Coronavirus. Raphaël Gérard, député de Charente-Maritime, raconte sa descente aux enfers

Raphaël Gérard a été hospitalisé pendant six semaines après avoir été testé positif au Covid-19. Le parlementaire de Charente-Maritime témoigne de ses douze jours de coma et des difficultés de se remettre debout après avoir frôlé la mort.

Raphaël Gérard, député de Charente-Maritime est en quatorzaine à Aurillac dans le Cantal après avoir été testé positif au Covid-19 après six semaines d'hospitalisation.
Raphaël Gérard, député de Charente-Maritime est en quatorzaine à Aurillac dans le Cantal après avoir été testé positif au Covid-19 après six semaines d'hospitalisation. © Raphaël Gérard

J'étais quelqu'un qui n'avait aucun problème et je n'avais pas de raison de passer en huit jours de la bonne santé à l'article de la mort en fait, et ça c'est assez violent psychologiquement.
- Raphaël Gérard, député de Charente-Maritime.

​​​​​En cette première semaine de mars, lorsque Raphaël Gérard planche à Paris, avec sa commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale sur le projet de loi relatif à la communication audiovisuelle, il est loin de s'imaginer que sa vie basculer.

"Moi j'ai commencé à tousser le jeudi 5 mars et mon état s'est dégradé avec une toux persistante, de la température qui montait beaucoup", se souvient le parlementaire de la 4e circonscription de Charente-Maritime qui constate qu'il y a eu beaucoup de députés contaminés au sein de cette délégation.
Raphaël Gérard hospitalisé pendant six semaines, a pu regagner, vendredi dernier, son domicile dans le Cantal, où il reprend peu à peu des forces.

La voix posée, moins vigoureuse par intermittence, il évoque son calvaire

"Je suis parti le dimanche pour une semaine de repos dans ma maison de vacances du Cantal, j'ai été hospitalisé le mercredi suivant, l'hôpital m'a gardé parce que je frissonnais beaucoup et le vendredi j'avais beaucoup de difficultés à respirer, détaille l'élu LREM qui est rapidement fixé sur le diagnostic lorsqu'on lui annonce que le test PCR au Covid-19 est positif. "J'ai été transféré en réanimation, je suis resté dans un coma artificiel pendant une douzaine de jours", relate le député de 51 ans.

A aucun moment lorsque j'étais hospitalisé, j'ai imaginé que trois jours plus tard, je serais en réanimation sous respirateur artificiel, c'est pas quelque chose qui pouvait m'effleurer, c'est toute la violence de ce virus.

"​​​​J'ai compris que c'était allé très loin"

La voix de Raphaël Gérard est encore entrecoupée d'une toux persistante mais il tient à témoigner de ce retour à la vie après cette "descente aux enfers".
"Maintenant je marche très bien, j'ai encore quelques vertiges, mais comparé à trois semaines en arrière, c'est spectaculaire, précise l'élu de Jonzac qui devine avoir été très marqué au moment du réveil.
"Les médecins ont dit à mes proches que j'étais très agité, ils ont dû me rendormir pour me réveiller à nouveau afin d'essayer de garder le contrôle sur mon état, je suis sorti très confus de tout cela. Au-delà du moment où le médecin est venu m'annoncer que le test était positif et ce réveil, je n'ai pas beaucoup de souvenirs, jusqu'à la semaine qui a suivi la sortie du coma, cela reste un tunnel très désagréable parce qu'on éprouve beaucoup de choses".

Je n'ai pas forcément compris la gravité de ce qui s'est passé, et, au moment où l'on m'a désintubé, pendant deux trois jours, il m'était impossible de parler, la communication était difficile, c'est à partir du moment où j'ai commencé à échanger avec les soignants et avec la famille que j'ai compris que c'était allé très loin.
Raphaël Gérard, député

Il y a alors eu deux jours pendant lesquels ses proches ont redouté le pire "car le scanner montrait que les poumons étaient complètement pris avec une surinfection" mais au dixième jour de coma, l'état de santé de Raphaël Gérard s'est amélioré. Mais à l'issue de 12 jours de réanimation, le député de Jonzac ne sort pas indemne de cette période de coma artificiel, les séquelles sont surtout physiques 

