"Clarisse, nourrice esclave" : à La Rochelle, une statue inaugurée en mémoire de l'esclavage

À l’occasion de la Journée des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions ce vendredi 10 mai, la ville de La Rochelle inaugure une œuvre de l’artiste haïtien Filipo. Cette sculpture en bronze de deux mètres de haut est consacrée à Clarisse, une nourrice noire rochelaise.

"Clarisse, nourrice esclave" : c'est le nom de l'œuvre de l'artiste haïtien Filippo. Érigée sur le front de mer, derrière le casino, sur l'allée Aimé-Césaire, elle rappelle le passé esclavagiste de la ville. La statue est arrivée le lundi 6 mai de Bordeaux, et a été fondue en un temps record. "300 kilogrammes de bronze, trois mois d'effort, quelques tonnes de plâtre, et elle est enfin là, pour l'éternité", indique Frédéric Michel, directeur de La Fonderie des Cyclopes, installée à Mérignac, dans la banlieue bordelaise.

Clarisse a bel et bien existé

C’est la mairie de La Rochelle qui a commandé l'œuvre pour l'installer là où il n'y avait qu'une modeste plaque commémorative. "Elle était esclave aux Antilles, est venue à La Rochelle parce que son maître voulait la garder dans son service", raconte Jean-François Fountaine, maire de La Rochelle. "On est dans une période du début du siècle des Lumières où l'on va avoir un mouvement qui va se créer puisque l'on approche du moment de l'abolition de l'esclavage. À l'époque, le Conseil Général, sur proposition de son propriétaire, va déclarer Clarisse, femme libre. C'est une page de l'histoire de La Rochelle qui est importante et qu'on voulait rappeler".

En effet, Clarisse aurait bel et bien existé. Selon la ville de La Rochelle, Clarisse aurait été achetée à Léogâne, une ville de Saint-Domingue (actuelle Haïti, ndlr) et amenée à La Rochelle par son maître. Durant cette période, les nourrices étaient choisies parmi les jeunes femmes esclaves devenues mères et allaitantes.

Du XVIe jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, La Rochelle était considérée comme le deuxième port négrier de France derrière Nantes. Les marchands rochelais débarquaient sur les côtes africaines pour fournir une main d'œuvre conséquente et peu onéreuse dans les territoires occupés par les colons sur le continent américain. La Rochelle est tellement importante à l'époque dans le commerce triangulaire dans le royaume de France qu'elle est, au XVIIe siècle, le port d'attache des compagnies du Sénégal et de Guinée.

Une sculpture inaugurée en présence du Premier ministre

Fillipo a fait de cette femme une nourrice. À l'époque, elles étaient nombreuses à donner le sein aux enfants des notables et c'est cette scène qu'il a souhaité restituer. "C'est une femme nourricière tenant dans ses bras un petit enfant blanc qu'elle allaite. À ses pieds, on trouve son fils qui pleure. Pour moi, Clarisse représente les femmes qui ont subi l'époque esclavagiste. C'est une sculpture qui représente, pour moi, une force".

L'œuvre sera inaugurée et entièrement ce vendredi 10 mai, journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions, en présence notamment du Premier ministre Gabriel Attal et de Jean-Marc Ayrault, président de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage.

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