Après la crise sanitaire et les confinements successifs, quel bilan pour les tiers-lieux du Limousin ?

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Écrit par Guillaume Ptak
La crise sanitaire a mis à mal la santé économique de nombreux tiers-lieu, mais a également poussé ces structures à innover.
La crise sanitaire a mis à mal la santé économique de nombreux tiers-lieu, mais a également poussé ces structures à innover. © Pixabay

Le récent rapport de l'association France Tiers-Lieux dresse un constat optimiste de la situation des tiers-lieux dans le pays. Mis à l'épreuve par la crise sanitaire, beaucoup ont néanmoins su s'adapter et proposer des solutions innovantes. Tour d'horizon des espaces collaboratifs dans la région.

Après la pluie, le beau temps ? Dans sa récente synthèse annuelle, l'association France Tiers-Lieux dresse un bilan résolument positif et optimiste de ces espaces collaboratifs, parfois mis en difficulté par la crise sanitaire et les confinements successifs :

"Le rapport de France Tiers-Lieux "Nos Territoires en Action" intervient dans un moment particulier, alors que la France traverse une crise sanitaire, sociale, économique d’ampleur inédite, peut-on lire dans le rapport. Les tiers-lieux ont permis de faire émerger des réponses concrètes pour faire face à la pandémie et à ses conséquences."

En effet, si la crise a représenté un manque à gagner pour ces espaces, elle a également poussé tant les gérants que les usagers à innover, en tirant parti des outils numériques mis à leur disposition. 

"La Radio Pays de Guéret, qui utilise nos locaux, a par exemple organisé un concert diffusé en ligne, en partenariat avec une web-tv locale", explique ainsi Baptiste Ridoux, coordinateur de la Quincaillerie, un tiers-lieu numérique à Guéret.

Cet espace, qui propose un accès public à internet, des ateliers d'initiation aux nouvelles technologies, un FabLab, et un espace de coworking a pu maintenir plusieurs de ses activités, notamment ses ateliers de médiation numérique, reconnus d'intérêt publique.

"Nous avons pu continuer d'accueillir des professionnels, le lieu a donc plutôt bien vécu malgré les confinements successifs, poursuit Baptiste Ridoux. Par la suite, nous avons organisé des événements en extérieur, notamment pour la fête de la Musique."

Certaines de ces innovations se sont d'ailleurs pérennisées.

Une leçon de résilience

"Notre salle de spectacle, avec une jauge initiale de 90, s'est transformée en salle de séminaires de 25 places pour plusieurs grandes structures locales, poursuit Baptiste Ridoux. Et lorsque les restrictions ont été levées, plusieurs de ces structures ont continué d'utiliser l'espace."

Pour d'autres tiers-lieux, une compensation s'est opérée entre les différentes activités, leur permettant de traverser la crise sans trop d'encombres.

C'est le cas du Temps de Vivre, un tiers-lieu hybride à Aix-sur-Vienne, en Haute-Vienne, proposant un café-librairie, un espace de travail partagé et un pôle ressource dédié à l'économie sociale et solidaire.

"La librairie nous a permis de compenser la perte d'activité, explique Claire Jacquemin, gérante et coopératrice du lieu. Les gens ont retrouvé le temps de lire, et ont fait le choix de soutenir les petites structures locales."

De même, au lendemain des bouleversements économiques liés à la crise sanitaire, nombre de personnes en reconversion professionnelle sollicitent le pôle ressource du lieu : "Nous avons en moyenne deux à trois rendez-vous par semaine en ce moment, estime Claire Jacquemin. Il y a clairement une augmentation depuis un an."

Pour Karine Machat, co-fondatrice du tiers-lieu le 400 à Brive et animatrice au sein du Réseau coopérative des tiers-lieux, ces espaces de travail partagés ont incontestablement bénéficié de la démocratisation du télé-travail : « Bien que nous ayons été fermés lors du premier confinement, la crise sanitaire a clairement eu un effet positif sur la fréquentation. Des gens qui venaient auparavant de façon sporadique ont commencé à venir régulièrement, pour trouver un calme et des conditions de travail dont ils ne bénéficiaient pas forcément chez eux. »

La plus-value des tiers-lieux et de leur proximité est double : la généralisation du travail en visio-conférence assure une meilleure qualité de vie aux employés, et réduit l'impact écologique lié à leur déplacements.

Enfin, la flexibilité proposée par des espaces comme le 400 leur ont également permis de s'imposer auprès des travailleurs.  « Un couple d'usagers du 400, qui travaillent principalement avec l'étranger, organisaient des réunions en visio-conférence la nuit, explique Karine Machat. Nous proposons des horaires très flexibles à nos abonnés. »

150 000 usagers quotidiens en France

Concept difficile à définir, ne reposant pas sur un modèle unique, les tiers-lieux partagent cependant un certain nombre de caractéristiques communes : issus d’une volonté d’entreprendre localement autour de l’entraide et d’une mutualisation entre pairs, ce sont des lieux hybrides, sorte d'espaces de travail partagés et collaboratifs où tout un chacun peut venir travailler à distance, créer, entreprendre et produire.

Selon le rapport de France Tiers-Lieux, le nombre de ces espaces collaboratifs en France atteindrait plus de 2500 en 2021. "Nous pouvons affirmer avec certitude qu’ils seront entre 3000 et 3500 fin 2022", estime Patrick Levy-Waitz, président de l'association. 

La Nouvelle-Aquitaine en compte 337, 82 en métropole et 255 en-dehors. Selon France Tiers-Lieux, près de 150 000 personnes viendraient y travailler quotidiennement.

"Longtemps méconnus, parfois négligés, les tiers-lieux apparaissent désormais comme incontournables dans nos territoires, estime Patrick Levy-Waitz. Tant par leur nombre, qui ne cesse d’augmenter, que par leurs actions au carrefour des transitions numériques, écologiques, économiques et sociales."

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