Les sous-traitants aéronautiques durement touchés par la crise du Coronavirus

En Béarn les sous-traitants de l'aéronautique sont très inquiets. Beaucoup dépendent des commandes d'Airbus. 15000 personnes travaillent sur le bassin de l'Adour. Pour certains la chute du carnet de commande est de l'ordre de 50%.
 

Chez Ventana, le sous-traitant béarnais, les ateliers sont clairsemés. Touché par la crise de la filière aéronautique, la société a eu recours massivement au chômage partiel.
Chez Ventana, le sous-traitant béarnais, les ateliers sont clairsemés. Touché par la crise de la filière aéronautique, la société a eu recours massivement au chômage partiel. © Eric Poussard / FTV


Chez Ventana, qui fabrique des éléments métalliques complexes pour l'industrie, et notamment Airbus, le coup est très rude. Le constructeur européen est un client majeur pour le sous-traitant qui emploie près de 300 personnes sur 3 sites en Béarn. L'activité partielle atteint les 50% depuis quelques semaines.
Pour le Vice-président Gérard Russo, le manque de visibilité est terrible pour le secteur. Ventana est certes solide financièrement, avec 40 millions de chifre d'affaire en 2019, mais cette crise laissera des traces profondes.

Aujourd'hui, c'est un choc extrême. Une chute du carnet de commande de l'ordre de 40 ou 50% pour 2020. Et on n'a pas encore toutes les annulations... C'est un choc d'une ampleur inédite. La partie hélicoptère limite la casse avec une baisse attendue de 15% mais ça ne compensera pas toutes les autres pertes. Airbus est équipé de moteurs de chez Safran, qui travaille lui-même avec Thalès, etc... C'est toute la chaîne d'approvissionnement qui est anéantie, et les sous-traitants sont impactés très fortement.
Gérard Russo, Vice-président groupe Ventana

Activité partielle à 50% chez Ventana
Activité partielle à 50% chez Ventana © Eric Poussard / FTV

Aucune visibilité pour les entreprises

Même inquiétude de l'autre côté de l'agglomération paloise, à Serres-Castet près de l'aéroport. Une zone où pullulent les sous-traitants aéronautiques, comme Aquitaine Electronique qui livre des systèmes embarqués pour l'aviation civile, pour le militaire et pour d'autres secteurs également. Une diversification qui soulage un peu son président, Christian Houel. Elle permet d'amortir le choc de la crise aéronautique qui s'annonce inédite dans ces activités.

C’est une crise majeure, anxiogène et totalement imprévisible pour ses conséquences. On n'a jamais vécu cette situation. Et on n'a pas encore eu toutes les mauvaises nouvelles… Notre chance c’est d’être assez diversifiés. Mais, bien entendu, l’aéronautique civile est très importante… On a déjà des annulations, des décalages pour les années 2021, 2022 et même 2023 ! C’est du chiffre d'affaire que l’on décale dans le meilleur des cas ou que l'on annule tout simplement. Au moins 15% en moins pour 2020 sur un chiffre d'affaire de 15 millions d’euros… Il faudra aussi réorganiser nos entreprises. C’est un flou total car les grands clients comme airbus attendent eux aussi les décisions des compagnies aériennes.. On s’attend à des annulations de commandes d’avions et après ce sera la cascade…Ca va durer au moins deux années comme ça...
Christian Houel, Président d'Aquitaine Electronique

Le président d'Aquitaine Electronique est inquiet pour l'avenir.
Le président d'Aquitaine Electronique est inquiet pour l'avenir. © Eric Poussard / FTV

 

Les entreprises ont beaucoup investi ces dernières années

L'Union des Industriels et Métiers de la Métallurgie (UIMM) est en première ligne pour faire face à la crise actuelle. Elle est en train de recenser les sous-traitants les plus durement touchés, les plus dépendants des commandes d'Airbus en priorité. L'un des objectifs est de mutualiser des moyens pour limiter les coûts au maximum (commercial, comptabilité, gestion....). Mais la période qui s'ouvre s'annonce particulièrement délicate pour la filière. Pas de retour à un niveau d'activité pré-Covid attendu avant 2023. Certaines entreprises, qui avaient beaucoup investi pour suivre la cadence d'Airbus, pourraient être très fragilisées.

Airbus prevoyait des montées en cadence à 65, voir 70 avions par mois. On était dans une période d'investissements soutenus, mais aussi dans une configuration de compétitivité où les prix subissaient une grosse pression. Avec des résultats et des marges contraints. Une conjonction de facteurs qui font entrer aujourd'hui des PME avec un bel avenir dans des difficultés financières. Nous avons un rude moment à passer, tous les murs des maisons sont tombés, il nous faut reconstruire. Mais il y aura de la casse.
Thierry Haure-Mirande, Président UIMM Adour-Atlantique

Thierry Haure-Mirande, pdt de l'IUMM Adour-Atlantique
Thierry Haure-Mirande, pdt de l'IUMM Adour-Atlantique © Elixabete Gonzalez Larburu / FTV

Le président de l'UIMM Adour-Atlantique veut, malgré tout, rester confiant. Il estime que 80% des entreprises du secteur passeront ce cap difficile, car elles sont solides financièrement. La vraie incertitude concerne les conséquences sur l'emploi. L'activité partielle largement répandue aujourd'hui ne pouvant durer indéfiniment. Les prochaines semaines et l'évolution des carnets de commande vont tout déterminer.

La filière aéronautique en Béarn
120 entreprises en Béarn pour un nombre d'emplois estimé à plus de 7000, dont la moitié pour le groupe SAFRAN

Avec le secteur des sous-traitants ce sont environ 15 000 emplois qui sont concernés sur le bassin de l'adour. Les activités productives (structures, moteurs, systèmes d'atterrissages) et de services à la production (fabrication de machines, systèmes robotiques) sont les plus représentées, principalement pour l'aviation civile et les hélicoptères.
Le tissu économique local se caractérise en particulier par un important savoir-faire sur la mécanique de précision, la métallurgie, les matériaux innovants ou encore l'électronique.
Au niveau organisationnel : UIMM Adour-Atlantique, pôle de compétitivité Aerospace Valley, dont une antenne est à Pau, qui fédère 800 membres dont 500 PME sur les régions Nouvelle-Aquitaine et Occitanie.

La métallurgie couvre un large spectre d’entreprises allant de l’aéronautique à l’automobile. Sur le bassin de l’Adour cette filière représente 782 entreprises pour plus de 19 724 salariés (soit 53% des emplois industriels). Nous retrouvons essentiellement des entreprises de taille intermédiaire et PME de moins de 50 salariés.
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