Déconfinement : le maire de Tonnay-Charente refuse de rouvrir ses écoles

Le maire de Tonnay-Charente, Eric Authiat, a fait part de son intention de garder les écoles de sa ville fermées alors que le gouvernement a demandé à ce que la rentrée scolaire soit effectuée le 11 mai 2020.
Témoignage d'un maire perplexe.
 

École Plaisance à Tonnay-Charente (17)
École Plaisance à Tonnay-Charente (17) © Google Maps
"Je ne souhaite pas la réouverture des écoles à Tonnay-Charente à compter du 12 mai pour les élèves", a écrit le maire de la commune, Eric Authiat, souligné en rouge dans son communiqué.
Un choix mûrement réfléchi car potentiellement lourd de conséquence humaine, voire irréversible, ajoute-t-il également.

Alors que mardi 12 mai débutait la reprise de l’école pour les élèves de maternelle et de primaire, après une pré-rentrée effectuée lundi par les enseignants, Eric Authiat, lui, est en colère et conteste la décision du gouvernement de rouvrir les écoles.

Il faut que l’économie reprenne, que les parents retournent au travail donc on on envoie les gamins à l’école et on ne s’en occupe plus. Je ne vois pas comment je peux mettre 475 enfants dans cet établissement tout en respectant les consignes de sécurité, s’insurge-t-il.
- Eric Authiat, maire de Tonnay-Charente

François Baroin, président de l’Association des maires de France avait d’ailleurs indiqué que "la plupart des communes seraient incapables de respecter le protocole sanitaire imposé."

Jeudi 7 mai, le ministre de l’Education nationale annonçait qu’entre 87 et 90 % des communes avaient préparé la reprise et qu’entre 80 et 85 % des écoles de France avaient déclaré ouvrir la semaine du 11 mai.
 
Dans son communiqué, Eric Authiat annonce que les écoles de Tonnay-Charente ne rouvriront pas leurs portes
Dans son communiqué, Eric Authiat annonce que les écoles de Tonnay-Charente ne rouvriront pas leurs portes © Éric Authiat


Le groupe élémentaire Plaisance est le plus important du département de Charente-Maritime. Avec une construction sur trois niveaux, il accueille chaque année environ 475 élèves. Difficile donc de respecter les mesures d’hygiène, les gestes barrières et les prérequis de l’État dans les conditions actuelles selon Eric Authiat, maire de la commune de plus de 8.000 habitants.

En revanche, depuis le confinement, l’école élémentaire Plaisance a continué d’accueillir les enfants des personnels soignants ainsi que ceux des classes ULIS, enfants en difficulté ou en situation de handicap. "D’ailleurs au bout de deux semaines d’accueil des enfants, on a quatre enseignants qui ont été mis en quarantaine pour suspicion de coronavirus", raconte Eric Authiat. Le maire en est conscient, sa ville n’est pas à l’abri du virus.

Qu’on ne vienne pas me dire, vous êtes dans un département vert, il n’y a pas de cas… 
- Eric Authiat, maire de Tonnay-Charente

Un peu plus d’un million d’élèves ont donc repris les cours mardi et 130.000 professeurs les ont accueillis. A Tonnay-Charente, si quelques professeurs des écoles ne souhaitent pas revenir travailler, ce n’est pas le cas pour une grande majorité, qui a hâte de reprendre contact avec les enfants. "On va faire plus du social que de l’éducation, il faut avoir le courage de le dire faut pas qu’on nous raconte n’importe quoi. Les instituteurs savent qu’ils ne reprendront pas les cours".

Sur un sondage effectué mercredi 6 mai par le directeur et les enseignants de l’établissement Plaisance auprès des familles, un peu plus d’1/3 des parents ne souhaitent pas que leurs enfants reprennent, un peu moins 1/3 veulent les remettre à l’école et le reste ne sait pas.
 

Un protocole militaire

Concernant les mesures d’hygiène et de sécurité, les rentrées et sorties d’école se feront de manière décalées afin que le moins de monde possible se rencontre.
Du gel hydroalcoolique sera mis à disposition des élèves et distribué plusieurs fois dans la journée. Le personnel sera présent pour rappeler aux enfants de se laver les mains régulièrement. Un sens de circulation sera mis en place dans les toilettes. L’ascenseur de l’établissement sera condamné sauf exception.

Les masques seront obligatoires pour tout le personnel communal et les enseignants. Les enfants devront uniquement le porter dans la cour de récréation.