Quand on a essayé de me lever pour me mettre dans le fauteuil, je me suis rendu compte que mes jambes ne me portaient plus, ça a été un choc assez violent et pendant deux-trois jours, chaque fois que j'essayais de me mettre sur mes deux pieds, je sentais que l'équilibre n'était pas là.
Raphaël Gérard, député

Le parlementaire est ensuite transféré dans une clinique d'Aurillac qui a ouvert un service Covid-19, il est placé en soins intensifs avant de rejoindre un service de médecine.

Là, j'ai eu des soins de rééducation pour retrouver l'usage de mes jambes, parce qu'après douze jours de coma, je ne tenais plus de debout et j'ai aussi eu de la kiné respiratoire pour ne pas m'essouffler trop vite, ce qui est encore aujourd'hui un problème, je m'essouffle assez rapidement.
Raphaël Gérard, député

Raphaël Gérard est toujours suivi par l'hôpital, il est actuellement en quatorzaine après avoir été testé négatif puis une nouvelle fois positif au Covid-19 à l'issue de son hospitalisation.

Comme je suis en convalescence avec mon compagnon et ma mère, je mange à part, je porte un masque, j'utilise une salle de bain séparée et on désinfecte tout ce que je touche par précaution.

Reconnaissance des soignants 

Si le député de Charente-Maritime tient à témoigner, c'est surtout pour alerter sur le fait que cette contagion n'arrive pas qu'aux autres.
"On voit à quel point ça peut basculer très vite vers le pire, je fais assez confiance aux Français pour respecter les mesures dès l'instant qu'on leur dit clairement ce qu'ils peuvent faire et ne pas faire, l'enjeu du déconfinement est là, c'est la clarté du message. Il faut des messages clairs sur le port du masque, les gestes barrière, les rassemblements. Il faut un seul son de cloche", avertit Raphaël Gérard qui se dit aussi déterminé à se battre pour défendre l'hôpital et la reconnaissance des soignants.
"On doit prendre en compte et repenser complétement les investissements et l'attractivité des hôpitaux", analyse l'élu.

On voit à quel point c'est important et si aujourd'hui je m'en suis sorti, c'est parce que j'ai été parfaitement pris en charge dans cet hôpital où il y avait peu de cas, peu de patients. J'ai bénéficié d'une attention de tous les instants et d'une humanité qui moi, m'a beaucoup marquée en fait, car on est dans cette incertitude qu'à chaque fois qu'une infirmière ou une aide soignante entre dans la chambre, potentiellement ils prennent un risque. Ils sont très rassurants, ils ont vraiment la volonté que vous vous en sortiez, je n'avais jamais été hospitalisé avant, quand je suis sorti du coma, j'étais complétement perdu, le seul lien, c'était les soignants, on ne voit que leur yeux et juste leur prénom car ils sont protégés, c'est assez marquant.
- Raphaël Gérard, député de Charente-Maritime.

Le député de Jonzac se dit prêt à mener ce combat, car estime-t-il "on voit bien qu'il est déterminant, il faut qu'on ait tous ces débats, une fois la crise passée, de comment on prend mieux en compte ces métiers".

Il ne faut pas que ce soit un phénomène, sous le coup de l'émotion comme les applaudissements tous les soirs, il faut qu'on se repose les questions des salaires, de la reconnaissance, du service public, des moyens qu'on met à leur disposition de la réorganisation des hôpitaux, il faut que les Agences Régionales de Santé reprennent la cartographie de l'accès aux soins dans les territoires les plus éloignés des CHU pour repenser un système qui soit à la fois efficace et qui soit une vraie offre de soins.

Le parlementaire est aussi convaincu que le contre coup du corps médical doit être anticipé et pris en compte. "Il faudra accorder beaucoup d'attention et de bien-être à l'accompagnement des soignants qui ont été confrontés à grand nombre de décès, tout ça a dû les ébranler, il faudra être vigilant à un effet de blues une fois la crise passée" alerte l'élu LREM.
 

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