Bordeaux : évacuation de squats près de la Base sous-marine.

La police est allée ce mardi matin veiller à ce que les occupants d'un squat près de la Base sous-marine quittent les lieux. Tolérés jusqu'à maintenant, les Roms doivent libérer les friches. Dans le même temps, le squat de l'avenue Thiers était l'objet d'expulsions.

Rue des Etrangers, aux abords de la base sous-marine, l'ensemble des occupants avaient été prévenus depuis quelques jours. Une décision de justice avait autorisé l'expulsion de tous les occupants, ceci à la demande d'un promoteur immobilier, il est temps de mettre en chantier sur cette emprise la réalisation de logements sociaux. Avenue Thiers, l'objectif était identique, la zone autour du squat le plus ancien de Bordeaux doit voir naître des projets immobiliers. Alors il fallait faire place nette.

Regardez le reportage de Bernard Tavitian et Sylvie Tusc-Mounet.

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©INA

Rue des Etrangers, 150 occupants hier, 100 expulsés aujourd'hui. 

Certains n'avaient sûrement pas envie de se voir pris en charge par les forces de police, ils ont quitté les lieux avant l'arrivée de forces de l'ordre en nombre. Une centaine attendait patiemment ce matin l'ordre d'évacuer, les balluchons étaient remplis des affaires les plus précieuses, tout ce qui a permis de vivre dans ce squat, sous un abri précaire d'un toit en tôle bleue d'une ancienne usine est abandonné, voué à la destruction de ce havre sous les coups de pelleteuses où vécurent pendant presque un an des individus.


Ceux qui sont restés à attendre connaissaient la suite de la procédure, bien qu'européen, appartenant à un pays de la Communauté Européenne, ils n'ont pas les mêmes droits que leurs concitoyens. Leur séjour est limité à trois mois à compter de leur entrée sur le territoire, comme si trois mois était la durée limite supportable pour la société française, en tout cas pour les institutions de l'Etat. Alors parmi la centaine de personnes cernée par les forces de police, les autorités ont procédé au contrôle des situations des uns et des autres. Quatre-vingt sept sont d'ores et déjà explusables du territoire français, ils vont prendre place à bord d'un avion pour un retour sans dédommagement vers la Bulgarie. Ils retourneront dans leur ville d'origine, Pazardjik.

Là, dans leur quartier réservé à la communauté Rom, "la marala", ils vont raconter à ceux qui sont restés là comment la vie est belle en France, comment les gens sont gentils avec eux, même les policiers, qui ne sortent pas la matraque avant d'avoir posé une question comme cela se fait en Bulgarie, comment les français sont généreux, ils avaient le droit d'aller recevoir des victuailles aux Restos du Coeur, comment les instituteurs apprenaient bien à leurs enfants à parler français. "La marala" de Pazardjik va profiter du retour de ses expatriés. Les quelques euros qu'ils ont thésaurisé en France vont servir à faire progresser les travaux de construction de leurs maisons dans le quartier tsigane. Plus tard, ils repartiront vers la France, où un autre pays, à l'étranger c'est toujours mieux qu'en Bulgarie. Dans "la marala", chacun vit avec un euro par jour, ailleurs c'est le jack-pot rien qu'en tendant la main devant les passants...

Avenue Thiers, 250 personnes, 40 expulsées

Depuis trois ans, ce squat officialisé par l'intervention de deux médiateurs travaillant pour la mairie de Bordeaux, 250 personnes vivent sur cet espace avec plus ou moins de bonheur pour les riverains. Aujourd'hui, l'expulsion était sélective, les médiateurs ont repéré les personnes en voie d'intégration, au comportement serein dans notre société, celles-ci n'étaient pas concernées par l'opération de ce matin. Dans les mois à venir, avant le mois de septembre, ils vont prendre possession de logements et s'installer avec quiétude dans notre société. Les autres, délinquants affirmés par les médiateurs et la police, d'autres asociaux sans intention de s'installer en France étaient visés par les expulsions. Ils vont rejoindre le groupe qui prendra l'avion cet après-midi, avion du retour vers la Bulgarie.

Pourtant la trêve hivernale prend fin le 31 mars, d'ici cette date aucune expulsion n'est autorisée.

Et pourtant une centaine d'individus ont été chassé de leur logement, même s'il était précaire, profitant de l'opération, les autorités ont contrôlé la validité du séjour des squatteurs. Une centaine va prendre l'avion sous couvert d'une décision de justice demandant l'expulsion. On peut s'interroger sur l'exécution de cette décision. Parce que peu enclin à faire appel à la justice, ils ont accepté leur sort sans chercher les moyens légaux de défense, ils ne sont pas français mais ils appartiennent à la Communauté Européenne, à défaut de revendiquer une mesure du droit français, ils auraient pu faire appel aux principes de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. L'Europe, aprés les événements d'expulsions en nombre de citoyens roms d'origine bulgare et roumaine, en 2010, après les propos critiques de Madame la Commissaire européenne, Viviane Redding, à l'encontre du gouvernement français, la France avait ensuite décidé de participer au programme Romed. Ce programme a pour volonté de former des médiateurs Roms, des individus issus de la communauté ou des experts sur ces populations, afin de prendre la parole pour les Roms au nom des principes fondateurs de la Commission Européenne et du Conseil de l'Europe. Dix-sept pays ont adhéré à ces formations de médiateurs Roms dans le cadre d'un plan de formation pluri-annuel. Tout ceci pour veiller au respect des droits élémentaires de la plus grande minorité trans-nationale européenne, les Roms, ils sont en Europe entre 10 et 12 millions d'individus... Il manquait autour de cette opération d'expulsions, de l'humanisme, et des médiateurs Roms... Il faut prendre en compte une donnée que personne ne semble avoir perçu, les pays satellites de l'Ex Union soviétique se sont débarrassés de l'étreinte du système, les roms ont perdu leurs repères, eux qui dans les discussions des anciens entendaient des histoires de voyage à travers l'Europe d'avant la Seconde Guerre Mondiale. Maintenant que leurs pays ne veulent plus d'eux, ils renouent avec la tradition, ils reprennent le voyage sur les chemins de l'Europe, avec pour seul but : trouver le moyen de vivre.
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