Chlorothalonil. Élus et syndicat de l'eau partent en croisade contre les produits phytosanitaires et fustigent "l'inaction de l'État"

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Avec une motion adoptée par le syndicat Eau 17, et une autre proposée au vote vendredi 15 décembre au conseil départemental, la mobilisation s'intensifie pour lutter contre les résidus de pesticides et autres produits phytosanitaires dans l'eau potable. ©France télévisions

Cette semaine, le syndicat Eau 17 et le département de la Charente-Maritime signent deux motions pour alerter l'État sur la qualité de l'eau potable et sa contamination aux métabolites de chlorothalonil, un puissant fongicide interdit en 2020. Ils espèrent faire interdire l'usage de produits phytosanitaires aux abords des points de captage d'eau potable.

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Faut-il s'inquiéter de la qualité de l'eau qui s'écoule de nos robinets ? En 2023, les alertes se sont succédé en Poitou-Charentes, principalement dans la Vienne et la Charente-Maritime. 

Cette semaine, les membres du syndicat Eau 17 ont approuvé à l'unanimité une motion pour dénoncer la présence trop importante de métabolites de chlorothalonil dans ses points de captation d'eau. Le gestionnaire public, qui alimente 392 000 habitants permanents en Charente-Maritime, demande une meilleure réglementation des usages de produits phytosanitaires dans ces zones. Vendredi 15 décembre, le conseil départemental de la Charente-Maritime pourrait lui emboîter le pas en mettant au vote une motion similaire.

Les motions fustigent l'inaction de l'État pour évaluer la dangerosité de ces produits chimiques. Ses signataires demandent de meilleurs contrôles des usages de produits phytosanitaires dans l'agriculture et des sanctions dissuasives pour les contrevenants. Ils estiment également que ni les fournisseurs d'eau, ni les citoyens ne doivent payer la facture (qui s'annonce salée) pour éliminer les traces de ces produits dans l'eau. En effet, Françoise de Roffignac, vice-présidente du département, en charge de la politique de l'eau et de l'environnement, considère que ces traitements vont, à terme, coûter 500 millions à un milliard d'euros, soit entre 10 et 20 euros par Français.

Un traitement difficile et coûteux

Chaque jour, 60 000 mètres cubes d’eau potable sont traités grâce à du charbon, à Saint-Hippolyte (Charente-Maritime). La méthode fait ses preuves : les molécules de pesticides s'accrochent aux grains de charbon et l'eau peut décanter. Le procédé est toutefois peu efficace pour le chlorothalonil. Ce fongicide, classé cancérogène supposé, est interdit depuis 2020. En juillet dernier, des analyses révélant des taux alarmants de ce produit dans l'eau ont entraîné la fermeture de points de captage dans la plaine d'Aunis.

"On est en train de tester de nouveaux dosages en fonction de la qualité de l'eau, en fonction de la nature du charbon, pour essayer de redescendre sous la valeur de référence de 0,1 µg/L", explique Denis Minot, directeur général Eau 17.

Ces solutions sont coûteuses pour le syndicat, comme pour le consommateur. Dans sa motion signée par 460 communes, Eau 17 réclame donc l’interdiction de tous les produits phytosanitaires autour des aires de captage : "On veut vraiment une action à l'échelle de toute la zone de convergence de l'eau vers notre point de prélèvement. On comprend bien que si une nappe est polluée par des micropolluants de surface, l'ensemble de la nappe va être contaminé", se désole Denis Minot.

Favorables à un réel principe de précaution, les signataires de la motion espèrent une prise de conscience de la part des pouvoirs publics. Ils encouragent une vraie accélération de la transition vers une agriculture bio ou une agroécologie "économiquement viable pour les agriculteurs". "Si on arrive à réduire les polluants sur ce point de prélèvement, on pourra faire une reconquête de la qualité de l'eau pour les générations futures", insiste le directeur général d'Eau 17.

Une communication claire et des décisions fermes

Avec les récentes pluies, les pesticides s’infiltrent dans les sols et de nouvelles analyses doivent bientôt être effectuées. Le Département rejoint la démarche du syndicat Eau 17, car il attend des réponses pour tout son territoire. "On veut que l'État nous dise si c'est dangereux ou pas, où est-ce qu'il faut mettre la norme ?", s'interroge Françoise de Roffignac. "On a à la fois des informations qui nous disent 'Soyez vigilants' et puis des textes de l'État qui nous disent 'On ne sait pas en fait si c'est vraiment important ou pas', on a besoin de se situer entre les deux."

Au-delà des inquiétudes cristallisées cette année autour du Chlorothalonil, le département rejoint aussi Eau 17 sur la volonté de remettre la qualité de l'eau au centre du débat. "C'est une molécule en particulier aujourd'hui mais demain, ça risque d'être sur d'autres molécules qui sont à la fois d'origine agricole, mais d'origine industrielle ou de nos origines à nous en tant que particuliers." 

Contactée, la préfecture n’a pas donné suite à nos demandes.