Le coup de gueule du président d'Eaux de Vienne face à la pollution au chlorothalonil dans l'eau du robinet

À l'occasion d'une conférence de presse de rentrée, le président du syndicat Eaux de Vienne, Rémy Coopman, s'inquiète de n'avoir aucune "solution satisfaisante et économiquement viable" pour traiter la pollution aux métabolites de chlorothalonil, des résidus d'un fongicide autorisé dans l'agriculture jusqu'en 2020. Sur les deux tiers du territoire, le seuil de qualité est dépassé.

Est-il possible de se débarrasser des résidus de chlorothalonil détectés dans l'eau du robinet de la Vienne depuis le mois de mai ? Dans le département, le seuil de qualité de 0,1 µg/l, en matière de pollution à ce produit phytosanitaire à effet fongicide (autorisé dans l'agriculture jusqu'en 2020 et depuis interdit), est dépassé dans les deux tiers du territoire supervisé par Eaux de Vienne (302.000 habitants)*, laissant le syndicat public sans "solution durable" et avec des risques de voir, à terme, les coûts du mètre cube d'eau potable exploser.

"Si on en retrouve dans nos 61 unités de distribution (UDI), nous allons nous retrouver face à des coûts de traitement estimés à 18 millions d'euros !", lance Rémy Coopman, président d'Eaux de Vienne, à l'occasion d'une conférence de presse de rentrée à Poitiers, mardi 12 septembre.

"Sans solution, pas de plan d'action"

"Il est hors de question que nos abonnés soient victimes deux fois : consommer une eau de qualité qui n'est pas optimale tout en supportant la potentielle future charge financière du traitement de l'eau", a-t-il ajouté avec la ferme intention de mettre chaque acteur de la situation face à ses responsabilités.

Au-delà du seuil de qualité de 0,1 µg/l de chlorothalonil, une molécule considérée comme "cancérogène probable", si la qualité de l’eau n’est pas optimale, elle reste consommable. Elle ne devient impropre à la consommation qu'au-dessus du seuil sanitaire de 3 µg/l, qui n'a été dépassé qu'à deux reprises au printemps, sur les secteurs de Cuhon (3 forages desservant 11 communes, soit 10.000 habitants) et celui de Saint-Genest-d'Ambière (3 forages desservant 5 communes, soit 5.000 habitants). 

"Je demande à ce que l'on travaille tous à des solutions d'avenir pour assurer la qualité de l'eau", a-t-il poursuivi, constant qu'actuellement, "il n'existe pas de solution satisfaisante et économiquement viable pour traiter le chlorothalonil". Et, conclut-il, "sans solution, il ne nous est pas possible de mettre en place de plan d'action !"

>>> À lire également : Eau potable contaminée par un fongicide : un forage mis à l'arrêt à Cuhon. Et chez vous, quelle est la qualité de l'eau potable dans votre commune ? 

Des solutions d'urgence

La découverte de chlorothalonil dans l'eau destinée à la consommation humaine dans la Vienne remonte au printemps dernier, à la décision de l'Agence régionale de santé (ARS) de surveiller les niveaux de chlorothalonil dans le département. Le syndicat Eaux de Vienne explique avoir apporté des solutions, mais sans qu'aucune ne permette à ce jour de résoudre totalement le problème.

Tout d'abord, les forages dans lesquels les concentrations de ce pesticide dépassaient le seuil sanitaire de 3 µg/l (seuil au-delà duquel l'eau est interdite à la consommation humaine), tel que celui de Cuhon, ont été fermés, conformément à la législation. 

Ensuite, le syndicat a utilisé la solution de l'interconnexion du réseau d'eau potable et est allé chercher la ressource en eau un peu plus loin et a ainsi pu substituer la réserve polluée par une eau restée potable ailleurs. L'interconnexion se révèle ainsi "un outil de sécurisation" pour l'approvisionnement en eau potable, explique Bruno Alapetite, directeur de la prospective chez Eaux de Vienne. Mais cette piste n'est qu'une "solution de crise".

"Dans la Vienne, nous ne disposons que de ressources de petites tailles, d'où l'utilité de l'interconnexion, précise à son tour Yves Kocher, directeur général des services d'Eaux de Vienne. Mais il ne faut pas que cette solution déstabilise ou démunisse un territoire !", alerte-t-il.

La solution du charbon actif marche, mais elle est insuffisante.

Yves Kocher

Directeur général des services d'Eaux de Vienne

Dernière solution mise en place cet été pour tenter de retrouver le seuil de qualité, l'utilisation de charbon actif pour filtrer l'eau. Le dispositif a par exemple été utilisé à l'unité de distribution de Saint-Genest-d'Ambière, elle aussi touchée par de fortes concentrations en métabolites de chlorothalonil. Si cette solution "marche", elle se révèle tout aussi insuffisante que les précédentes.

"Cette solution nécessite de renouveler souvent le charbon actif. Actuellement, on le renouvelle dans nos unités de distribution tous les trois à quatre ans. Pour filtrer les métabolites de chlorothalonil, il faut les remplacer tous les deux mois !", ajoute Yves Kocher.

Changer le charbon actif d'une UDI coûte, au moins cher, "50.000 euros", indique Eaux de Vienne. "Si on doit les renouveler tous les deux mois, ça donne six changements à l'année ; on est alors sur un coût de 300.000 € par UDI, soit un total de 900.000 €" en 2023, si l'on inclut les trois UDI touchées cette année par des taux de chlorothalonil dépassant le seuil sanitaire de 3 µg/l.

Le traitement au charbon actif a néanmoins permis de ramener le taux de résidus de chlorothalonil dans la limite permettant la consommation de l'eau du robinet, mais toujours supérieure au seuil de qualité de 0,1 µg/l.

>>> À lire également : Vienne : de nouveaux forages d'eau contaminés aux résidus de fongicides

Reste que la solution du charbon actif n'a pas pu être mise en place partout. Sur le secteur de Cuhon, Eaux de Vienne explique qu'elle "ne pas peut pas être déployée". Une usine de traitement mobile doit être déployée sur le secteur dans le courant de l'année 2024 pour retrouver une eau "qualitative"

Dérogation de l'ARS et arrêté préfectoral

Pour continuer à distribuer une eau dont la qualité est jugée "non optimale", mais néanmoins "consommable", Eaux de Vienne a dû solliciter une dérogation auprès de l'ARS. La préfecture de la Vienne devrait prochainement publier "un arrêté autorisant Eaux de Vienne à distribuer l’eau tant qu’elle est consommable", précise le syndicat. Mais, "Eaux de Vienne pourrait avoir à respecter des seuils différents en fonction des territoires".

Rémy Coopman estime que "cet arrêté va nous faire supporter des coûts insupportables !" Le président d'Eaux de Vienne note que, dans le même temps, "les producteurs de ces matières actives ne sont, eux, pas sollicités pour trouver des solutions".

Depuis la détection au printemps des premiers métabolites de chlorothalonil, la problématique devient, en réalité, nationale. Leur présence tend, un peu partout en France, à devenir chronique. Lors d'une récente vaste étude, l'Anses a détecté ces métabolites dans plus d'un prélèvement sur deux et, dans un prélèvement sur trois, la limite de qualité de 0,1 µg/l était dépassée. 

(*sauf les 13 communes de Grand Poitiers)

Mise à jour, le 13 septembre 2023 à 10 h.

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