On ne va pas leur infliger le masque en classe, mais il ne faut pas qu’ils bougent et aillent voir leurs camarades.
- Eric Authiat

Ces mesures sont très difficiles à mettre en place, argumente Eric Authiat, avant d’ajouter qu’il est aussi étrange par rapport aux tranches d’âge concernées. "Les grandes sections de maternelles reprennent en premier, mais en dehors de la sociabilisation des enfants, il n’y a aucun intérêt. Si on regarde les pays en Europe, ils ont tous commencé par faire revenir les lycéens voire les collégiens. Nous on fait l’inverse, donc je ne comprends pas".

Si une deuxième vague survient, Eric Authiat est catégorique : ce sera porte close. "Sauf si le préfet de Charente-Maritime me donne l’ordre d’ouvrir mais là je pense qu’il y aura une grosse discussion et on se dira les choses".

Nos gosses ne doivent pas servir de test grandeur nature, sous prétexte qu’ils sont moins porteurs que les adultes
- Eric Authiat

Une rentrée envisagée pour plus tard

Un objectif de rentrée a toutefois été fixé au lundi 25 mai et des réunions très techniques ont lieu afin d’élaborer un protocole sanitaire pour les enfants qui voudraient revenir à l’école. La sécurité avant tout affirme Eric Authiat, pour ne pas mettre en danger enfants, personnel communal et enseignants.

Il y aura neuf enfants par classe et on réfléchit aussi à une restauration digne de ce nom car faire manger les enfants à leur bureau, ça ne me convient pas, assure le maire de la commune.
Eric Authiat 

En effet, 75 % des enfants de l’école Plaisance mangent au réfectoire en trois services.

Si la réouverture fonctionne, la mairie souhaiterait ouvrir l’école aux enfants qui décrochent. Mais une consultation avec l’ensemble des familles a prouvé que 100 % de cette catégorie refuse de remettre son enfant à l’école.
Des critères, définis par les directeurs d’établissements, doivent encore être mis en place afin de sélectionner les élèves qui pourront reprendre les cours.

Les propositions doivent ensuite être validées par l’Education nationale, "mais cette dernière n’a pas voulu prendre contact avec la commune avant le 4 mai, donc c’est très compliqué de mettre quelque chose en route", ajoute Eric Authiat.
 
Éric Authiat, maire de Tonnay-Charente (17)
Éric Authiat, maire de Tonnay-Charente (17) © France Télévisions

"La période actuelle est une période de tests en vue d’une éventuelle rentrée en septembre", rappelle Eric Authiat, maire de Tonnay-Charente. D’autant plus que "le ministre de l’éducation nationale parle déjà d’école à la maison", ajoute-t-il.

Ce qu’il souhaite le plus, c’est l’élaboration d’un vaccin efficace contre le coronavirus, mais encore une fois, "impossible de forcer certains parents à vacciner leur enfant".
Pour le moment selon lui, une seule chose est à accomplir : réinventer un autre mode de fonctionnement et un nouveau mode de vie. Il en est persuadé, "c’est individuellement et collectivement qu’on doit y arriver".

 
Cabariot et Port-des-Barques font de même
Ne pas rouvrir les écoles le 11 mai. Une décision que d’autres communes ont adopté, comme à Cabariot, une ville proche de Tonnay-Charente où la réouverture des écoles n’est pas prévue pour l’instant, sauf pour les enfants des personnels soignants ou travaillant dans la lutte contre le coronavirus.

A Port-des-Barques, à partir du 18 mai, l’école rouvrira pour les élèves de soignants, d’enseignants… Une école délocalisée dans le centre de loisirs situé dans la même enceinte pour faciliter la désinfection du lieu.
"Je n’étais pas pour rouvrir l’école car les locaux ne permettaient pas de le faire, ça aurait été trop compliqué de faire respecter les gestes barrières et la distanciation sociale", affirme Lydie Demene, maire de Port-des-Barques.

La première semaine, l’école accueillera au maximum neuf enfants. "On a disposé des bureaux individuels pour accueillir neuf enfants pas plus. La première semaine, ce sera un test". Toutes les semaines des réunions sont mises en place avec les instituteurs et directeurs des écoles. Actuellement, ils réfléchissent à rouvrir l’établissement pour d’autres élèves à compter du 25 mai.
"Si cette disposition fonctionne, on aimerait faire revenir les enfants qui décrochent en priorité", explique Lydie Demene.
Concernant les mesures d’hygiène, le port du masque est obligatoire pour les institutrices mais pas pour les enfants. La maire a également demandé aux parents qu’ils prennent la température des enfants le matin. Lors de la réouverture, un agent interviendra plusieurs fois par jours pour tout désinfecter.
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