est agréable, économique, efficace. Et la réalité de la dangerosité : les statistiques ne font pas apparaître, à Rouen comme ailleurs, de dangerosité particulière. Je sais bien que plus il y aura de cyclistes, plus il y aura d’accident les impliquant, mais on n’est pas dans quelque chose de dangereux. Et je trouve que les associations doivent, vis-à-vis du grand public, porter un message plus positif.
Il y a trop de messages, à Rouen, très négatifs. Si on les écoutait, on arrêterait de faire du vélo !


SABINE répond à Frédéric Sanchez

Une fois les fêtes de fin d'années  passées, c'est le 23 janvier, en pleine période des vœux pour 2019, que lors d'une conférence de presse, l'association SABINE a souhaité répondre à M. Sanchez et interpeller les services de la Métropole rouennaise, mais aussi Hervé Morin et la région de Normandie. 

Selon Guillaume Grima, qui affirme que "le vélo est une révolution urbaine qu'il faut pousser", il y a un problème de méthode dans les relations entre l'association Sabine et la Métropole Rouen Normandie.

Déplorant le manque de concertation et le manque de prise en compte de l'expertise et de la compétence de SABINE sur les moyens de développer la pratique du vélo dans l'agglo rouennaise, l'association a rédigé un projet de convention. Une sorte de charte destinée, comme dans d'autres grandes villes françaises telles que Lille, Bordeaux ou Limoges, à définir les relations et les modalités de dialogue entre l'association et la communauté de communes.
 

SABINE ne demande pas d'argent. On demande à avoir les documents [des projets d'équipements] en amont, on demande de pouvoir dialoguer et de donner des conseils pour organiser des solutions d'aménagements. Face à un enlisement des politiques cyclables de la Métropole, on veut éviter le complet déraillement.


Dans l'entretien avec la presse les membres du bureau de l'association SABINE ont énuméré les points qui, selon eux, posent problème. Et la liste est longue.

Citons pêle-mêle la pérennité de la prime à l'achat d'un vélo, la réintroduction de la voiture dans certains espaces publics, le manque d'informations sur la suite de l'installation de garages à vélos couverts et payants,  l'arrêt du service de location de vélos électriques,  le manque de bus où l'on peut monter avec son vélo, des relations (encore)  tendues entre chauffeurs de bus et cyclistes, le manque de pistes cyclables à Petit et Grand-Quevilly., le manque d'entretien des aménagements existants...
 

Les surprises de la voie T4

Le sujet qui fâche le plus les responsables de SABINE étant les travaux actuellement en cours de la nouvelle voie de bus Nord-Sud T4.

Selon eux, les pistes cyclables prévues sur les plans et sur les documents officiels tout au long du parcours ont disparu. "Des surprises, on en découvre tous les jours"  explique Catherine Dupray qui en allant voir les premières réalisations de la T4 sur la rive gauche constate que :

Le plan a changé et que la piste cyclable n'est plus isolée, mais en bordure de la chaussée des voitures. Quant à la rive droite (notamment dans la montée du boulevard des Belges) on a découvert qu'aucune piste cyclable ne sera aménagée le long de la T4. On estime donc que ce projet de voie réservée qui, au départ, était globalement satisfaisant, est en train de devenir un projet qui n'est plus adapté à la pratique du vélo et de la sécurisation.
La Métropole annonce  et, au final, ne fait pas…

 
 

Hervé Morin et les trains normands

Autre cible de l'association SABINE en ce début d'année 2019 : le président de la région Normandie. Hervé  Morin, qui, en décidant  la commande de nouveaux trains entre la Normandie et Paris aurait tout bonnement zappé la question des vélos à bord des nouvelles rames actuellement en construction.

Selon les défenseurs rouennais de la bicyclette, il n'y aurait que 6 places de vélos pour 1000 voyageurs. Un nombre jugé très insuffisant pour tous ceux qui entre Le Havre, Rouen et Paris emmènent avec eux un vélo pour se rendre sur leur lieu de  travail.

 

Une action en février

Les préconisations européennes étant, rappelle Guillaume Grima, de minimum 8 places pour 1000 voyageurs. SABINE  ayant même trouvé des régions françaises qui ont équipé leurs trains de 34 à 32 places de vélos pour 1000 voyageurs.

Pour interpeller Hervé Morin, une action commune à plusieurs associations normandes sera organisée le samedi 23 février 2019 afin de déposer une pétition réclamant plus de "crochets à vélo" dans les nouveaux trains normands.  
 

 

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