Drame de Nantes : un "solitaire" qui ne semblait ni déséquilibré ni à la dérive

L'automobiliste de 37 ans qui a foncé lundi soir dans la foule sur un marché de Noël à Nantes vivait "en vase clos" dans un petit village de Charente-Maritime, à Berneuil. Même s'il souffrait d'alcoolisme, il ne semblait pas particulièrement déséquilibré ou à la dérive.

© Marion Mercier (FranceTV

C'est une personne qui vivait seule, mais de là à dire que c'était un marginal... Il ne vivait pas dans un endroit isolé, il avait quand même des contacts avec les voisins."
Joël Reignier, maire de Berneuil, village de 1.100 habitants à une quinzaine de kilomètres de Saintes dont la population mêle ruraux et néo-ruraux.



Les journalistes attendent les déclarations du maire de Berneuil (17) dans son bureau.
Les journalistes attendent les déclarations du maire de Berneuil (17) dans son bureau. © Marion Mercier (FranceTV)

Sébastien Sarron avait "acheté une maison avec un terrain dans la commune, une ancienne ferme, il y a cinq ou six ans", précise le maire. "Je ne sais pas d'où il venait". Il vivait seul avec son berger allemand, dans cette vieille maison charentaise retapée en bordure d'une route départementale, derrière un portail rouillé fermé par un épais antivol de moto.

Gendarmes et policiers étaient mardi après-midi en train de perquisitionner le domicile du suspect. "Ce qu'on sait de lui en fin de compte, c'est très peu de choses. C'est le genre de personne qui ne demande rien, qui ne va pas vers les autres, donc les autres ne vont pas vers lui", résume le maire.
Depuis le drame, "il y a eu quelques appels téléphoniques d'habitants de la commune, qui demandent qui est ce gars, où il habitait, ce qui montre bien que la population ne le connaissait pas", ajoute M. Reignier.

Début de la perquisition au domicile de Sébastien Sarron ce mardi.
Début de la perquisition au domicile de Sébastien Sarron ce mardi. © Marion Mercier (FranceTV)

Le Parquet de Saintes a indiqué qu'il avait été impliqué dans une affaire de vol et recel à Béziers (Hérault) en 2006, avant son arrivée à Berneuil. Mais le suspect n'était pas connu pour des antécédents psychiatriques qui permettraient d'expliquer son geste. Il n'a jamais sollicité les services sociaux et se débrouillait seul, selon le maire de la commune.

Palmiers brûlés 

"On est très surpris, c'est un vrai mystère ! Depuis six ans qu'il était là, on n'avait pas de problème particulier avec lui, pas d'embrouille, comme on dit", raconte son voisin, Gérard Monet, 69 ans. "On avait eu affaire avec lui il y a quelques années, pour réparer un mur mitoyen. Ça s'était très bien passé", se souvient-il, évoquant un voisin très discret, voir effacé, qui ne recevait jamais de visite. "On ne se parlait pas beaucoup, c'était bonjour-bonsoir. On sent que c'est quelqu'un qui vivait en vase clos, très renfermé", relève ce voisin.

Selon une source proche du dossier, le suspect de Nantes était en proie à des "problèmes d'alcoolisme nécessitant un suivi psychologique". Sans se prononcer sur le sujet, son voisin estime que "ce devait être une personne qui avait un problème. Il était sous curatelle". L'épouse de M. Monet, elle, se souvient de son "très joli jardin". "Il m'avait fait visiter son jardin il y a quelques années. Il en était fier, il m'avait expliqué qu'il travaillait dans le paysagisme." Selon les gendarmes, l'homme pourrait avoir récemment perdu son emploi de pépiniériste. Aujourd'hui, le long jardin au parterre de plantes et d'arbustes d'essences diverses paraît délaissé, avec deux palmiers abattus, couchés à terre et en partie brûlés.

Signe d'un soudain changement psychologique ?

Au début du mois de décembre, "il avait fait brûler plein de choses, c'était curieux. Il devait aussi y avoir du caoutchouc, ou des pneus, car ça faisait une fumée noire, épaisse, on en avait partout sur la terrasse", raconte encore son voisin Gérard Monet. Des feux intempestifs qui avaient dérangé le voisinage au point qu'il en appelle au maire. "Autour du 12 décembre, j'avais demandé au policier intercommunal d'aller le voir, mais le gars ne lui avait pas laissé accès à sa propriété", se souvient Joël Reignier.

"Deux jours plus tard, ça a repris; là j'ai demandé aux gendarmes d'aller le voir, et depuis ça a cessé", conclut le maire. Qui n'a plus entendu parler de son administré jusqu'à un appel téléphonique des gendarmes lundi soir.

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